38. Le mariage

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—... Et donc nous recevons un peu d’argent en travaillant que nous pouvons ensuite échanger contre de la nourriture ou d’autres biens. Cela évite ainsi que certains vivent au crochet des autres, m’explique Adrien. 

— C’est idiot, je déclare avec conviction. 

Le jeune homme roule des yeux. 

— Tu dis ça à chaque différence avec la Décapole que je te souligne. Sois donc un peu plus ouvert d’esprit ! 

Je pince les lèvres. 

— Parce que toi tu l’es avec le Système ? 

— C’est différent. Le Système est idiot. 

Je soupire sans rien répliquer, sachant très bien que le jeune homme est bien trop obstiné pour changer d’avis à ce sujet. Et que je le suis peut-être aussi un peu... 

— Mais comment faites-vous pour les tâches que personne ne veut faire ? je contre-attaque. Et comment s’assurer que chaque personne est bien adaptée pour son métier ? Il serait plus simple que vos élus… 

— Nos élus ne sont pas comme le Système, me coupe Adrien, le visage renfrogné. Ici, chacun fait ses propres choix. Quel serait l’intérêt d’être libre, sinon ? 

Je pointe du menton les ruines. 

— Il est vrai que cette cité est parfaitement entretenue, avec vos méthodes. 

Mon Conjoint soupire. 

— Nous ne sommes simplement pas aussi nombreux ni aussi bien équipés que les Citoyens… 

Cette fois, je ne réplique rien. Plusieurs jours ont passé, et je n’ai toujours pas avoué à mon Conjoint que je suis celui qui l’a dénoncé. Plus le temps s’écoule et moins j’en ai le courage. Je souhaite simplement oublier ce fait et l’enfouir très profondément au fond de mon esprit. Le dénommé Gordon ne s’est de toute façon pas manifesté. Peut-être ne sait-il tout simplement rien. Les élus ne m’ont pas convoqué une nouvelle fois, mais j’ai l’impression qu’ils me tiennent sous une discrète surveillance. Je surprends régulièrement des regards scrutateurs fixés sur moi. 

— En tous cas, il nous faut trouver tous les deux du travail, poursuit Adrien comme s’il n’y avait eu aucune interruption. Les autres vont arrêter de tout nous fournir gratuitement. 

J’ouvre des yeux effrayés. 

— Je ne sais rien faire, je fais observer timidement. Sauf avec les entrepôts de nourriture, mais les choses ne sont pas organisées de la même manière, ici. 

Mon Conjoint passe une main dans ses cheveux. 

— Eh bien, commence-t-il avec hésitation. J’ai entendu dire qu’on avait besoin d’une personne de plus pour garder les enfants pendant la journée. Je me suis dit que cela pourrait t’intéresser. Parce que tu voulais une fille, et tout ça… 

Le jeune homme semble un peu mal à l’aise et je comprends qu’il a toujours un peu mauvaise conscience d’avoir refusé l’adoption de l’enfant qui nous était destinée. À présent, je comprends cependant très bien pourquoi nous ne pouvions pas devenir parents. Nous aurions dû risquer la vie de la fillette dans notre longue errance dans les bois ou l’abandonner tout simplement derrière nous. J’ignore ce qui aurait été le pire. 

— Je crois que j’aimerais bien faire ce métier, je réponds donc avec un hochement de tête approbateur. 

Adrien presse ma main avec satisfaction. 

— Parfait. Mais ne commence pas à faire l’apologie du Système aux gamins, hein ? Tu en serais capable… 

Je lui donne une petite tape sur le bras. 

Le Conjoint (bxb) [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant