37. L'interrogatoire

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La porte est lourde et je dois pousser de toutes mes forces sur son battant pour la faire pivoter. Je découvre une grande salle dont les murs sont recouverts de miroirs. Une vingtaine d’hommes et de femmes sont assis autour d’une très longue table. Leurs yeux se tournent soudain vers moi dans un même mouvement. Linda, l’élue qui s’était adressée à nous hier, est également présente et me fixe, le visage impassible. 

— Fermez la porte et venez ici, m’ordonne une autre femme à la voix chevrotante. 

Je la regarde furtivement. Elle semble avoir une soixantaine d’années. Ses cheveux gris sont coupés presque aussitôt courts que les miens et elle porte un pantalon en toile épaisse. 

J’obéis sans un mot. En refermant le battant, j’ai une vision passagère du visage angoissé d’Adrien. Puis je me retourne lentement pour faire face aux élus. Ils continuent à m’observer en silence, attendant que je m’approche d’eux. Malgré mon désir de partir en courant, je m’exécute avec hésitation. Je remarque avec étonnement que le sol est recouvert de planches de bois qui craquent sous mes pas. Au fur et à mesure de mon avancée, je peux constater que cette salle, sous des apparences propres, est délabrée, elle aussi. Quelques miroirs sont fissurés et les murs autrefois blancs sont noircis à divers endroits. 

Lorsque je finis enfin par n’être plus séparé de la table que par un mètre ou deux, la femme de tout à l’heure me désigne une unique chaise en face de la table. Je m’y laisse tomber plus mort que vif. Je tire sur mes manches oranges, très mal à l’aise. J’ignore comment me comporter devant ces gens ou tout simplement quelles formules de politesse utiliser. 

— Comment vous appelez-vous, jeune homme ? me demande l’un des hommes. 

Son regard braqué sur moi est froid et attentif. 

— Maxence, je réponds timidement baissant les yeux. 

Mon coeur bat douloureusement à la perspective de devoir mentir. J’ignore si j’en serai capable face à des personnes aussi effrayantes. 

— Pourquoi avez-vous quitté la Décapole, Maxence ? continue-t-il. 

J’ouvre la bouche avec peine pour prononcer ma phrase toute prête. 

— Je… je… je suis venu ici parce que je… je d… déteste le Système. Hum… oui… Je… je veux lutter contre lui. Et rester avec Adrien parce que je l’aime. 

Un petit silence s’ensuit et je me tasse encore plus sur ma chaise. J’avais pourtant répété longuement la tirade dans ma tête et me suis retrouvé à la bredouiller lamentablement ! Sauf la dernière phrase.

Peut-être parce qu’elle n’est pas complètement un mensonge. 

Un autre élu enchaîne avec une autre question, puis encore une. Suivant les conseils qu’Adrien m’a donné sur le chemin, je dis autant la vérité que possible pour ne pas me laisser embrouiller. Je me retrouve à décrire ma vie quotidienne. Mon travail. Ma relation avec mon Conjoint. Plus je parle et plus j’ai l’impression d’être un traître envers le Système. Qui sait ce que les Anti-Civiques feront des informations que je leur donne ? Je n’ai pourtant pas le choix. 

Le déluge de questions se poursuit jusqu’à ce que j’ai la gorge toute sèche à force de m’être exprimé. Puis, soudain, la femme qui m’avait adressé la parole la première me sourit d’un air un peu pincé. 

— Vous pouvez sortir, Maxence. 

Je me lève, un peu perdu. Cela veut-il dire que j’ai passé ce test ? Ou au contraire que j’ai échoué ? Je ne saurais le dire… 

Les élus ne font déjà plus attention à moi et chuchotent entre eux. Je m’empresse de me diriger vers la porte à toute allure. En quittant la pièce, je heurte de plein fouet Adrien qui devait faire le pied de grue devant la porte. 

Le Conjoint (bxb) [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant