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Malo

Si, pendant quelques instants j'ai pu culpabiliser de ce que j'ai sorti à Mia avant de la quitter, mes doutes disparaissent aussitôt face aux gémissements qui me parviennent en écho du mur de la chambre que j'ai choisi d'occuper. J'aurais dû supposer que prendre la pièce à côté serait une mauvaise idée, je n'aurais cependant pas cru que je le regretterais autant.

La tentation de passer en forme éthérée pour aller jeter un œil est une douce sirène à laquelle je refuse malgré tout de céder. Je ne souhaite pas briser l'intimité de Mia, même si je n'ai aucune inquiétude sur le fait que ses vocalises sont volontaires. Et surtout, le roi des Enfers pourrait lui parfaitement m'apercevoir et je doute qu'il apprécie, vu la situation. Quoique... Il a sous-entendu que je pouvais rester.

Je me fais violence pour oublier cette idée et décide d'aller calmer mes ardeurs sous le jet d'eau glacé de la douche. Quand je reviens dans la chambre après un long moment, mon enveloppe corporelle grelotte presque de froid tandis que le silence règne enfin. Comprenant qu'il ne se passera rien de plus cette nuit, je décide de me réchauffer un peu en me glissant sous la couette, les yeux perdus dans le vague.

Je ne sais quoi penser de ma soirée. Voir Mia souffrir a été particulièrement violent pour moi qui aie l'habitude pourtant de semer la terreur et la destruction. Je ne le pensais pas capable de s'en prendre physiquement à elle, mais j'avais tort. Mais savoir que cette petite peste s'est vengée de la sorte en laissant son bourreau la toucher m'électrise de colère. Je n'arrive pas à comprendre comment elle peut tolérer cela. J'ai l'impression de ne plus du tout être relié à la femme que j'aime et ce constat est très amer.

Mes pensées tournent en boucle et ce n'est qu'alors que l'aube pointe le bout de son nez que je me décide à quitter la chambre. Je flâne un peu dans la maison en évitant avec soin le bureau du roi des Enfers. Hors de question qu'on m'accuse de quoi que ce soit, qu'il se les garde ses secrets.

Quand Mia finit par se lever une petite demi-heure plus tard, elle m'adresse un regard étonné alors qu'elle me trouve dans la salle à manger où un petit-déjeuner lui a été servi. Elle s'installe face à la nourriture et commence à dévorer après m'avoir salué d'un signe de tête. Le silence qui règne me glace les os si bien que je finis par me décider à le rompre en lui demandant :

— Tu as passé une bonne nuit ?

Elle me lance une œillade surprise avant de répondre en souriant :

— Meilleure que je ne l'aurais cru. Et toi, Malo, ça a été ?

Je ne parviens pas à savoir si sa candeur est feinte ou pas, je me contente de hocher la tête, désireux de ne pas rajouter de l'huile sur le feu. J'observe Mia manger en silence tout en cherchant tant bien que mal à comprendre l'énigme qu'elle représente.

Alors qu'elle débarrasse la table une fois le repas englouti, elle me scrute de haut en bas avant de soupirer :

— Il patiente dans son bureau, tu viens ?

Et sans attendre ma réponse, elle tourne les talons pour s'engager dans l'escalier. Lorsque je la rejoins dans la pièce mentionnée, elle est assise sur un épais et moelleux coussin qui occupe la moitié du canapé. Je ne peux m'empêcher de songer que ce dernier a été spécialement placé là pour soulager ses douleurs, tandis que je m'installe à côté d'elle. Mon regard se pose ensuite sur le roi des Enfers qui n'a pas encore redressé la tête de son écran.

Lorsqu'il finit par le faire, c'est pour m'adresser un sourire franc, avant qu'il ne nous explique :

— Il faut qu'on parle de la prophétie.

BataillesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant