37/ « Le club des cinq »

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— Les soirées sont pour moi. M. de Luca a été très clair, vous devez me remplacer quand je suis obligé de m'absenter pour suivre une piste ou faire des recherches. Choses que je ne ferai probablement jamais le soir.

— « Probablement » ne va pas avec « jamais », dit tranquillement Alice en fixant Dante un sourire aux lèvres.

Assise sur le bord du lit de Francesca, l'anglaise établit le planning de la semaine. Depuis le déménagement, elle a pris les choses en main avec l'aval de Vittorio de Luca, qui lui a confié la convalescence de sa petite-fille. Le vieil homme a ajouté qu'ils seraient récompensés, elle et ses amis, pour tous leurs efforts.

— Donc, les soirées pour M. Lombardi. Paz et Pierre se partagent les après-midis. Sylvester et moi, on se partage les matinées. Syl ? Tu t'occuperas des courses, vendredi soir ?

— Oui... Oui ! Ok ! Je m'occupe des courses pour le week-end et la semaine suivante.

— Est-ce que j'ai mon mot à dire ? demande alors Francesca.

— Bien sûr ! s'exclame Alice en se tournant vers elle.

— Je ne crois pas que ma convalescence va durer aussi longtemps. Mais bon, au cas où, par pitié ! Pas que des plats italiens cuisinés par des anglais...

Paz éclate de rire, tandis que Pierre se retient à grand peine. Alice et Sylvester échangent un regard contrit. C'est vrai que depuis leur début de colocation, ils se sont essayés à plusieurs plats traditionnels italiens, dont la pizza... avec plus ou moins de réussite. Moins que plus, d'ailleurs...

— Je m'occuperai de la cuisine, finit par dire Dante, laconique. Lui non plus n'a pas particulièrement apprécié les « talents » de cuistots des anglais. Leur bolognaise étaient atroce...

— Je vous aiderai, dit Pierre, dont les rares plats qu'il a bien voulu partager avec ses colocataires, étaient délicieux

— Oh ! Super ! Je veux remanger de ce truc trop bon avec de la sauce et des champignons, s'exclame Francesca à la surprise générale.

— Du poulet au champignon pour la demoiselle, alors, dit Pierre.

— Je suis déçue. Je croyais que ça avait un nom plus distingué... dit Francesca avec une mine boudeuse assez comique.

— Émincé de poulet au suprême de champignon. Ça te va ?

— C'est plus classe...

— Les français sont vraiment les champions pour dissimuler les trucs les plus simples sous des noms ronflants. Belle bande de comédiens ! marmonne Dante.

— Hé ! Ne critique pas la gastronomie française. C'est un art hautement estimable et estimé. Et trouver ces noms n'est pas à la portée du premier venu ! En plus, question comedia... Y'a pas meilleur que les italiens ! Exemple flagrant : le foot !

Dante s'est tourné d'un seul bloc face à Pierre toujours accoudé au lit. Leur différent concernant le football est presque comique. Et Sylvester, qui soutient Manchester United avec ferveur, adore en rajouter. Mais pas aujourd'hui, il n'en a pas le temps.

— Oh ! De toute façon, tout le monde sait qu'il suffit d'effleurer un footballeur pour que ça chouine en se roulant par terre ! C'est pas une question de nationalité ! lance distraitement Alice en notant quelque chose sur son téléphone.

Paz et Francesca éclatent de rire en voyant les visages figés de stupeur des trois garçons tournés vers l'anglaise, qui, s'apercevant de l'intérêt soudain qu'on lui porte, sourit en haussant les épaules. S'ensuit une ribambelle de nom d'oiseaux lancés de part et d'autre du lit.

Francesca les regarde en souriant. L'« incident » du Busquador est loin d'être oublié, mais il ne va pas les changer. Et elle en est heureuse. Elle avait peur qu'il ne prenne trop au sérieux cette histoire de danger autour d'elle. Elle demeure convaincue que ce qui s'est passé n'est pas un acte calculé. C'est elle qui a approché le type. C'est elle qui lui a demandé s'il n'aurait pas quelque chose pour l'aider à être dans l'ambiance. Elle l'a suivi sans crainte jusqu'aux toilettes. Elle a avalé ce qu'il lui a donné.

Après, tout est confus. Elle l'entend parler au téléphone. Quelque chose l'a mis en colère. Elle n'a pas compris quoi. Elle s'est sentie partir. Jusqu'à la voix

La voix d'Alice qui l'appelle. Ses mains qui la touchent. Et ce désir que cela ne s'arrête jamais. Cette sensation d'être dans les bras qu'il faut, qui l'aide à ne pas se noyer totalement. Qui l'aide à revenir vers la surface.

Francesca fixe Alice, cette amie incroyable qui l'a sauvée, qui l'a ramenée. Elle ignore comment il est possible de s'attacher autant à quelqu'un en si peu de temps, mais c'est bien ce qui lui arrive. Et ça n'est pas de l'amour. Enfin, pas celui que partage deux partenaires. C'est un amour plus profond, pas celui qui blesse et s'envole. Un lien puissant. Une amitié indéfectible. Et ça lui va.


L'obstination d'Alice BaggersmithOù les histoires vivent. Découvrez maintenant