-Rose-
J'aimerais pouvoir être anesthésiée de tout ce que je ressens, qu'on endort ces émotions qui me déchirent de l'intérieur.
Peut-être qu'un jour il ne restera rien de moi, tant j'ai été épuisée à l'abri des regards, dans l'intimité de mon propre cœur. Un corps errant, même plus en peine. Dans ce désert terrestre, il n'y a ni point d'arrivée, ni point de départ, seulement une marche solitaire dénuée de sens.
Absurde.
Parce que plus les secondes passent, plus mon cerveau essaie de traiter l'information qu'il a reçue plus tôt. Le choc a laissé place à la réflexion.
Et c'est peut-être pire poison.
J'essaye de rester loin de tout ça, parce que je sais que la réalisation fera plus mal encore, mais comment fuir son propre esprit ?
C'est comme si c'était un bruit de fond, une usine qui tourne à plein régime mais qui n'a pas encore dépassé le mur de la conscience.
Et une fois que ce sera fait, qui sait ce que je deviendrai ?
Une fille ravagée par la rancœur et le regret ?
Ou peut-être une entité amorphe, une poupée de chiffon qui ne sursaute à aucun stimulus extérieur ?
A moins que je devienne juste folle, déraisonnée, incontrôlable ?
Je soupire, essayant de profiter du peu de répit qu'il me reste.
A force, j'ai appris à comprendre la manière dont fonctionnait ce cerveau imputé à ma boite crânienne. Et je sais qu'il ne fait rien en vain. Il prépare l'assaut.
J'entends Aron bouger à côté de moi ce qui me fait lever les yeux.
Palmer.
Toi aussi tu ne dois pas être épargné par ce que ma tête prépare.
Mais il est trop tôt pour songer à des conséquences, des incompréhensions ou des hontes.
Bien trop tôt.
J'aimerais juste dormir. Pour de bon.
Il se lève du canapé et s'agenouille devant la télé. Enfin, non. Il s'est accroupi devant ce que je suppose être... une cheminée ?
Je n'avais jamais remarqué que cet espace noir portait une quelconque fonction. J'ai toujours considéré ça comme de la décoration murale.
Mais il est vrai que ça fait beaucoup plus sens, maintenant.
Il est en train d'allumer un feu et je remarque, par la même occasion, à quel point j'avais froid.
S'en est-il rendu compte ?
Je jette un coup d'œil par la fenêtre et me rend compte que l'hiver commence à fermement s'installer. Les couleurs de l'été ont été emportées par une étendue blanche unie, le paysage s'est figé dans le froid.
Il semble que les hivers russes tiennent leur promesse d'hostilité.
Une lueur me fait reporter mon attention sur l'intérieur de la pièce. Une flamme danse devant les mains d'Aron. Je me laisse aller à la contemplation de la lumière instable, elle est si vive, si pressée de se déployer. En quelques secondes le feu a pris tout l'espace de la cheminée, comme s'il dévorait chaque centimètre habitable.
Aron se relève, satisfait, et se rassoit sur le canapé, dans la même position que tout à l'heure, à une exception près, sa tête est tournée vers moi et ses yeux me fixent.
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DÉSERTEURS
RomantikAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
