Chapitre 46 - Coup de fil

95 0 0
                                        




-Aron-





Quelques heures auparavant :


Il doit être trois heures du matin quand mon téléphone se met à vibrer car il reçoit un appel, ce qui ne manque pas de me réveiller. J'imagine simplement que c'est Arthur qui n'arrive pas à dormir et qui m'appelle comme à chaque fois que ça lui arrive. C'est pour cela que je ne prends pas la peine de décrocher. Mais quand le vibreur continue encore et encore à se manifester, je prends mon courage à deux mains pour confronter l'écran lumineux qui va me crever les yeux. Et si pour atteindre du bout des doigts mon smartphone je n'ai que roulé sur moi-même, je me redresse immédiatement en voyant le nom qui y apparaît.

Mwansa.

Mon doigt glisse sur l'écran presque malgré moi pour décrocher.

— T'es difficile à réveiller toi ! Commence-t-il sans préambule, mais face à mon absence de réaction il continue, j'ai un truc qui pourrait t'intéresser.

— Dis-moi. Articulai-je tant bien que mal avec la voix plus rauque que prévu, ce qui arrache un petit rire à mon interlocuteur.

Fous-toi de ma gueule...

— Tu sais j'avais un truc à faire après le bar, j'ai dû bosser sur un truc avec un gars que je connais depuis des plombes. Et vu qu'il a facilement le double voire le triple de notre âge je lui ai demandé si ça lui disait quelque chose ton histoire de balles vierges.

— Et du coup ?

— Et du coup bingo !

— Il sait des choses à propos de toute cette affaire ? Questionnais-je sentant l'excitation gonfler dans ma poitrine.

Il n'y a rien de mieux que de faire des découvertes quand on mène une enquête.

— Mieux que ça... Je sais des choses à propos de cette affaire.

— Qu'est-ce que tu me racontes ? T'as dit tout à l'heure que tu n'en savais rien.

— Eh bien figure toi qu'il a dit deux ou trois mots magiques qui ont débloqué mes souvenirs. J'avais complètement oublié !

Je ne prends pas la peine d'éloigner le téléphone pour pousser un long soupir, qu'il l'entende ou non il sait très bien comment je réagis dans ce genre de situation.

Et dire que ça fait des heures que je me creuse les méninges pour essayer de relier les éléments, d'assembler certains points, de faire quelque chose pour ne plus être au point mort. Et le voilà qui arrive à je ne sais pas quelle heure du soir ou du matin pour me dire que finalement il avait les infos...

— Vu comme t'es fier de me l'annoncer tu dois savoir pas mal de trucs. Déduis-je.

— Je ne sais pas si c'est beaucoup mais je sais d'où ça vient.

Merci d'avoir mis ce mec sur mon chemin.

— Mais je préfère te voir et t'en parler demain si t'as le temps. Poursuit-il, question de prudence, tu sais.

Je sais très bien.

Il doit bosser sur tellement de dossiers sensibles qu'il craint être sur écoute en permanence. La dangerosité se trouve dans l'après coup. On paye les conséquences d'une phrase véhémente ou d'une formulation hasardeuse dans un second temps, quand on a oublié ce qu'on a pu dire. Ça peut arriver à n'importe quel moment. Être prêt n'est pas une option. Ce qu'il dit à travers le combiné aujourd'hui, peut-être la raison de sa mort dans six mois, un an ou dix.

DÉSERTEURSDes histoires addictives. Découvrez maintenant