56. Cerbère-attaque

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Nous nous immobilisons sur place. Prise d'un léger vertige, seule la poigne ferme d'Ilyès et Mattéo m'empêche de tomber à la renverse.

— Reprend-toi, Nat, me chuchote le bouclé entre ses dents. Leur montre pas que ça t'atteint ou ce sera encore pire.

Tétanisée, j'éprouve un sentiment d'irréalité ; j'ai presque l'impression de flotter tant la situation me semble surréaliste.

Faites que ce soit un cauchemar, par pitié.

Sauf que s'il s'agit d'un mauvais rêve, il s'avère très réel, car je n'entends que trop bien les railleries de nos camarades :

— Tiens, ils arrivent ensemble ! remarque Sandy.

— Mince ! Ils se sont déjà réconciliés ? se désole Jérémy, lequel tient son smartphone à bout de mains en vue de nous filmer.

Les autres semblent tout autant désappointés de cette dernière constatation. Peut-être espéraient-ils que le délégué et moi soyons encore fâchés histoire d'avoir de nouveaux ragots juteux à se mettre sous la dent...

— Déso pas déso de vous décevoir, les péons ! intervient Ilyès. Allez, laissez passer.

Tandis qu'il dit ça, le comique de service entreprend de se frayer un chemin à travers la foule afin de nous tracer un passage. Nos camarades s'écartent à contrecoeur sans pour autant cesser de noux fixer.

Lorsque nous arrivons à la hauteur de Jérémy, celui-ci, qui n'a toujours pas rangé son téléphone, a l'audace de me demander en imitant le ton des journalistes de BFMerdeTV :

— Un commentaire à faire sur votre pétage de plomb, mademoiselle ?

Je le fixe sans rien dire, la bouche quelques peu entr'ouverte. Cela dit, avant que je ne trouve quoique ce soit à répliquer, le voilà qui trébuche puis fait tomber son téléphone au sol.

— Merde ! s'écrie-t-il. Pourquoi tu m'as bousculé, Antoine ?

— Désolé, mec. Mouvement de foule.

Malgré l'air penaud qu'affiche le métis, je comprends que, contrairement à ses dires, l'incident n'est nullement dû à sa maladresse grâce au clin d'oeil discret qu'il m'adresse lorsque son crétin de pote se baisse de manière à ramasser son portable.

Je l'en remercie par un petit sourire mais suis aussitôt entraînée en direction du Cerbère de 2nd3 par un Mattéo furibond, lequel interpelle la balance d'un ton sec :

— Tricia !

Celle-ci feint la surprise en le voyant.

— Oh, ça alors, Mattéo ! s'exclame-t-elle d'un ton doucereux. T'es déjà re-

— Epargne-moi ton bullshit et dis-moi plutôt pourquoi ta connasse de copine a posté sa merde sur le groupe de la classe.

Le sourire hypocrite de la pimbêche se crispe, puis la voilà qui cligne plusieurs fois des paupières sans rien articuler.

— Hé ! intervient Anaïs. Pourquoi tu t'adresses pas à moi directement ? Je suis juste là, tu sais, je t'entends !

— J'ai pas l'habitude de parler aux personnes dotées d'un demi-cerveau, lui assène-t-il d'un ton acide.

Les trois têtes du Cerbère écarquillent les yeux avec une synchronisation parfaite. Moi, je reste plantée là sans rien dire, autant étonnée qu'elles de le voir si furieux.

Marjorie aurait-elle pris possession de son demi-frère ?

— Et la vidéo ? enchaîne-t-il. C'est vous qui l'avez postée ? Adam t'as vue filmer pendant le cours d'EPS...

Banale !Où les histoires vivent. Découvrez maintenant