Chapitre 34

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Je ne saurais pas dire quand les effets du produit se dissipent. Quand j'ouvre les yeux, groggy et perdue, je suis plongée dans les ténèbres. Une douleur lancinante me prend le crâne dans un étau et m'empêche de réfléchir. Je voudrais relever ma tête qui pend sur le côté mais je ne trouve pas la force, alors je referme les yeux et me laisse happer par le noir.

Plus tard, c'est quand deux figures humaines me soulèvent sous les bras que je reprends conscience. Mes pieds tour à tour marchent et se laissent traîner sur le sol dans un raclement de béton brut. Je tremble sans pouvoir m'arrêter, le corps et l'esprit ralentis par le froid ; pourtant deux minuscules fenêtres en hauteur laissent passer de chauds rayons lumineux. Une voix lointaine me parvient aux oreilles mais je n'arrive pas à donner du sens à ce qu'elle dit.

« Je ne comprends pas... conçue pour m'obéir... se libère si facilement... »

Ils sont importants mais j'oublie les mots au fur et à mesure que je les entends.

Les deux hommes qui me soutiennent m'aident à m'asseoir sur un siège qui, l'espace d'une seconde, me semble être l'endroit le plus confortable au monde.

Je me laisse doucement retomber en avant, entraînée par le poids de ma tête. Je sais que si je me penche trop je vais tomber mais je n'ai plus aucun contrôle sur moi-même et me laisse donc faire. Juste à temps une main se pose contre mon épaule et me repousse en arrière. Je ne proteste pas. Si seulement je pouvais poser ma tête sur ma main, elle ne tournerait pas autant...

Je baisse des yeux papillonnants sur mon bras si lourd et note la présence d'une lanière en cuir autour de mon poignet. Un souffle abattu s'échappe de mes lèvres entrouverte. Pourquoi tout se finit-il toujours ainsi ?

Une main soulève mon menton ; le visage de Beth apparaît, que je reconnais seulement grâce à ses cheveux roux qui entourent son visage comme une couronne de feu. Ma vision se brouille et me fait cligner plusieurs fois des yeux. Beth parle sans que je n'entende avant de lâcher mon visage et de reculer. Mon menton retombe mollement sur ma poitrine.

Et puis il y a la douleur. C'est la dernière chose dont j'arrive à me souvenir. Je m'évanouis en essayant d'appeler à l'aide.

Je suis seule à nouveau. Seule ? Non. Il y a quelqu'un dans le noir qui m'observe. Je dodeline de la tête. Un filet de salive tombe sur mon pantalon. La même personne s'agenouille devant moi dans un bruissement de vêtements. J'ouvre les yeux avec peine ; soudain c'est lui.

Ses cheveux ont gardé leur noir de jais et sa barbe lui mange le visage comme elle le faisait juste avant que je ne la taille avec soin toutes les semaines. Il me fixe de ses yeux noirs et accusateurs jusqu'à ce que sa bouche mince se torde sur ses mots :

« Pourquoi es-tu partie, Aloïse ? » aboie-t-il.

Je pousse un cri de terreur et me renfonce dans mon siège le plus possible, les yeux fermés pour lui échapper. Deux bras s'enveloppent autour de ma tête. Je me plie en avant pour me soustraire à son contact mais une voix de femme m'intime de me calmer. Je rouvre brusquement les yeux en reconnaissant la voix mais ma vision est brouillée par un voile blond.

À ce moment j'ai l'impression de voir la lumière au bout du tunnel. J'éclate en sanglot éraillés en respirant l'odeur de Carrie contre moi, qui me caresse les cheveux d'un mouvement régulier, sa bouche juste au-dessus de mon oreille.

« Tout va bien, chuchote-t-elle, tout va bien. Tu es avec moi, tu es en sécurité.

- J'ai cru que c'était lui... bégayé-je en laissant retomber mon visage dans le creux de son cou sans parvenir à contenir les spasmes de mes épaules.

CerberusOù les histoires vivent. Découvrez maintenant