70. Allergie au sport

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Adossé contre le mur, Antoine a les yeux rivés sur la table de ping-pong où s'affrontent Karim et Jordan, cependant il semble aux abonnés absents lorsque j'arrive à son niveau. Je m'installe à côté de lui, veillant à maintenir une petite distance de sécurité, puis me racle la gorge :

— Hum, alors c'est à ça que ressemble une partie de beer-pong ?

Le footeux sursaute avant de se tourner vers moi. Je réprime un sourire en voyant son air écarquillé. Eh bien quoi, il est surpris que la petite Nathalie timide vienne lui parler ? Il s'attendait à ce que je reste dans mon coin toute la soirée ? Mais non, ça, c'était la Lalie niveau un, très cher. Là, vous avez affaire à la Lalie de niveau soixante-dix, or cette Lalie-là ne se laissera pas intimider si facilement !

— Euh, ouais, me répond-il en se grattant la nuque. T'en avais jamais vu ?

— Juste dans les films. (Je jette un regard alentour.) Tout comme ce genre de soirée. A vrai dire, je pensais pas assister à l'une d'entre elles dans ma vie.

— Oh...

Antoine se frotte les cheveux, mal à l'aise, et nous restons ainsi un moment, sans parler, à contempler la partie de beer-pong. Les deux adversaires s'échangent les balles chacun leur tour mais, à force de boire, leurs tirs ne sont plus tout-à-fait précis.

Je jette un regard en coin au footeux à côté de moi. Son air rayonnant de toute à l'heure semble avoir disparu, au profit d'une mine mélancolique qui me surprend quelques peu. Lui qui est lumineux en temps normal semble ici comme... éteint.

Qu'est-ce qui lui arrive, au juste ? Pourquoi ce brusque changement d'attitude ? Je sais que je n'ai pas une grande expérience de la gent masculine, mais là, je dois admettre qu'il me perd complètement.

Les yeux rivés devant lui, il ne tourne même pas la tête dans ma direction lorsqu'il brise enfin le silence entre nous :

— Hum, et tu t'amuses du coup ?

— Pas du tout, je réponds du tac au tac.

Le footeux fait la grimace et je réalise qu'encore une fois, ma langue a été plus rapide que mon cerveau. Cependant, cela a le mérite d'attirer son attention puisqu'il daigne enfin me regarder.

— Désolé, marmonne-t-il. C'est ma faute.

— Non, t'inquiète ! je m'empresse de le rassurer. Le prends pas personnellement. Je suis contente que tu m'aies invitée. Ça me fait une expérience à rayer de ma liste de choses à découvrir avant de mourir !

Antoine m'adresse un faible sourire.

— Mais c'est pas ton truc.

Je fais la moue.

— Pas vraiment, j'admets.

Il hausse les épaules, les mains enfoncées dans ses poches.

— Bah, je comprends, en fait. Moi non plus, j'aime pas trop ça, mais tous mes potes y vont, alors j'y vais. (Il soupire.) Aya a raison, je suis un peu un mouton.

— Tu essayes de t'intégrer, comme nous tous. Pas de quoi avoir honte.

— Parfois, j'aimerais être un peu plus comme toi, Mattéo et les autres. Être capable de vivre ma vie sans me soucier de savoir si ça affectera ma popularité ou pas...

Je hausse les sourcils face à cette déclaration. J'ai souvent entendu des histoires de loseurs qui souhaitaient gravir les échelons de l'échelle sociale lycéenne afin d'appartenir au gratin, mais je n'avais encore jamais ouïe dire que parfois, les sportifs populaires préféreraient être anonymes.

Banale !Où les histoires vivent. Découvrez maintenant