Chapitre 65 - Champs de bataille

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C H A P I T R E
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CHAMPS DE BATAILLE



































































-Aron-





Je ne me souviens pas avoir fermé les yeux, pourtant j'ai un mal fou à les rouvrir. Au début, je ne vois rien, si ce n'est que des formes indistinctes et très floues, puis, petit à petit, à force de papillonner des paupières, le monde se distingue.

Je ne comprends pas où je suis, ni pourquoi j'y suis, sur cette terre enflammée qui se dresse devant moi. Mes sens s'éveillent peu à peu et je prends conscience de la violence des acouphènes qui me vrillent le crâne. Il n'y a aucun autre son que cette fréquence affreusement aiguë qui résonne aux quatre coins de mon cerveau.

J'essaie de bouger, de resituer mon corps dans l'espace. La première chose que je fais c'est mobiliser ma nuque pour baisser les yeux vers mon corps, peut-être que ça me donnera plus d'informations. Les signaux arrivent au ralenti à mon esprit et je ne parle pas du temps qu'il met pour les analyser et les comprendre. C'est comme si j'étais spectateur de tout ça, une caméra déposée là pour on ne sait pour quelle raison et qui enregistre toute la scène.

La tête baissée, je regarde ce corps qui est censé m'appartenir, je comprends que je suis assis sur le sol, complètement avachi, des bribes de bois et de la poussière me recouvre sporadiquement. Il y a du sang, beaucoup de sang. Sur mes vêtements, mes mains, mes avant-bras. Mais je n'ai pas mal, il semblerait que ce ne soit pas le mien.

Enfin, je crois.

La brume qui m'empêche de penser semble doucement se dissiper, je dois être en train d'absorber le choc. Ma nuque se contracte pour que je relève mon visage, j'essaie d'appréhender ce qu'il y a devant moi.

Du feu. A peu près... Partout.

Des débris, du bois, du béton.

Du sang et de l'acier.

Des corps...


Des corps qui me sont familiers.


Pour la première fois depuis mon réveil, je sens mon cœur battre, son rythme s'accélère au fur et à mesure que je reconnais cette chevelure blonde.

Mettre en mouvement mes muscles me demande des efforts colossaux mais je ne prends pas la peine d'y faire attention. Les débris qui me recouvrent glissent quand je me lève en titubant, j'ai l'impression d'être au milieu de l'apocalypse, tout, autour de moi, n'est que fracas et gâchis. Une sorte d'anarchie même en dehors de l'homme.

Je me dirige vers celui que je reconnais comme mon ami, inconscient sur ce qui reste des pavés, mais dans ma précipitation mes pieds se prennent dans un bout de pierre au sol et je trébuche. Je tombe à quatre pattes, mon front à quelques centimètres du la surface dure et je me remets à avancer. Peu importe combien de fois je devrai chuter, je dois toujours continuer à avancer, pour eux, pour lui, pour ma famille.

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