18. La panne

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L’amphithéâtre se vide lentement après le discours des conseillers et nous nous mêlons au flot ininterrompu des citoyens excités. Dehors, la pluie a enfin cessé, même si le temps reste incertain. Le soleil fait quelques brèves apparitions au milieu des nuages avant d’être à nouveau recouvert presque aussitôt. 

La main d’Adrien est toujours fermement enroulée autour de la mienne comme si nous étions collés l’un à l’autre. Ce qui ne me déplaît pas. 

— Tu es sûr que nous devons vraiment nous rendre chez ton chef ? répète le jeune homme pour la centième fois au moins. 

Je soupire et lui jette un regard sévère. 

— Oui. 

Mon Conjoint grogne bruyamment mais accepte de me suivre sans protester davantage. Il contemple d’un œil mauvais la salade composée que j’apporte pour le repas, comme s’il la jugeait responsable de sa mauvaise humeur et il marmonne quelque chose de désobligeant à propos des légumes crus. 

— On ne peut tout de même pas se nourrir exclusivement de sucreries, je remarque en resserrant ma prise autour de ma salade, un peu vexé. 

C’est la première fois que j’ai cuisiné quelque chose moi-même, suivant des instructions livrées par le Système. Habituellement, nous ne mangeons que des plats déjà tout préparés. Et j’ai bien aimé cette expérience pour laquelle je me suis beaucoup appliqué. 

— Et pourquoi pas ? ronchonne Adrien. Qu’est-ce que tu en sais ? C’est bon, le sucre. 

Je l’ignore pour me concentrer sur la route. D’après le plan indiqué par le Système, mon chef habite non loin de l’amphithéâtre. Je distingue bientôt sa cellule familiale aux murs jaunes. Elle est légèrement plus grande que la nôtre en raison de la présence de deux enfants. Une trentaine de personnes sont déjà là, massées dans le petit jardin public qui longe la rue. Je reconnais parmi eux quelques uns de mes collègues. 

— Il est agréable de nous rendre à une fête, non ? je lance à Adrien pour essayer de le dérider. 

Il hausse les épaules avec dédain. 

— Si c’est ce que tu appelles une fête… Tout cela manque singulièrement d’ambiance, si tu veux mon avis. 

Je fronce les sourcils en regardant la direction que le jeune homme pointe du menton. Plusieurs groupes de citoyens discutent aimablement les uns avec les autres. Un ou deux s’approchent d’une longue table pour se servir à manger. Qu’est-ce qui déplaît donc à mon Conjoint ? Je trouve l’ambiance très convenable. 

Mon chef nous aperçoit alors que nous franchissons la grille du jardin et nous adresse un signe joyeux. 
Je m’approche de lui, le sourire aux lèvres en entraînant Adrien derrière mon sillage. 

— Bienvenue, Maxence, me dit mon chef de son ton chaleureux. 

— Merci de nous recevoir, je réponds. Voici mon Conjoint. 

Je m’écarte un peu pour dévoiler ce dernier. Conciliant, Adrien se fend d’un sourire un peu coincé. Mon chef le salue également avant de s’intéresser à de nouveaux arrivants. 

— Allons bouffer ce fameux chocolat, grommelle mon Conjoint en me tirant par le bras. Que cette fête serve au moins à quelque chose… 

Je le fixe avec un air réprobateur mais le suis à travers la foule jusqu’à la table où sont posés les différents aliments composant le repas commun. J’y ajoute ma salade avec fierté. Il est étrange de voir autant de plats différents les uns à côté des autres, aussi bien sucrés que salés. Tous ont été posés au hasard et les pâtisseries côtoient les tourtes et les crudités. Des dizaines d’odeurs chatouillent mes narines et je me sens saliver. 

Le Conjoint (bxb) [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant