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Le cas de Bushra inquiète de plus en plus les membres de sa famille. Ils ne comprennent pas comment elle a pu tomber en dépression. La dernière des Jaber a littéralement perdu goût à la vie. Elle ne mange presque plus. Elle reste couchée dans son lit durant toute la journée. Des actions qui étaient un réflexe pour elle, lui sont devenues pénibles aujourd’hui. Où est donc passée la jeune femme dynamique qui faisait la fierté de sa famille ?

Son aînée et sa mère ont pris la décision de lui parler. Elles souhaitent provoquer un déclic, raviver la flamme ardente qui s’est éteinte.

─ Moi j’te le dis, tu te lèves, tu vas t’habiller et tu vas travailler avec ma fille, tu as compris ? T’es pas venue ici pour glander ma fille. Tu sers à rien ! hurle la maman exaspérée par l’inaction de sa benjamine.

─ Maman, je n’y arrive pas. J’en ai marre de tout.

─ Bushra, tu ne trouves pas que tu exagères ? intervient Anissa. Tu as vécu quoi de si grave pour te mettre dans un état pareil ?

Dame Jaber émet un son en signe d’approbation.

─ Maysân qui se faisait battre par son mari n’est jamais tombée en dépression. Mais toi, juste parce que Medhi a été mis derrière les barreaux, tu fais comme si c’est la fin du monde. Sœurette, on a tous des problèmes hein ! Mais on ne se laisse pas abattre.

─ Malheureusement, on n’a pas la même façon de gérer nos problèmes. J’aurais bien aimé te voir à ma place.

Anissa et sa mère soupirent d’agacement.

─ On dirait qu’elle a un djinn démoniaque, soutient la mère. C’est vrai que j’ai dit à l’imam de prier pour elle, mais je pense qu’il devrait venir ici.

─ Oh maman, tu aimes tout mettre sur le dos des mauvais esprits. C’est juste une grosse paresseuse, c’est tout !

🦥🦥🦥

Depuis que Maysân et Æmeen se sont séparés, ils se partagent la garde de leur garçon. Vu que l’appartement d’Æmeen est plus proche de l’école de Mustafa, c’est avec son père que l’enfant reste durant les jours de cours. Les weekends, c’est la mère qui prend le relais.

Jusque-là, ce système a toujours bien fonctionné. Il n’y a jamais eu de soucis majeurs. C’est la raison pour laquelle, Maysân ne sera pas du tout préparée à ce qu’elle va entendre quand elle ira récupérer son fils.

─ Maman, je ne veux pas partir avec toi. Je veux rester chez papa.

─ Mais pourquoi mon bébé ?

─ Je n’aime pas partager mon goûter avec Syrine et Nabil. Et puis, chez papa, je peux jouer à tous mes jeux vidéo tranquillement.

─ Oui, mais tu aimais bien jouer avec tes cousins avant.

─ Je ne veux plus, répond fermement le gosse.

─ Je pense que tu devrais respecter les volontés de notre fils, intervient Æmeen avec un air narquois.

Maysân l’ignore et force son fils à venir avec elle. Déjà qu’elle le voit beaucoup moins, elle refuse de ne plus le voir du tout. Æmeen ne s’interpose pas. La situation se déroule comme il l’a envisagée.

Avec des friandises, il a convaincu le jeune Mustafa d’opposer résistance à sa mère. Maintenant que la graine est semée, il espère récolter les fruits escomptés.

🍃🍃🍃

Une énorme altercation vient de survenir dans le restaurant des Jaber. En effet, l’une des clientes vient de renverser son verre d’eau sur la tête d’Apo. La scène fait grand bruit et parvient rapidement aux oreilles de Thierno. Ça tombe mal car il a rendez-vous avec Gil-Loïc. Mais il est obligé de régler le problème car Anissa et ses sœurs ne sont pas présentes.

─ Calmez-vous ! Qu’est-ce qu’il y a ? s’enquiert-il dès qu’il arrive sur les lieux.

─ Vous êtes le responsable du restaurant ? demande la cliente.

─ Euh oui, répond Thierno.

─ Votre sale serveuse faisait les yeux doux à mon petit-ami.

─ Nous ne sommes pas ensemble, corrige celui avec qui elle déjeunait. C’est juste un rencard.

─ Oui, mais ça ne se fait pas.

─ Et c’est pour cette raison que vous vous en êtes pris à la serveuse ?

─ Exactement.

Thierno soupire d’agacement. Il est irrité d’avoir eu à perdre son temps pour une histoire pareille. Il présente ses excuses à la cliente pour se débarrasser d’elle.

Ensuite, il va chercher rapidement ses affaires pour aller voir son chéri. Il confie la gestion du resto à l’un des cousins de sa femme. Il est prêt à s’en aller quand il est bloqué par Apo.

─ Tu veux quoi encore ? interroge-t-il les yeux clos.

─ Juste te dire que j’espère que tu n’as pas cru cette femme tout à l’heure. Je ne draguais pas son copain. Mon cœur ne bat que pour une personne.

─ Ok. À tout à l’heure !

Avec tous ces contretemps, Thierno arrive en retard à son rendez-vous. Gil-Loïc qui l’attend depuis un bon moment fait la moue.

─ Bébé, je suis désolé. Il y avait tellement de choses à faire au resto.

─ Et moi, je suis au chômage, c’est ça ?

─ Ce n'est pas ce que je voulais dire.

─ Pourtant, tu l'as dit. Tu me parles de ton travail comme si moi je ne faisais rien. Bientôt, tu vas utiliser l’excuse de ta femme pour justifier tes indisponibilités.

Thierno préfère garder le silence. Il attend qu’ils aient terminé leur repas avant de reprendre la parole.

─ Ça va ? Tu es rassasié ?

Gil-Loïc hoche la tête.

─ Bien, formule Thierno en s’essuyant la bouche. Pourquoi tu étais fâché tout à l’heure ?

─ Déjà, j’avais un peu faim…

─ C’est pourquoi j’ai préféré te laisser manger en premier lieu.

─ Hum, tu me connais bien.

─ Très bien.

─ J’ai été un peu virulent avec toi parce que je vis mal le fait de savoir que tu es marié. Cette situation m’est très inconfortable.

Thierno pose sa main sur celle de son amant. C’est tout ce qu’il trouve à faire à ce moment-là pour tenter de le rassurer. Cependant, cela n’est pas suffisant.

─ Dis-moi que vous allez vous séparer au plus vite, exige le wedding-planner.

L’ivoiro-sénégalais resserre sa main sur la sienne.

─ Il va falloir que tu patientes. Je ne peux pas la quitter en ce moment.

─ Eh Dieu ! Pourquoi ?

─ Elle est enceinte.

Gil-Loïc retire violemment sa main de l’emprise de Thierno avant de s’en aller.

Mariage de couverture Où les histoires vivent. Découvrez maintenant