-Rose-
Sa main est agrippée à mon poignet, il ne le sert pas suffisamment pour me faire mal mais assez fermement pour que je ne puisse pas me détacher en un geste. Ses yeux sont partis à ma rencontre, il évalue probablement la meilleure option pour lui, partir et me laisser là pour se protéger, ou alors rester dans un faux-semblant de réconfort.
Je baisse la tête pour regarder mon buste, au vu de la quantité de sang et de la douleur localisée, je peux affirmer sans trop me tromper que seulement quelques points ont sauté, l'histoire de deux ou trois, quatre au maximum.
Alors que je dérive dans la contemplation de l'horreur qui me barre le torse, Palmer esquisse son premier mouvement depuis que je l'ai attrapé. Il passe une main dans ses cheveux, grimace et m'entraîne doucement à sa suite. Comme s'il venait de gagner une bataille intérieure, dont j'ignore tout. Il a l'air déterminé, tout ce temps a dû nourrir sa réflexion et maintenant il a décidé qu'il ne ferait pas demi-tour.
Il marche lentement, et jette des coups d'œil réguliers derrière lui pour vérifier que la cadence est bonne et ne me force pas à marcher trop vite. Il a visiblement tiré un trait sur ses plans initiaux puisqu'il a délaissé la porte d'entrée, tant convoitée, pour reprendre les marches qu'il vient de dévaler.
Le scénario se répète. Exactement comme la dernière fois. Il est calme et minutieux, bien décidé à m'aider à monter les marches. Il contrôle chacun de ses mouvements, et essaie de rendre sa présence rassurante.
Et le même sentiment me revient, celui qui tort mon ventre et enserre ma gorge, comme s'il venait lui-même dans mon corps pour le martyriser de l'intérieur.
Ses actes sont inconcevables. Et lui est si imprévisible.
Cet homme est à peine humain, ses actes l'ont estropié mais il tente encore de joindre les mains. Il semble à la croisée de deux mondes, une existence façonnée par tout est son contraire, autant bon que cruel, faisant régner le mal mais condamné à le regretter.
C'est comme s'il était né sans juste milieu, seulement guidé, dans sa quintessence la plus pure, par ce qu'on profane et ce qu'on adule. Il se peut qu'il haïsse à part égal chacun de ses deux côtés, c'est dans sa nature, le bien combat le mal et celui-ci met tout en place pour défaire ce qui l'enchaîne.
Drôle de manière de vivre. Mais je crois qu'il ne l'a pas choisi. Bien au contraire, il aurait préféré la justesse, la mesure de ce qui est fade et modéré. Parce que ses sentiments le tuent. Au même titre que les miens m'assassinent un peu plus chaque jour.
Nous avons peut-être ça en commun, Palmer.
Sa main autour de ma taille ne fait que me rappeler ce qu'il est, il y a quelques minutes il était prêt à exhiber sur la place publique chacun de mes défauts et maintenant il agit en soutien avec une douceur insoupçonnée.
Sans se détacher une seule fois de moi, il me mène jusque dans la salle de bain, en miroir parfait avec nos gestes de la fois précédente, il saisit dans le meuble sous le lavabo la trousse de premier secours. Mais cette fois-ci il s'empare lui-même du matériel, il cherche rapidement un désinfectant et des compresses.
— Tu veux t'asseoir ? M'interroge-t-il très sérieusement avec une voix qu'il essaie d'adoucir.
Je fais oui de la tête et m'assieds sur les toilettes dont la cuvette était baissée.
C'est rare de le voir comme ça. Il a l'habitude d'imposer, volontairement ou non, une autorité sur les gens. Alors pouvoir distinguer si clairement sa volonté de se mettre au même niveau que moi dans nos échanges est une chose particulière.
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DÉSERTEURS
RomanceAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
