Une routine étrange s'est installée : Barnes et moi nous réveillons juste à temps pour déjeuner avec Steve, puis je fais un tour de surveillance du périmètre pour vérifier que personne de suspect ne nous épie. Quand je rentre, les deux hommes sont généralement en train de discuter ou de jouer aux cartes. Je me joins systématiquement à eux et nous attendons que Natasha sonne à la porte en nous rongeant les sangs.
Le temps se fait de plus en plus long mais j'apprécie le répit ; courir à tous les coins du globe est éreintant. Barnes, en revanche, est à deux doigts de perdre la tête à cause de l'enfermement.
Le soir, il attend que Steve aille se coucher pour venir s'installer avec moi sur le canapé, et nous finissons par nous endormir aux deux extrémités.
Et chaque jour le rituel recommence.
Un après-midi pendant lequel il fait trop chaud pour sortir, Steve, Barnes et moi sommes tous les trois coincés les uns contre les autres sur le canapé devant la minuscule télévision, attendant que le temps passe et que le soleil se fasse moins impitoyable.
Steve a choisi un film sur la seconde guerre mondiale, et lui et Barnes s'amusent à pointer du doigt toutes les incohérences, parfois en riant, d'autres fois en s'insurgeant contre les choix cinématiques du réalisateur. Je ne peux plus m'arrêter de rire de leurs réflexions.
À la fin du film, Steve se lève et empoche l'un des téléphone avant de se diriger vers la porte et d'enfiler une casquette de base-ball. Barnes et moi l'imitons paresseusement et nous rendons dans la cuisine pour laver la vaisselle qui traîne dans l'évier depuis le matin. Steve sort de l'appartement pour acheter plus de nourriture, que les deux hommes avalent comme s'il n'en avaient jamais assez.
Les bruits de rue s'infiltrent dans l'appartement par les fenêtres mal isolées et comblent un silence confortable entre Barnes et moi, qui ne nous adressons la parole que pour demander un torchon ou passer une assiette. La cuisine est petite et Barnes se déplace dans tous les sens pour ranger la vaisselle dans les placards. Je me suis habituée à la sensation de sa présence si proche qui ne me dérange plus autant qu'avant.
Je rince de mes mains les traces de savon tandis que Barnes finit d'essuyer les couverts que j'ai posés sur le comptoir et les range dans les tiroirs, avant d'appuyer mon dos contre le plan de travail et de le regarder nettoyer la table.
Il y a quelque chose d'étrange dans la vision de cet impressionnant soldat au bras métallique qui effectue une tâche aussi anodine que le ménage. Il paraît complètement hors de son élément, mais c'est à la fois agréable de constater qu'il ne peut pas être plus loin que ce pourquoi on l'a formé qu'à cet instant précis, dans la lumière poussiéreuse du soleil, en train de s'acharner contre une tache de gras.
Barnes relève les yeux et capte mon regard avant que je ne tourne la tête, gênée d'avoir été surprise à le dévisager. Un léger sourire à peine réprimé étire sa bouche ; je fais mine de ne pas le remarquer.
C'est une vibration dans ma poche qui me sauve. Je tire le téléphone hors de mon pantalon en soupirant ; Steve a probablement oublié ce qu'il était sorti acheter. Il fait ça régulièrement, le capitaine est capable de retrouver son chemin dans un labyrinthe ou de conduire des missions en risquant sa vie, mais quand il faut se souvenir de ce qu'il manque dans le réfrigérateur, Steve est mauvais, très mauvais.
« Steven, ce n'est pourtant pas compliqué... » commencé-je avant d'être coupée par sa voix assourdie.
« Je suis suivi, souffle-t-il d'un ton précipité, par une femme avec un voile sur le visage. Je suis allé jusqu'à la boutique de vêtements pour l'attirer loin de l'appartement. À chaque fois que je me retourne, elle est en train de faire autre chose, elle parle au téléphone, regarde un étal du marché, mais je suis sûr qu'elle me suit. »
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Cerberus
FanfictionD'abord je faisais partie du SHIELD. Et puis je suis partie. Ensuite j'ai travaillé pour les Ten Rings. Et cette fois on m'a forcée à m'en aller. Maintenant je vis à New York près des Avengers. Mais ce n'est qu'une question de temps avant que je ne...
