49. Le départ

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Les jours suivants, je suis un peu surpris de ne pas entendre tous les Anti-Civiques parler de l’expédition à venir. Réussir à séparer les Citoyens de la dixième Cité du Système serait pourtant une grande victoire pour eux. Pour nous. Car je soutiens ce plan, n’est-ce pas ? 

Je tourne et retourne ma bague de mariage. Au fond, je n’arrive pas à m’en persuader complètement… Comme je l’ai affirmé à Adrien, je ne me considère pas comme un Anti-Civique. Pour autant, je ne suis plus non plus un Citoyen. J’ignore si je pourrais réussir à vivre à nouveau un jour dans la Décapole. Me contenter de suivre les ordres d’une machine ne me paraîtrait pas insupportable ? Insupportable, mais rassurant. Il est confortable de vivre une existence sans avoir jamais à se poser de question. 

Adrien et moi sommes toujours un peu en froid. Quand je suis rentré l’autre soir, nous avons longuement parlé. Le jeune homme m’a répété de nombreuses fois qu’il m’aimait et que j’étais la chose la plus importante dans sa vie et que s’il continuait à se battre, c’est parce qu’il voulait rendre le monde meilleur pour moi. Je lui ai dit que je trouvais cela idiot. Que je ne voulais pas d’un monde meilleur. Que vivre à ses côtés me suffisait. Mais il n’a rien voulu entendre. 

Le matin du départ, alors que nous sommes encore au lit, je me colle contre mon mari, contrarié. 

— Au fait, je m'étonne, pourquoi est-ce que personne dans le camp ne parle de cette expédition ? On dirait qu’elle est secrète. 

Adrien passe un bras autour de moi. 

— Parce qu’elle est effectivement secrète. Il est possible que le Système ait placé des espions parmi nous, tu sais ? Après tout, nous le faisons bien de notre côté. 

— Oh… 

Je n’avais jamais envisagé cette éventualité. Je me dandine en me souvenant soudain d’une chose. 

— Au début, j’ai songé que je pourrais devenir un espion pour le Système, lorsque je suis arrivé ici, j’avoue en baissant les yeux. 

Adrien glousse. 

— Personne n’aurait l'idée de t’utiliser comme espion, Max. Tu es trop… 

Il ne termine pas sa phrase. Je relève la tête. Mon mari m’observe avec attention, un petit sourire aux lèvres. 

Je le regarde de travers. 

— Trop quoi, exactement ? 

Le jeune homme rit et se penche en avant pour me voler un baiser. 

— Trop mignon. 

Je lui donne une petite tape. 

— Je ne suis pas mignon. 

Il attrape mes poignets pour m’empêcher de le frapper. 

— Si, tu l’es. 

Je plante mes yeux dans les siens. 

— Alors pourquoi est-ce que tu ne m’emmènes pas avec toi ? 

Le visage d’Adrien se ferme aussitôt. 

— Max… 

Il me lâche. 

— Quoi ? 

Il ne me répond pas et se lève. Je soupire en le voyant quitter la pièce. Mon mari est tellement têtu ! Presque autant que moi. 

Je finis par m’extirper du lit moi aussi et rejoins Adrien dans la cuisine. Ce matin-là, il a réussi à se dégoter du café je ne sais où et l’avale avec extase. Puis il entreprend de rassembler des affaires dans un sac à dos. Je le regarde s’agiter sans faire un geste pour l’aider. Il me lance un regard agacé. 

— Max, je ne trouve plus aucun caleçon ! Où les as-tu rangés ? 

J’hausse un sourcil. 

— Tu le saurais, si tu t’en occupais de temps en temps, je commente avec froideur. 

Il me jette un regard de chien battu. 

— Je sais, je sais. Mais je suis toujours si occupé et… Bon, d’accord, je suis désolé de te laisser te charger de toutes les tâches ménagères. Quand je reviendrai, nous nous répartirons mieux. Et je te laisserai être le chef de famille. De temps en temps. 

Il fait la grimace à ces derniers mots et s’avance vers moi. Je l'accueille avec un visage sans expression et il soupire. 

— S’il te plaît, Max chéri, cesse de m’en vouloir. 

Je fais la moue. 

— Seulement si tu acceptes que je t’accompagne. 

Mon Conjoint se mord la lèvre. 

— Je ne peux pas, chéri. Je serais bien trop inquiet. 

Indigné, je m’apprête à lui faire remarquer que, moi aussi, je peux être inquiet, lorsque le jeune homme me serre soudain dans ses bras si fortement qu’il expulse presque tout l’air de mes poumons. 

— Adrien, tu m’étouffe ! je finis par réussir à protester. 

Il desserre très légèrement son étreinte, sans pour autant me lâcher. 

— Je t’aime, petit mari. Plus que tu ne pourrais le penser. 

Les larmes me montent aux yeux. 

— Je… je t’aime aussi. 

Nous nous embrassons et je m’accroche au cou d’Adrien. Ses lèvres sont chaudes et douces. 

— Ne pars pas, je tente une dernière fois. 

Adrien me caresse le visage avec un sourire triste. 

— Je le dois, mon amour. 

Je colle mon front contre sa poitrine et m’accroche à son pull. Je respire l’odeur de mon Conjoint tant que je le peux. 

— Jure-moi de revenir. 

Je lève des yeux implorants vers le jeune homme et le vois hocher solennellement la tête. 

— Je te le promets. Je te retrouverai le plus vite possible. Je t’aime, mon petit mari. 

Il m’embrasse une dernière fois. Puis il saisit doucement mes mains pour les décrocher de ses vêtements. Je lutte un moment pour essayer de l’en empêcher. 

— Tes caleçons sont dans le tiroir du bas, je marmonne. 

Il me remercie et termine d'empaqueter ses affaires. 

— Je t'accompagne jusqu’au lieu de rendez-vous, je déclare d’un ton sans réplique.

Adrien accepte d’un signe de tête. Nos mains s'agrippent l’une à l’autre et nous nous mettons en route vers l’orée de la forêt. Dix jeunes gens ont été désignés pour participer à cette expédition. Les quelques Anti-civiques au courant sont rassemblés ici pour leur souhaiter bonne chance. Mon mari lâche ma main et me jette un petit regard d’excuse. 

— À très vite, mon amour, me murmure-t-il. 

L’expédition se met en route. Je fixe Adrien aussi longtemps qu’il reste visible. Très vite, les jeunes gens disparaissent au milieu des arbres. Je suis le dernier à rester. Quelques personnes me proposent de venir avec elles mais je refuse poliment. 

— J’ai besoin de passer un moment seul, je réponds à Christiane lorsqu’elle vient me voir à son tour. 

Aussitôt après le départ de mon ancienne cheffe, je me précipite pour sortir le sac à provision caché derrière un buisson que, moi, j’avais préparé en avance. Et je me m’avance à mon tour dans la forêt sans plus tarder. Je dois me dépêcher si je veux retrouver le groupe. Quand ça sera fait, je devrai rester cacher et les suivre à une certaine distance jusqu’à ce que nous ayons rejoint le fleuve.  Car je vais accompagner mon mari, qu’il le veuille ou non ! 

Le Conjoint (bxb) [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant