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Depuis une minute, Anissa est figée devant cette porte. Son cœur bat la chamade. À chaque fois qu'elle est sur le point d'enclencher la sonnerie, elle finit par se rétracter. Nawel, agacée, commence à s'impatienter.

─ Mais maman, on va rentrer à quel moment ? se plaint-elle.

Anissa la regarde et sourit pour cacher son embarras. Des voisins passent. Elle fait mine de recoiffer les cheveux de sa fille pour ne pas qu'on la trouve suspecte.

Après un long moment d'hésitation, elle prend son courage à deux mains et appuie sur le bouton de la sonnerie.

─ C'est qui ? entend-elle par la suite.

La jeune maman n'avait pas réfléchi à cette question d'usage. Elle se demande comment elle devrait se présenter. Elle a à peine le temps d'y penser que sa fille répond : « C'est moi ! ».

La porte s'ouvre délicatement laissant apparaître une femme majestueuse. Après avoir chassé Henri de la maison, Solène ne s'est pas laissée abattre par la tristesse. Elle s'est prise en main. En effet, elle s'est débarrassée de ses perruques rigides pour laisser briller ses cheveux naturels. L'afro qu'elle arbore fièrement va bien avec son visage rond légèrement maquillé. Elle a troqué ses vieux haillons contre de nouvelles robes en wax. Anissa en est époustouflée.

─ Waou Solène, tu es magnifique.

La concernée la foudroie avec ses yeux entourés d'eye-liner.

─ Tu as encore le toupet de te pointer chez moi après ce que je t'ai montré. Tu veux un deuxième round, c'est ça ?

─ Pardon, je n'ai pas force.

─ Tu veux quoi ?

─ Te parler. J'ai quelque chose qui pourrait t'aider.

─ Qu'est-ce qui te fait dire que j'ai besoin d'aide ?

─ Rien. Mais tu peux au moins laisser nos filles jouer ensemble. Et pendant ce temps, bah on parlera.

Solène fixe Nawel qui la fixe à son tour avec un regard de chien battu. La maman de Lana se voit bien obligée de se décaler pour laisser Anissa et sa fille rentrer.

Comme si elle vivait là depuis des années, la fille d'Anissa se dirige tout droit vers la chambre de sa meilleure amie.

─ Hé, tu vas où toi ?

─ Laisse-là tranquille et dis-moi ce que t'as à me dire !

Anissa s'assoit sur l'une des chaises de la terrasse.

─ Tu n'es pas autorisée à poser tes sales fesses sur mes meubles, déclare sévèrement Solène.

Anissa se relève automatiquement. Solène s'assoit.

─ Parle !

─ Déjà, j'aimerais te présenter mes excuses pour ce que je t'ai fait. Je regrette énormément.

─ Blablabla !

─ Avant de partir, Gil-Loïc m'a dit que tu comptais demander le divorce. Alors, j'ai quelque chose qui pourrait t'aider à divorcer tout en obtenant la garde de ta fille.

Anissa lui remet un porte-documents.

─ Il y a dedans des preuves qui attestent qu'Henri vend de la drogue. Avec ça, la justice sera forcément de ton côté.

Solène, scandalisée, découvre les preuves une par une.

─ Donc en plus de me tromper, c'était un dealer ? Bon Dieu, j'ai été conne de n'avoir rien vu.

─ Ne dis pas ça !

─ Comment tu as eu tout ça ?

─ Pour être honnête avec toi, je me suis procurée des produits illicites avec lui. J'ai donc fait partie du réseau. Je t'ai fait assez de mal. Donc si mon pardon ne suffit pas, tu peux utiliser cette info contre moi.

Solène soupire bruyamment en guise de réponse. Même si elle ne le lui avouera jamais, elle n'en veut plus à Anissa. Au contraire, elle s'en veut de s'en être prise à elle alors que c'est son mari qui lui devait fidélité.

─ C'est tout ce que tu avais à me dire ?

