Evidemment, il fallait que ce soit Mattéo !
Sa brusque irruption dans les toilettes pour filles m'arrête net : je reste plantée là, debout devant lui. Un coup d'oeil vers le miroir me renvoie le reflet d'une grosse aux yeux bouffis, plein de larmes, et au nez dégoulinant de morve. C'est clair, je suis loin de ressembler à ces héroïnes tragiques dont le chagrin sublime la beauté !
Cette vision m'horripile au plus haut point et, sans vraiment le vouloir, je sens que je m'emporte :
— Qu'est-ce que tu fous ici ?
— Euh..., bredouille le délégué, un peu confus face à ma réaction. Dé... Désolé. Je t'attends dehors.
Il ressort vivement en refermant la porte. Je prends aussitôt du papier toilette pour me moucher. Tout à coup, je m'en veux de m'être emportée. C'était plus fort que moi, je n'ai pas pu m'en empêcher ! Il n'a rien à faire là ! Il n'était pas censé entrer ici...
Non, ça suffit, Nathalie, arrête de te voiler la face.
En vérité, je suis surtout morte de honte qu'il m'ait vue dans cet état. Je voulais éviter ça, mais voilà que ça arrive quand même ! Il doit me considérer comme la personne la plus pitoyable qui existe... Je n'avais pas besoin qu'il ait, en prime, cette pathétique image de moi !
Malgré tout, il ne méritait pas que je lui parle sur ce ton. Depuis hier, le délégué a été sympa avec moi, or je n'ai rien trouvé de mieux que de l'envoyer bouler. Déjà que je suis moche, grosse, timide et trouillarde, il ne faudrait pas que j'ajoute "odieuse" à la liste de mes défauts... Ou sinon, il va finir par me détester pour de bon.
Je prends une grande inspiration afin de me donner du courage puis ouvre la porte des toilettes. Mattéo, jusque là adossé contre le mur, les mains dans les poches, se tourne vers moi quand je sors. Je garde la tête baissée tandis que je bafouille des excuses :
— Euh... D-Désolée de m'être énervée...
— C'est rien, répond-il. Tu te sens mieux ?
Mon camarade de classe avance d'un pas vers moi. J'acquiesce tout en continuant de fixer le sol.
— La CPE t'a pas crue, c'est ça ?
Je confirme encore silencieusement ces mots. Ma vue se brouille, embuée par les larmes qui reviennent au galop. Non, je ne peux pas m'effondrer devant lui ! Je commence à faire demi-tour pour m'esquiver à nouveau, sauf que Mattéo me retient par le bras.
— Attend !
Cette fois, je ne parviens plus à contenir mon émotion.
— Je... suis... tellement... nulle, je hoquette entre mes sanglots.
Le délégué lâche mon poignet, et je me cache aussitôt le visage à l'intérieur de mes mains.
— Te mets pas dans cet état, me réconforte-t-il. Y'a pas de quoi s'inquiéter... J'en parlerai à Marjorie, je lui expliquerai que t'as fait de ton mieux. On trouvera une solution.
J'ose enfin lever les yeux vers lui. Mattéo se gratte le crâne, l'air sérieusement mal à l'aise. Pourtant, quand il croise mon regard, il m'adresse un sourire si réconfortant qu'il pourrait guérir n'importe quelle maladie. Cela me réchauffe un peu le coeur. Je sens mes lèvres s'étirer à leur tour pour lui rendre son sourire. Mes larmes s'assèchent presque aussi vite. J'ôte mes lunettes afin d'essuyer les survivantes à l'aide de ma manche.
— Excuse-moi de t'avoir crié dessus..., je balbutie. Je... Je v-voulais pas que tu me vois comme ça...
— C'est rien, t'inquiète. Ça m'a juste un peu surpris, sur le coup. Honnêtement, je crois que j'aime bien la Nathalie en colère. Tu devrais t'énerver plus souvent, ça te va pas trop mal.
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Banale !
JugendliteraturDepuis toujours, Nathalie a la sensation d'appartenir à la catégorie des "personnages secondaires". Lycéenne timide, sans saveur, aux parents et à la vie terriblement ordinaires, elle n'a rien d'une héroïne ! Plutôt que de se résigner, elle décide...
