Chapitre 33

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Je dois être dans une simulation. Ce n'est pas possible autrement. Mais qu'est-ce que je fous là putain ? Elio m'a presque soulevée de terre pour me faire entrer de force au Sotano. J'ai fini par accepter ma défaite, et je me suis retrouvée ici, allongée sur un canapé en faux velours rouge troué, attendant qu'il revienne avec la boisson que je lui ai supplié de m'apporter.

« Ça t'arrive de boire autre chose que du Coca ?

_ Parfois je bois de l'eau, mais c'est très rare.

Il dépose un grand verre rempli de liquide brun sur la petite table en face de moi, puis il s'installe à mes côtés. Il ôte son manteau et son sweat-shirt pour se retrouver en débardeur. Je ne peux m'empêcher de loucher sur ses épaules musclées sur lesquelles s'effilent de fines veines bleuâtres sous sa peau brune. Je détourne le regard avant qu'il ne s'aperçoive de mon indiscrétion et commence à se faire des films.

_ Met toi à l'aise te gêne pas surtout, ricané-je.

_ Bah je suis chez moi encore, non ?

_ Non, c'est mon donjon dorénavant. Toi tu es le dragon qui surveille la princesse pour pas qu'elle ne s'échappe.

_Ça me va, rigole-t-il. Le dragon va cracher de la fumée, il revient dans cinq minutes. La princesse trouvera le code Wi-Fi sur la boxe derrière la télé. On est dans un château moderne ici madame. »

Je lui fais une grimace tandis qu'il s'esclaffe, visiblement fier de sa blague. Il se lève donc pour aller fumer sa cigarette au fumoir qui se trouve à l'étage. Je m'étale de tout mon long sur le canapé, bien décidée à ne plus bouger. Je sors mon téléphone pour consulter mes messages pour la première fois depuis un petit bout de temps. Pas de réseau. Je devais m'en douter. Mais je ne suis pas assez désespérée pour recopier les douze caractères du mot de passe Wi-Fi un à un comme une connasse. Et je ne compte pas rester ici très longtemps de toute façon. Je décide donc de piquer un petit somme en attendant que les choses se passent.

***

« Du coup pas de soirée ce soir ?

_ T'façon tu conclus jamais, ricane une voix rauque au-dessus de mon oreille.

_ Toi non plus. T'as dû repartir avec une meuf deux ou trois fois max depuis que t'as ouvert le Sotano.

_ Ouais mais moi c'est par choix bouffon. Je déguste que du caviar.

_ Moi aussi, il y a jamais de meuf assez bonne pour moi.

_ Parce que tu préfères les meufs avec un gros chibre ouais.

_ Mais qu'est-ce que tu racontes starf ?

_ T'as pas à te cacher hein, je t'aime comme t'es ma gueule.

_ ... Il est quelle heure ? grogné-je.

_La belle au bois dormant se réveille enfin.

_Pas comme d'autres... sah.

Je me redresse brusquement pour fusiller Vincent du regard. Cette blague n'était pas nécessaire. Quoi que plutôt drôle, surtout quand on regarde la tête d'Elio à côté de moi, qui garde ses lèvres plissées pour ne pas exploser de rire. Bon, je suppose qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer.

_ J'ai dormi combien de temps ?

_ Deux jours.

_ Sérieux ?

Les deux garçons s'esclaffent bruyamment. Ils se foutent bien de ma gueule en tout cas. Ravie de les faire sourire, c'est toujours mieux que quand ils froncent les sourcils en grognant.

_Il est dix-sept heures, quelque chose comme ça. T'as dormi un peu plus d'une heure.

_ Je préfère ça », baillais-je en portant à mes lèvres un verre de Coca-Cola sans bulle et aux glaçons entièrement fondus.

Les garçons détournent à nouveau leur attention de ma personne pour reprendre leur discussion là où ils en étaient. Je les écoute d'une oreille distraite. Je crois comprendre qu'Elio compte aussi faire profil bas en ce qui concerne la boîte de nuit clandestine, même si c'est l'affaire qui lui rapporte le plus de recettes.

« Et tu diras aux autres que je veux qu'on se retrouve ici. Je compte sur vous pour plus traîner à Bellerue. Faut faire beleck maintenant.

_ Zach va pas être d'accord.

_ Qu'est-ce que je m'en bats les couilles de Zach ? C'est pas lui le chef à ce que je sache. C'est moi qui décide, et j'ai décidé que maintenant on allait quitter le bâtiment 11 pour se retrouver ici, c'est tout.

_ Et comment on fait les passes alors ?

_ Mais t'es bouché ou quoi ? J'ai dit qu'on arrêtait tout. Et surtout ça putain. Tu peux dealer ta barrette de shit dans ton coin si tu veux, mais on arrête avec les meufs parce que c'est le genre de truc que la police cherche là. Imagine ils découvrent que Mélanie était impliquée. T'es inconscient ou quoi ?

_ Je dis juste que Zachary il va pas se laisser faire.

_ Vas-y comment tu me véner. Si Zachary ouvre sa bouche je m'occuperai personnellement de son cas, d'accord ? Il est où là d'ailleurs ? Il est toujours à Bellerue ?

_ Ouais.

_ Tu lui as pas dit pour Raph j'espère.

_ T'es fou ? Bien sûr que non je lui ai pas dit que c'était une balance, sinon il l'aurait déjà retrouvée à l'heure qu'il est.

_ Qu'il s'approche même.

Je ne dis rien, mais mes mains commencent à trembler. Je sais à quel point les informations circulent vite dans le quartier. Et je sais de quoi Zachary est capable quand il est énervé. Je n'avais pas pensé aux conséquences de mon acte, qui en plus n'a abouti à rien.

Il faut vraiment que je me barre d'ici au plus vite.

***

« Tu pars où ?

_ Je règle un quetru puis je vais faire les courses pour graille. Tu veux quelque chose ?

_ Sortir, peut-être.

_ Je te le dirai quand tu pourras sortir meuf.

Après avoir fait pour une troisième fois consécutive le tour de la piste de danse en ruminant, je me rassois sur un canapé en forme de rond. Pendant ce temps, Elio a étalé sur la table basse une somme assez impressionnante d'argent liquide, qu'il s'efforce de compter et de réunir en liasses. Une fois sa besogne achevée, il les fourre dans un grand sac de sport dont il passe la bandoulière autour de son torse.

_ Tu veux pas me distraire en attendant ?

_ T'as une télé s'tu veux, ronchonne-t-il en sortant son téléphone portable.

_ Nan mais une vraie distraction quoi. T'as capté.

Il lève les yeux pour me dévisager, intrigué. Je ne peux m'empêcher de sourire doucement.

_ Qu'est-ce que tu veux ?

_ T'as capté ce que je voulais dire.

_ Non explique mieux.

_ Arrête t'as compris.

_ Bah je sais pas faut que tu me dises.

Je perds à la bataille de regard et détourne les yeux pour mieux maitriser mes émotions.

_ Bah reste avec moi quoi.

_ Pour faire quoi ?

_ Je sais pas ce que tu veux, chuchoté-je. J'aime faire plein de choses. »

Il s'esclaffe et se lève du canapé. Je le vois se diriger vers un miroir qui tapisse le mur pour observer son reflet. En pleine réflexion, il se recoiffe distraitement avant de se tourner à nouveau vers moi :

« Je m'occuperai de toi en rentrant alors. »

Raphaëlla [TERMINE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant