Mon cœur bat à toute allure. Mon corps est paralysé. Je me sens terrifié. Plus terrifié encore que la première nuit que nous avons passée ensemble lors de mon arrivée dans la dixième cité et que j’étais alors si intimidé par mon nouveau Conjoint.
Adrien est déjà au lit lorsque je trouve le courage de pousser la porte de la chambre. Il est tourné sur le côté, le corps recouvert d’un drap, et je ne perçois dans la pénombre que le sommet de ses cheveux. Je m’immobilise un instant, fixant sa silhouette. Je m’attends à le voir se redresser. À l’entendre me dire de partir. Il n’en fait rien. Est-ce un bon ou un mauvais signe ?
Incapable de répondre à cette question, je fais quelques pas supplémentaires en direction du lit. Mes mains tremblent tandis que je retire mes vêtements sans un bruit. Je soulève la couverture pour me glisser aux côtés de mon Conjoint. Le matelas s’enfonce légèrement sous mon poids. Je prends bien garde à rester de mon côté, à ne pas frôler la silhouette allongée à quelques centimètres de mon corps. Je frémis sous l’effet de la tension. J’ose à peine respirer ou remuer le petit doigt. J’ignore ce que je crains, exactement. Sans doute qu’Adrien me jette hors du lit et m’ordonne de foutre le camp.
Les minutes s’écoulent sans que je me fasse chasser. Je commence à me détendre très légèrement. Mes yeux sont toujours grand ouverts. Je ne parviens pas à trouver le sommeil. Adrien non plus. Je le sais car je n’entends pas son souffle régulier. Il reste parfaitement immobile alors que d’habitude il s’entortille dans les draps avant de dormir. Souvent, quand je me réveillais à ses côtés, je me rendais compte qu’il s’était emparé de toute la couverture !
Ce souvenir m’arrache un soupçon de sourire et me donne un brin de courage.
Le séduire. Je dois le séduire.
Mais comment m’y prendre ? Papillonner des yeux ne sert à rien dans le noir complet et je ne connais pas d’autres techniques…
Centimètre par centimètre, j’avance ma main vers ma gauche. Je m’arrête net en soudain du bout des doigts quelque chose de chaud. Le dos nu d’Adrien. Lentement, je fais glisser ma paume. Je m’apprête à ajouter ma deuxième main lorsque le jeune homme s’éloigne soudain de dix bons centimètres. Mon estomac se comprime tandis que mon cerveau tourne à toute vitesse pour élaborer une nouvelle stratégie. Adrien refuse mon contact… Mais... Je dois… Je dois juste l’empêcher de fuir !
Résolu, je me redresse et me rapproche à nouveau de la gauche du lit. Et je m’allonge sur le corps d’Adrien. Nous ne sommes tous les deux vêtus que de nos sous-vêtements, séparés par un simple drap, et je devine la chaleur de sa peau contre la mienne. Je pose mon visage contre sa poitrine, retrouvant l’odeur familière de mon Conjoint à travers le tissu léger. Le jeune homme ne fait pas un geste pour me repousser ou me prendre dans ses bras. Il reste aussi inerte que s’il était un matelas. Je me sens simplement soulevé à chacune de ses inspirations et n’ose pas me montrer encore plus entreprenant. Au fond, cette position n’est pas désagréable. Mon Conjoint sent bon et je me sens bien, collé contre lui. Oui, je pourrais passer toutes les nuits de ma vie ainsi.
Je fais un bond en l’air lorsqu’Adrien prend enfin la parole.
— Qu’est-ce que tu attends exactement de moi, Maxence ?
Son ton est neutre. Ni doux, ni fâché. Comme si ma présence ne provoquait en lui qu’un sentiment de vague indifférence.
Je sens mes yeux se mouiller.
— Je… je… je… je t’aime, je murmure misérablement. Je voudrais que tu me pardonnes.
Une larme coule sur ma joue et vient rouler sur la peau de mon Conjoint. Ce dernier reste toujours aussi froid. Je m'agrippe au drap, luttant contre les sanglots.
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Le Conjoint (bxb) [terminée]
Science FictionDans un futur lointain, les êtres humains vivent sous le contrôle du Système qui dirige tous les éléments de leur vie. L'année de ses dix-huit ans, chaque citoyen est accouplé à une citoyenne. Le jour où vient son tour, Maxence se retrouve cependant...
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