37 - Travail ?

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-Aron-


Je suis attelé à mon bureau pour rattraper le retard que j'ai pu accumuler dans mes dossiers. Je n'ai pas réussi à fermer l'œil de la nuit, alors j'ai arrêté d'essayer de chercher, hypocritement, un quelconque sommeil et j'ai décidé de travailler. Ce comportement m'aurait fait grincer des dents il n'y a de ça que quelques semaines, mais aujourd'hui c'est différent. J'ai besoin de m'occuper, d'occuper ma tête qui tourne toujours à mille à l'heure. Et je vois dans le boulot une parfaite distraction. Personne ne pourra me le reprocher et... ça tient hors de portée certains désagréments auxquels je suis confronté.

Je suis bien conscient que ce n'est pas la solution mais juste une manière de déplacer le problème, mais j'ai toujours fait comme cela et ce n'est pas aujourd'hui que je vais changer. Tout est toujours prétexte à l'addiction. N'importe quelle activité, quel passe-temps, quelle substance, l'homme ne sait pas se mesurer et n'a jamais su. Il préfère juste reporter cette incapacité sur des choses extérieures pour se faire croire qu'il n'est pas défaillant mais que le monde l'est. La vérité c'est qu'il a toujours été faible et insuffisant, à lui-même, aux autres et au monde. Et, dans le fond, je suis exactement comme ce que je critique, un auto-saboteur maladif qui n'existe qu'à travers le prisme de ce que je prends comme addiction, jamais réellement présent sans être à proprement parler absent, et refusé à toute amélioration. Changer en bien demande bien trop d'effort que je n'ai pas envie de fournir. Peut-être que est-ce ici la déchéance de l'être humain, conscient qu'il ne va que vers le bas sans avoir la volonté de remonter, ni même d'essayer.

Je me perds comme cela dans des réflexions sans fin à chaque fois que j'essaye de me concentrer un peu trop longtemps. Ma productivité a atteint ses plus bas niveaux. J'aimerai penser que c'est à cause des coups que j'ai pris à la tête mais je ne sais pas vraiment si c'est cela ou quelque chose d'autre. Le fait est tel que, en plusieurs heures, j'ai dû abattre le travail d'à peine une heure ou deux. Ce constat me fait pousser un long soupir et je finis par me lever pour aller me servir un café. Noir.

Alors que le bruit de la machine résonne dans toute la pièce, le seul venant troubler le silence, la porte d'entrée s'ouvre dans un grand fracas. Je n'ai même pas besoin de me retourner pour savoir qui est l'auteur de cette affreuse irruption dans mon espace personnel.

— Bonjour Arthur. Toujours aussi discret. Dis-je sarcastiquement.

— T'es déjà levé ? Observe-t-il d'un air surpris.

Mon café ayant fini de couler, je prends la tasse et me retourne vers mon ami qui n'a décidément pas décidé de me laisser quelque répit que ce soit. Il s'affale dramatiquement sur mon canapé, pas gêné le moins du monde de ne pas être chez lui, je le rappelle. Il tapote sur son téléphone, envoyant un message avec un air béat qui le rend encore plus stupide que d'habitude. Il finit par relever la tête, se souvenant, peut-être, qu'il n'est pas seul dans cette pièce.

— Putain... ça fait combien de temps que t'as pas dormi ? Souffle-t-il.

— T'es vraiment venu pour me dire ça ? Dis-je dans un grognement mécontent.

— Non mais là c'est franchement marqué sur ton visage.

— Trois jours, vu que t'as l'air de vraiment t'en préoccuper.

— Tu devrais essayer de prendre-

— Non. Le coupais-je sèchement, sachant par avance ce qu'il allait me proposer. Je n'en veux pas.

— Pourtant ça pourrait t'aider...

— Le jour où je prendrai un somnifère ou autre merde de ce genre c'est que je serai mort.

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