Cette fois-ci, impossible de revenir en arrière. Les mots sont sortis ; je ne peux plus les ravaler.
J'ai presque l'impression de les visualiser qui s'échappent de ma bouche, virevoltants à l'air libre, puis entrent avec douceur au creux des oreilles de mon interlocuteur, se fraient un chemin le long des conduits auditifs, frôlent ses tympans pour, au final, remonter jusqu'au cerveau...
Je vois les yeux du délégué s'écarquiller d'un coup. Aucun doute n'est possible : ma déclaration a bel et bien atteint son but.
Mattéo ôte sa main de la mienne puis recule de manière instinctive.
Sa réaction est plus explicite que des mots.
Je pensais que s'il me repoussait, mon coeur serait brisé.
En miettes. En mille morceaux.
Sachant la pleureuse que je suis, on aurait aussi pu penser que j'allais fondre en larmes.
Pourtant, curieusement, je ne ressens rien.
Rien d'autre qu'un froid glacial.
— T'as dit quoi, là ? s'exclame-t-il.
— Tu vas vraiment me forcer à répéter ? je grimace. Vu ta réaction, je pense que t'as très bien compris. Pourquoi t'as cet air effaré ? Je vais pas te sauter dessus...
Mes paroles semblent lui redonner contenance. Il se gratte le crâne sans se rapprocher de moi, mal à l'aise.
— Nathalie...
Je serre mes poings par réflexe. Je n'ai guère envie de l'entendre me repousser.
— Économise ta salive ! je rétorque d'un ton qui, malgré moi, est plutôt sec. J'ai compris.
Tandis que j'entreprends de tourner les talons, il me retient le poignet.
— Attend, reste ! Laisse-moi te répondre...
— Pas besoin, Mattéo, j'ai compris. Evitons de prolonger ce moment extrêmement gênant pour tous les deux.
Je sens sa prise lâcher quelques peu, bien qu'il ne me libère pas tout-à-fait.
— On reste amis, hein ? me demande-t-il d'un ton qui, étrangement, est presque suppliant.
Le regarder en face est au-dessus de mes forces, alors je me contente de lever à demi les yeux vers lui ; il a le teint blême, ses traits sont tendus, ses lèvres crispées, et la tristesse mêlée d'inquiétude que je lis sur son visage s'avèrent, aussi étrange que cela puisse paraître, sincères.
— S'il te plaît, Lalie. Dis-moi que ça va rien gâcher entre nous...
C'est un foutage de gueule ? C'est lui qui vient de me repousser, or c'est encore moi qui dois le rassurer ou le réconforter ? De qui se moque-t-on ?
Pourtant, quand je le vois ainsi en proie à l'angoisse, je n'arrive ni à lui en vouloir, ni à le détester.
Non, l'euphorie provoquée par l'alcool a été remplacée par l'apathie.
Une apathie monstre m'ayant enveloppée toute entière sans vouloir me relâcher.
Ça ne me fait rien. Rien du tout.
Serais-je capable de ressentir quoique ce soit à nouveau, un jour ?
Je n'ai aucune difficulté à feindre un sourire. J'essaye d'être rassurante. De me montrer compréhensive.
— Bien sûr qu'on reste amis, Mattéo. T'y es pour rien si je suis pas ton genre de filles. C'est pas comme si tu contrôlais tes sentiments...
Au fond de ma poitrine, le soulagement que je lis dans son regard me pince le coeur.
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Banale !
Teen FictionDepuis toujours, Nathalie a la sensation d'appartenir à la catégorie des "personnages secondaires". Lycéenne timide, sans saveur, aux parents et à la vie terriblement ordinaires, elle n'a rien d'une héroïne ! Plutôt que de se résigner, elle décide...
