-Aron-
Nous sommes dans une grande voiture noire, aux vitres fumées, conduite par la sécurité de l'Ambassade, qui nous amène tout droit à la morgue pour aller voir la dépouille du frère de Huy. L'ambiance est tendue, personne ne parle. Arthur observe le spectacle du paysage sans en manquer une seule miette, le diplomate garde ses yeux fixés sur ses mains noueuses qui ne font que s'enchevêtrer depuis le début du voyage, tandis que je fais des va-et-vient entre la route et mon téléphone.
Quelques dizaines de minutes plus tard, en périphérie de la ville, nous nous garons devant un grand établissement, d'un blanc immaculé, que je devine être un hôpital. Nous sortons tous dans un calme olympique, moi ennuyé, Duong angoissé. Comme s'il cherchait à repousser le moment. Malheureusement pour lui, ça ne fait qu'aiguiser ma curiosité.
Toujours escortés par les armoires à glace de l'Ambassade, nous pénétrons dans la structure. Elle semble être marquée par une certaine précarité, le personnel à l'air débordé, les normes d'hygiène quelque peu piétinées et la file d'attente bien trop grande. J'observe cet environnement si singulier, le seul endroit à pouvoir réunir si franchement espoir et désespoir. Il n'y que dans ces établissements que l'athée prie pour la première fois, que l'enfant réconforte l'adulte, que l'adulte ment à l'enfant, que le médecin travaille en vain et que le malade peut rêver. Rien au monde ne confronte si radicalement la mort et la survie.
Nous avançons sûrement dans les couloirs tortueux, je ne prête pas de regard particulier au chemin emprunté ou au personnel croisé.
Ça pourrait me porter préjudice, je devrais faire plus attention.
J'ai tendance à baisser ma garde avec cette affaire, il faut dire que m'être éloigné aussi drastiquement de mon secteur principal d'activité à pour effet de me rendre plus imprudent qu'à l'accoutumée.
Bien que ni Huy, ni nos accompagnateurs, n'aient d'intérêt à jouer au plus malin, on n'est jamais à l'abri de mauvaises surprises.
Nous arrivons, enfin, devant une grande porte en métal blanc, lourde, conçue pour être hermétique et protéger la pièce de la chaleur. Un médecin arrive silencieusement derrière nous et la déverrouille électroniquement à l'aide d'une carte, avant de faire demi-tour et de s'en aller sans un mot, nous laissant perplexe quant à la sécurité de cet hôpital.
Enfin, nous, je parle d'Arthur et moi, aucun des autres ne semblent dérangés par cette intervention pour le moins étrange.
Ce qui ne fait que renforcer ma vigilance. L'intérieur de la pièce est frais, chirurgical. On retrouve, classiquement, un mur rempli de petites trappes qui s'ouvrent à l'aide d'une poignée, numérotées singulièrement de 1 à 50.
Huy, passe devant et se dirige vers l'une de ses petites portes, il la pointe du doigt et déclare avec une voix chevrotante :
— C'est celle-ci, la numéro 8.
Arthur et moi imitons le diplomate et nous nous déplaçons jusqu'à lui, tandis que les deux vigiles restent à côté de la porte, maintenant refermée derrière nous. A notre approche, Duong se recule vivement, comme si le contact avec le mur stérile l'avait brûlé sur la durée. Ou alors peut-être que notre présence ne nécessite plus la sienne. Ou du moins, pas si proche. C'est donc Arthur qui entreprit d'ouvrir la trappe numéro 8. Tout cela se déroule dans le silence, mon ami est concentré dans sa tâche, il l'exécute lentement, presque solennellement ; le politicien, lui, tremble de toute sa charpente, s'étouffant dans ses propres respirations ; et je reste debout, sans bouger d'un centimètre, mon regard alternant entre ce qui se passe et les réactions à peine contenues de Huy.
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DÉSERTEURS
RomanceAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
