42. En prison

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Le carrelage de ma cellule est sombre et froid. Je passe le reste de la journée puis la nuit qui vient à pleurer toutes les larmes de mon corps, allongé à même le sol. Une seconde fois, je me retrouve emprisonné pour avoir simplement fait mon devoir de Citoyen. Je me demande ce qui ne tourne pas rond chez moi. J’ai pourtant passé toute mon existence à essayer d’être exemplaire et je suis soudain devenu un ennemi aussi bien pour le Système que pour les Anti-civiques. Je me retrouve rejeté et méprisé par les deux camps. 

Adrien sait… Adrien me déteste… Adrien ne voudra plus jamais de moi auprès de lui…

Ces phrases terribles passent en boucle dans mon esprit et ne font que renforcer ma détresse. Je sais que mon Conjoint a de bonnes raisons de m’en vouloir et que je ne me suis pas bien comporté envers lui. Mais… Mais une part de moi espérait stupidement qu’il ne m’en voudrait pas. Qu’il m’embrasserait en me disant que tout allait bien. Qu’il me pardonnerait. Qu’il… qu’il m’aimerait toujours. 

Je dois finir par m’endormir car j’ouvre des yeux gonflés en entendant la porte s’ouvrir. 

Je me redresse, le corps endolori, pour faire face à la personne qui entre. C’est un Anti-civique d’une trentaine d’années que je ne connais que de vue. Il tient fermement une sorte de lance à la main qui est tournée droit vers moi, comme si j’étais quelqu’un de dangereux. Je recule lentement jusqu’à me retrouver dos au mur. L’homme se baisse et fait glisser dans ma direction une sorte de récipient rempli de purée. Puis il recule sans me quitter des yeux avant de quitter la pièce. 

Je m’approche sans entrain de la nourriture. Je n’ai pas faim. Mon ventre est noué. Mais je dois reprendre des forces. L’homme n’a pas jugé bon de me fournir une fourchette et j’enfourne avec les doigts la purée dans ma bouche. Elle est froide et visqueuse et me donne envie de vomir. J’en mange autant que possible avant de repousser le récipient, écoeuré. 

Je laisse mon regard courir sur les murs de la petite salle, roulé en boule dans un coin. J’aimerais bien pouvoir dormir encore un peu, mais le sommeil me fuit désormais. Je me demande ce qui va m’arriver. Les Anti-civiques vont-ils me laisser croupir dans cette cellule à tout jamais ? Ou vont-ils choisir un jour de se débarrasser de moi ? 

Je suis soudain pris d'une bouffée de panique à cette idée et me lève d’un bond. Je commence à tourner en rond. La salle est si petite que j’en fais le tour en quelques enjambées seulement. J’ai besoin d’air, de lumière. Je lève les yeux vers l’unique ouverture. La fenêtre est haute et je dois me mettre sur la pointe des pieds pour réussir à empoigner les barreaux. Je pose ma chaussure contre le mur et me hisse péniblement à la force de mes bras. Enfin, je prends appui contre la minuscule rambarde et colle mon visage contre la vitre crasseuse. Dehors la nuit est en train de tomber. Je vois quelques petites silhouettes s’agiter au loin. J’essaie de distinguer Adrien parmi eux sans y parvenir et mon cœur se serre douloureusement. Pourquoi mon Conjoint ne vient-il pas ? Je veux voir Adrien. Je veux lui dire… Lui expliquer que… que… Que je suis désolé ? Oui, il est certain que je suis triste de l’avoir dénoncé aux Gardiens de la paix. Mais ne referai-je pas le même choix à l’heure actuelle ? Aucun Citoyen ne pourrait tolérer la présence d’un Anti-civique. Ces derniers sont dangereux et responsables d’attentat. Quel que soit l’affection que l’on puisse avoir pour eux… Oh, pourquoi Adrien ne peut-il donc comprendre que je n’avais pas d’autre choix ? 

Mes forces m’abandonnent et je me laisse retomber sur le carrelage. J’ai à nouveau envie de pleurer. 

Le lendemain, le même homme m'apporte à nouveau un repas aussi peu ragoûtant que celui de la veille. 

— Je n’en veux pas, je croasse d’une voix enrouée. Je ne mangerai pas tant qu’Adrien ne sera pas venu me voir. 

Il hausse les épaules d’un air indifférent et repart avec la nourriture. J’attends quelques heures, les yeux fixés sur le porte. Adrien ne vient pas. Quand l’Anti-civique me rend à nouveau visite pour un autre repas, je le renvoie sans manger avec la même demande. Adrien ne vient toujours pas. 

Le Conjoint (bxb) [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant