-Rose-
Je suis seule dans ma chambre en attendant l'heure. La fameuse heure. L'ultime. Celle où on viendra me chercher pour finalement me tuer. Après tout, c'est ce que je mérite. A leurs yeux je ne suis rien de plus qu'une traîtresse qui agit sous les ordres de l'Italie. Je suis de la pire des espèces et continuer à partager la même planète qu'eux n'est même pas envisageable. Alors bien sûr, j'aurais pu retourner là-bas, auprès d'Enzo, j'aurais eu la vie sauve, j'aurais été épargnée de l'exécution grotesque qui va suivre, de cette mise à mort ridicule et froide. Parce qu'elle n'est même pas cruelle, et je ne leur en veux même pas, ils doivent protéger leur Empire, garder un cordon sanitaire, trier quelle personne entre et pour quelle raison, et pour cela ils se doivent de tuer ceux qui jouent au plus malin, comme moi.
Et puis y retourner, à quoi cela rimerait sincèrement ? C'est bien le dernier endroit sur terre où je veux me trouver. Finir esclave pour le restant de mes jours ne m'intéresse pas. J'ai le choix entre la mort ou l'asservissement, et je me suis toujours promis de vivre comme bon me semblait, à travers et contre tous. Encore et toujours vouloir, cette liberté naissante de mes volontés. Seulement, aujourd'hui, ceci m'est retiré, alors je n'en veux plus, je n'en veux plus de ce monde, de cette existence, de ce fardeau. Cette doctrine, que je me suis imposée, m'a mené à de nombreuses choses dans ma vie, de la même manière qu'elle me la retire, maintenant.
J'ai joué et j'ai perdu.
Rien de plus, rien de moins.
Forcément, je suis remplie de regrets, comme tout le monde devant l'échafaud, à se demander si j'avais fait les choses autrement les événements se seraient-ils passés différemment ? Mais tout cela n'a plus d'importance maintenant. Mon destin est scellé et je suis résignée.
Plus tôt dans la matinée, Matvei est passé pour me confirmer que je pouvais bel et bien sortir aujourd'hui, en agrémentant cette simple information d'un florilège de termes médicaux qui doivent, certainement, rimer à quelque chose pour lui. Sans s'en rendre compte, il m'a confirmé le jour de ma mort, bien qu'il devait arriver quoi qu'il arrive.
Alors, seule dans cette pièce, j'attends, je me repasse en long en large et en travers ma vie, isolée comme une pestiférée, qu'on vienne me chercher, qu'on vienne me tuer.
Ainsi, quelques heures plus tard, j'entends de l'autre côté de la porte, des pas lourds, pas comme ceux des médecins ou des infirmiers, tellement pressés par l'urgence qu'ils ne prennent pas la peine de les amortir. Non, des pas qui n'essayent même pas un peu d'être discrets, des pas si réguliers, qu'on les croirait rythmés pour composer une certaine musique. Je reconnais aisément le bruit des rangers d'où je suis, même s'il se précise au fur et à mesure qu'ils s'approchent. Je n'ai aucun leurre, je sais bien qu'ils sont là pour moi.
La porte de ma chambre d'hôpital s'ouvre sans ménagement et deux hommes font irruption. Ils sont grands, bien plus que moi, et revêtus d'une tenue entièrement noire, qui amortirait n'importe quelle balle mortelle. Leurs visages sont partiellement couverts d'un bandeau noir qui se place juste au dessus de leur nez, ne laissant visible plus que les yeux et le front.
Les deux hommes m'empoignent d'un seul geste des deux côtés et me font sortir de la pièce. Je n'oppose aucune résistance, mais même si j'avais voulu en témoigner, je n'aurais pas fait le poids. On traverse les couloirs et passe devant tout le personnel de l'hôpital, je ne me préoccupe pas de l'expression qu'ils peuvent afficher en voyant une ancienne convalescente se faire emmener comme cela, mon cœur bat bien trop vite pour que je puisse me concentrer sur quoi que ce soit d'autre.
A vrai dire, je pourrai ne pas marcher, ne pas me servir de mes jambes, que les deux armoires à glace me porteraient sans même sans rendre compte. Malgré l'angoisse qui commence à me serrer la gorge, je garde la tête droite, les épaules redressées, et une attitude calme, sûrement à cause de cette fierté mal placée qui ne m'a jamais autorisée ni faiblesse, ni répit.
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DÉSERTEURS
RomanceAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
