23. La patrouille

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Je pose une main sur ma bouche et me mets à trembler de tous mes membres. Des Gardiens de la paix ! Ils vont nous voir ! Ils nous ont peut-être remarqués depuis longtemps, et… 

Les pas se rapprochent de plus en plus. À présent, je peux percevoir les Gardiens discuter entre eux. Ils sont au moins trois. Leur ton est calme. Ils ne semblent pas alarmés.

Adrien presse mon bras comme pour m’empêcher de partir en courant. Je me colle contre lui et ferme les yeux en tremblant comme une feuille. Les Gardiens sont juste à côté de nous. Comment ne peuvent-ils pas entendre les battements affolés de mon cœur ? Celui de mon Conjoint bat à l’unisson. Je sens son souffle contre ma joue et me rapproche instinctivement encore davantage de lui pour trouver un peu de réconfort. 

D’interminables secondes s’écoulent. Je n’entends plus les Gardiens parler. Est-ce un bon ou un mauvais signe ? Je voudrais ouvrir les yeux, mais je suis bien trop effrayé pour cela. Adrien me serre contre lui. 

— Ils sont partis, filons, chuchote-t-il à mon oreille.

Je trouve difficilement le courage de rouvrir les paupières. Mon Conjoint a déjà sauté sur ses pieds et me tire par le bras pour me relever. Je chancelle. Mes jambes ne sont plus capables de supporter mon poids. Adrien me retient. 

— Il faut y aller, Max, insiste-t-il. Ils pourraient revenir. 

Je m’agrippe à mon Conjoint comme à une bouée de sauvetage. 

— N… nous avons failli… 

— Nous n’avons failli rien du tout, me coupe fermement le jeune homme. Allons, viens. 

Me tenant toujours par le bras, Adrien m’entraîne sur la route détrempée. J’aperçois enfin notre maisonnette grise au loin. Nous sommes tout proches. Plus que quelques mètres. Mes membres sont toujours aussi engourdis et j’ai l’impression d’avancer au ralenti. Mon Conjoint continue à me soutenir et ne me lâche que le temps de sortir son pass pour déverrouiller la porte. Puis il me pousse à l’intérieur. Je m'engouffre dans l’entrée avec un intense soulagement. Je pose mon front contre le mur et souffle un grand coup. Nous sommes sauvés. 

— N’allume pas l’interrupteur, me recommande Adrien. Cela pourrait attirer l’attention après le couvre-feu. 

J’approuve d’un signe de tête, même s’il ne peut pas me voir. Mes bras tremblent toujours autant. Je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. Je tâtonne dans le noir jusqu’à trouver la porte de notre chambre et m’affale sur le lit tout habillé. Je sens le matelas s’enfoncer lorsqu’Adrien en fait de même à côté de moi. Nos vêtements sont trempés et couverts de boue et nous devons certainement être en train de salir les draps. 

Le jeune homme roule sur lui-même pour venir me chevaucher. 

— Mon petit Conjoint adoré, me murmure-t-il à l’oreille. Je suis si heureux que tu sois venu me chercher ! 

Je devrais le repousser. Lui dire que je suis toujours fâché contre lui. Affirmer qu’il est tard et que nous devrions dormir depuis longtemps. Mais j’en suis incapable. Lorsque les lèvres d’Adrien se posent sur les miennes, j’ouvre automatiquement les miennes pour lui donner accès à ma bouche tandis que mes bras s’enroulent autour de son torse. Mes tremblements de peur se transforment en frémissements de désir à une vitesse étonnante. Alors qu’il y a quelques minutes j’étais comme paralysé, je me sens soudain empli d’une intense énergie de vivre. 

Mon Conjoint me retourne sur le ventre d’un mouvement de genou. Il referme aussitôt ses cuisses autour de moi pour m’emprisonner. Sa main gauche se faufile sur mon ventre pour déboutonner mon pantalon qu’il m'arrache. Son autre main enserre mes poignets. Puis il me tire davantage vers lui pour soulever ma croupe. Notre étreinte est sauvage et féroce, bien différente de la douceur qui caractérise habituellement nos ébats. Je gémis de plaisir lorsqu’Adrien me pénètre d’un coup. 

