Chapitre 49 - Confrontation

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-Rose-



Ce regard... Qu'est-ce qui est passé dans ses yeux hier soir ? Je n'arrive pas à m'en détacher, à chaque fois que je ferme les miens je le vois, lui, en train de me fixer, ou plutôt de fixer l'intérieur de mon âme. Comment peut-on détailler une personne à ce point ? C'était comme une mise en exergue, une sorte de dévoilement que je n'ai pas autorisé.

Dans ses iris j'étais une forme d'énigme à résoudre, une incohérence de l'existence, quelque chose dont l'état même remet en question toutes les certitudes. Dans le creux de sa vue, j'avais l'impression d'habiter la terre, pour une seconde, de demeurer, non en réfugier, mais en individu familier.

Et pourtant ce sont les mêmes yeux qui m'ont regardé, avec toute la folie du monde, me prêter à un jeu sordide créé par ses mains, qui ne vise qu'à jouer avec l'irréparable, à se repaître du désespoir et à se délecter de la souffrance.

Je ne peux pas croire que cet homme puisse avoir ces deux visages.

Hier soir, il m'a paru si étranger.

Et ses mots. Comment peut-il prétendre se soucier de moi ?



































































« Attends, tu ne désinfectes pas la plaie avant ? »

« Tu ne veux pas un antidouleur pour faire ça ? Je peux appeler Matveï. »


































































Ai-je plus de valeur quand je suis blessée ? Parce que je pourrai mourir et mettre à l'eau ses plans de conquête ? Alors dans ces rares cas il faut faire semblant ? S'abaisser à parler avec moi et faire en sorte de me maintenir en vie par tous les moyens ?

Je suis putain de fatiguée.

Alors que mon cerveau n'arrête pas de repasser en boucle l'interaction d'hier, celui qui joue le premier rôle de cette torture apparait soudainement dans le salon. J'étais si absorbée par mes pensées que je ne saurais même pas dire par où il est venu. Le résultat reste le même après tout, il est planté devant moi, faisant un mur entre le canapé sur lequel je suis assise et la télévision.

Il s'est placé là volontairement pour attirer toute mon attention. Sauf que contrairement à lui, je n'ai aucune envie de le voir. Dans un long soupir je me lève et m'apprête à prendre la fuite. Mais sa voix retentit et m'arrête.

— On a des choses à se dire.

Je ne peux réprimer un rire amer à l'entente de cette phrase.

— On ? Je n'ai vraiment rien à te dire.

— Dommage pour toi, ce n'était pas une question.

Il tend la main pour pointer son bureau du doigt et m'invite implicitement à le suivre là-haut. Je lui adresse un regard noir comprenant que je n'ai pas d'autres choix que de me plier à ses volontés si je veux la paix.

On monte tous les deux en silence, une fois arrivés dans la pièce, il s'assied à sa place habituelle, me laissant le fauteuil de l'autre côté du meuble. Je m'y affale en croisant les bras, pas décidée à coopérer.

Il ignore avec briaud mon agacement, saisit un stylo qu'il fait tourner entre ses mains et recommence :

— On a des choses à se dire.

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