─ Oui et j'espère que ça pourra t'aider.

─ Ok. Je vais chercher ta fille.

Dans quelques instants, Lana et Nawel ne seront plus les seules à savoir qu'elles partagent bien plus qu'une amitié. En effet, les gamines sont en couple. Ce n'est encore qu'une amourette d'enfance mais Solène ne va pas le prendre avec autant de légèreté.

─ Seigneur, Marie, Joseph ! C'est quoi ça ? hurle-t-elle quand elle les surprend en train de s'embrasser.

Anissa, entendant des bruits, sent que quelque chose cloche. Elle les rejoint aussitôt.

─ Mais décidément, tu es aussi pourrie que ta fille, crache Solène au faciès d'Anissa.

─ Qu'est-ce qui s'est passé ? Nawel tu as cassé quoi encore ?

─ Eh bien, figure-toi que ta fille était en train de pervertir ma p'tite Lana en l'embrassant. C'est normal ça ?!

─ Je suis vraiment désolée.

─ Allez, foutez-moi le camp !

Sans se faire prier, mère et fille prennent la poudre d'escampette. Solène les regarde s'en aller en remuant la tête. « Si je savais que ça finirait ainsi, je n'aurais jamais demandé à Gil-Loïc d'être le parrain de Lana » pense-t-elle.

Pendant que l'une des jumelles était avec sa mère, l'autre est restée avec son père car elle a la varicelle. Les parents essaient au mieux d'éloigner les sœurs même si Thierno est convaincu que c'est peine perdue. Ils ne peuvent rien face au lien fort qui unit leurs filles.

C'est dans une atmosphère de démangeaisons et de médicaments que Dame Jaber fait son entrée. Elle n'a pas hésité à se rendre chez sa fille dès qu'elle a appris que sa petite fille était malade.

─ Où est mon bébé ? Ma Gilda d'amour, crie-t-elle dès son arrivée.

─ C'est Djinda, corrige Thierno. Et elle dort.

La bonne dame sort une pommade de son sac.

─ Ça vient du Liban. Chaque soir, elle doit l'appliquer sur tout son corps.

─ Merci.

─ Je t'en prie. Où est Anissa ? Nawel ?

─ Elles sont sorties.

Subitement, Dame Jaber fait un tour des appartements. Elle vérifie l'état des lieux. À l'issue de sa petite inspection, elle semble satisfaite.

─ Vraiment, tout est bien rangé, bien propre. Tu as l'air d'être un bon mari et un bon père pour mes petites filles. De tous mes gendres, tu es celui que j'aimais le moins. Finalement, ce sont Medhi et Æmeen qui m'ont le plus déçu. Je te fais mon mea culpa.

─ C'est gentil.

─ C'est surtout vrai. Quand Anissa m'a avoué qu'elle devait se marier parce qu'elle était enceinte, je n'étais pas contente. Mais je pense que c'est le meilleur choix qu'elle aurait pu faire.

Thierno fronce les sourcils.

─ Mais Anissa est tombée enceinte après le mariage...

Sa belle-mère lui sourit avant de lui tapoter l'épaule.

─ Ne t'inquiète pas ! Je suis dans la confidence. Je pensais qu'elle t'aurait dit que je suis au courant de tout.

─ Je comprends pas là ! C'est quelques mois après notre mariage qu'Anissa a découvert sa grossesse, n'est-ce pas ?

─ Pas du tout ! Moi, je me souviens très bien. Anissa est tombée enceinte bien avant. C'est parce qu'il y avait cette urgence que j'ai accepté qu'elle se marie avec toi. C'est vrai que je suis vieille mais ma mémoire est encore bonne.

Thierno éclate de rire. Un proverbe ivoirien dit que si le ramba ne te fait pas rire, c'est que c'est pas un vrai ramba. Ce qui signifie que les vrais problèmes ont d'abord un effet hilarant. Ils vous feront pleurer après !

Mariage de couverture Où les histoires vivent. Découvrez maintenant