— Tu es à moi, petit Conjoint, me déclare-t-il en me dominant de tout son corps. 

— O… oui. 

Ses coups de butoirs sont toujours plus forts. Nous sommes dans le noir complet. Je suis à la mercie totale de mon Conjoint que j’accueille en moi encore et encore. 

— Viens maintenant, m’ordonne soudain Adrien. 

Je lui obéis aussitôt, comme si je n’attendais que cela. Le jeune homme ne tarde pas à me suivre dans un long grognement. 

Je reste allongé sur le dos, essoufflé. 

— Ça allait ? s’inquiète Adrien en imitant ma position. 

J’hoche la tête et rougis. 

— Oui. C’était… c’était bien. 

Je ne pensais pas un jour tirer autant de plaisir de quelque chose d’aussi… d’aussi bestial. J’ai l’impression que c’est exactement d’un moment comme celui-là, où je n’avais qu’à me laisser aller sans réfléchir, dont j’avais besoin suite aux événements de cette nuit. 

Adrien me fait un baiser sur la joue et tire le drap par-dessus nos deux corps nus. 

Je garde les yeux grands ouverts en me blottissant contre mon Conjoint redevenu tendre. Je ne me suis jamais couché aussi tard. Pourtant, je ne ressens pas l’envie de dormir. 

— Qu’est-ce qui nous serait arrivé si les Gardiens nous avaient trouvés ? je demande brusquement. 

Adrien avance la main pour caresser mon bras dans des petits mouvements circulaires. 

— Je ne sais pas exactement. Mieux valait éviter de le découvrir, n’est-ce pas ? 

— Oui… 

Nous retombons dans le silence. Ma poitrine se soulève au rythme lent de ma respiration. Le sommeil continue à me fuir. 

— Tu n’aimerais pas que nous puissions nous promener à notre guise à l’heure que nous voulons ? me questionne soudain Adrien. 

Je cligne des yeux, surpris. 

— À quoi bon sortir quand il fait nuit ? 

— Je ne sais pas, moi, s’agace mon Conjoint. Pour voir les étoiles, par exemple. 

Je réfléchis.

— Si le Système estime que nous ne le devons pas, c’est qu’il y a une bonne raison, je finis par conclure. Je sais que tu ne l’aimes pas, mais il agit toujours pour notre bien. 

— Hum… 

Adrien se tourne sur le côté et joue avec l’une de mes mèches. 

— Tu ne te sens pas parfois enfermé ? soupire-t-il. 

— Enfermé ? je répète. Enfermé où ? 

— Dans la cité, par exemple. Nous ne pouvons en sortir que pour des raisons exceptionnelles. Tu n’aimerais pas pouvoir aller rendre visite à tes parents ? 

— Éventuellement, mais ça serait un gâchis d’énergie. 

— Autrefois les hommes parcouraient librement le monde, m’assure Adrien. 

— Oui, pour polluer et se faire la guerre, je réplique en me souvenant de mes cours d’histoire. 

— Pas seulement. 

Adrien m’embrasse le cou puis remonte jusqu’à ma mâchoire. Mon corps encore électrisé réagit à chaque effleurement. Les baisers de mon Conjoint sont chauds et me réconfortent. Ses mains caressent mon corps. Mon reste de peur se dissout peu à peu, remplacé par une douce quiétude. 

— Je voudrais un jour t’emmener en voyage loin, très loin d'ici, murmure le jeune homme à l’oreille. Il y a tant de choses que nous pourrions découvrir ensemble… 

Je décide d’être raisonnable pour nous deux. 

— Tu sais bien que cela n’est pas possible. 

Il referme ses bras autour de moi. 

— Oui. Mais j’aimerais bien. 

Il n’ajoute rien d’autre et, lentement, nous sombrons dans le sommeil. 

Le Conjoint (bxb) [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant