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Mia

Le roi des Enfers m'adresse un sourire satisfait avant de s'approcher de moi. J'ai l'impression que mon corps se rigidifie et que je suis en train de me changer en statue. Je ne parviens plus à bouger, c'est péniblement que mes poumons arrivent à se remplir d'air. Mes pensées se disloquent à peine formées, je ne réussis plus à faire quoi que ce soit. Et soudain, quand sa main effleure ma joue, cette tension latente explose dans une myriade de petites étincelles électriques qui viennent me chatouiller. Ses yeux se rivent dans les miens et alors que je devrais être terrifiée, ce que j'y découvre est étrangement rassurant, juste une confiance tranquille sur la suite des évènements.

— Il va falloir attendre que tu te remettes de ce que tu as fait. Mais, dès que tu seras en forme, je n'y manquerai pas Mia.

Je le regarde troublée qu'il ne saute pas sur l'occasion pour pousser son avantage, mais je n'ai pas le temps d'y réfléchir plus que ça qu'il claque des doigts et que tout disparaît.

Lorsque je reviens à moi, j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée, les rayons du soleil éclairent doucement la chambre et, avec surprise, je découvre que les draps ont été changés, toute trace de sang s'est évaporée, même l'épée de la fatalité a retrouvé sa place contre ma valise. Un peu éberluée, je prends le temps de m'étirer et je constate que mes bras sont soigneusement bandés. Curieuse de découvrir quels autres changements ma reddition a pu opérer, je m'empresse de m'habiller pour quitter ma chambre. Alors que je descends les escaliers, des bruits de vaisselle me parviennent ainsi qu'une irrésistible odeur de pain grillé. Cette dernière fait réagir mon ventre qui gargouille si bien que je m'empresse de parcourir la volée de marche restante pour gagner la cuisine.

La gouvernante est en train de s'affairer et un sourire illumine son joli visage lorsqu'elle m'aperçoit.

— Bonjour, mademoiselle, lance-t-elle, je vous sers le petit-déjeuner ?

Je suis si surprise par ce changement que je me contente de hocher la tête avant de prendre place sur la chaise qu'elle me désigne. Peut-être que je suis morte et que je suis en train de rêver ? Je me pince discrètement et la douleur que je ressens me laisse songer que tout ceci est bien réel. Rapidement, un café, du beurre et du pain grillé se retrouvent devant moi. Je jette un regard en direction de la gouvernante et ses yeux sont emplis de tellement de bienveillance que j'arrive à me détendre un peu et m'empresse de manger. J'essaie de ne pas avoir l'air mal élevée en dévorant tout, mais c'est assez difficile de résister. La gouvernante, elle, a changé de pièce, sans doute pour poursuivre ses tâches et me laisser déjeuner au calme.

Une fois, mon repas engloutit et, après avoir pris la peine de débarrasser la table, je la trouve dans le salon où elle fait le ménage. Timidement, je la remercie avant de demander avec une certaine hésitation :

— Est-ce que vous savez quand il sera là ?

J'hésite un peu sur le « il », et pour la première fois, je prends conscience que je n'ai aucune idée de comment le désigner autrement que par son titre. Peut-être qu'il a un prénom ? Il faudrait que je lui demande après tout. La gouvernante semble tout de même comprendre de qui je parle puisque son visage n'exprime aucune surprise, elle se contente de me répondre de sa voix toujours mélodieuse :

— Monsieur vous attend en haut, son bureau est au bout du couloir.

Je la remercie avant de commencer la montée de l'escalier. Au fil des marches, une boule se forme dans mon ventre. Une fois arrivée sur le palier, j'ai l'impression qu'elle pèse une tonne. Ce n'est que devant la porte mentionnée que je me rends compte que j'avais retenu mon souffle. J'hésite quelques secondes sur la conduite à tenir avant de finalement frapper un coup sec. La voix du roi des Enfers me parvient au bout de quelques secondes en me disant que je peux rentrer.

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