Chapitre 68 - Miroir

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C H A P I T R E
68

MIROIR

































































-Rose-





Le soleil transperce doucement la profondeur de la nuit, comme une balle passerait à travers un voile. Le jour se lève. Et ses bras sont toujours autour de moi. Il ne semble pas avoir bougé depuis que je l'ai rejoint, sûrement à cause de la fatigue. Mais, à mon plus grand mécontentement, le sentiment de sécurité qu'il m'offre est, lui aussi, resté intact. Il y a toujours cette partie de mon cœur si bien retranscrite dans notre immobilité.

Le soleil a beau sonner la dernière heure de cette proximité, je ne peux pas m'empêcher de fermer à nouveau les yeux et d'essayer de grappiller quelques moments de sommeil de plus. Aron ne semble pas s'être réveillé, sa respiration est toujours régulière et son cœur presque au ralenti.

Je sais par avance que cette chaleur qui enveloppe mon cœur, née de notre plénitude, me manquera à la seconde où il se réveillera, et qu'il fera froid, là-bas. Parce que si cet instant est précieux c'est parce qu'il n'en a pas conscience, il ne manifeste qu'une inconscience passagère qui m'offre une fuite en avant dans cette relation que je n'arrive même pas à comprendre.

Les prochaines minutes s'écoulent comme cela, je navigue entre réveil et somnolence, mes yeux me brûlant de les refermer et mon esprit s'égarant dans toute sorte de scénario. Je contemple par intermittence la course du soleil qui éclaire toujours un peu plus le ciel.

Je ne saurai pas dire combien de temps s'écoule ainsi.

Seulement, le sablier se fige quand des coups retentissent à la porte, je n'ai aucun doute sur l'identité de la personne qui se trouve derrière. Il devait passer après tout. On ne peut pas en vouloir aux secondes de s'écouler. On ne peut en vouloir au médecin de guérir. On ne peut en vouloir à l'ami de s'inquiéter.

C'est dans l'ordre des choses.

Alors quand j'essaie de me relever pour aller ouvrir la porte, Aron raffermit son emprise autour de moi, pour m'empêcher de m'échapper. Mais je doute même qu'il ait conscience de la raison de mes mouvements, sinon il s'empresserait de me laisser partir, faisant passer sa santé avant tout.

— Aron, je dois aller ouvrir à Matveï.

Il tressaille, prend une grande inspiration et se résout à desserrer ses bras pour que je puisse bouger.

J'entends, dans mon dos, qu'il se redresse et s'assoit pour accueillir celui qui tient son salut entre ses mains. Ou du moins qui lui accordera une douleur dans la limite du raisonnable.

Quand j'ouvre la porte, le soleil percute ma rétine de plein fouet si bien que j'ai du mal à discerner la silhouette noircit de Matveï et son sourire à cause du contre-jour. Je le fais entrer d'un signe, les yeux quasiment clos, et referme précipitamment la porte pour me protéger de la lumière et du froid.

Le médecin n'attend pas d'invitation et se dirige directement vers son patient qui l'attend, tout ensommeillé, sur le canapé.

— Qu'avons-nous là ?

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