53.

2 0 0
                                        

Mia

Parce que le roi des Enfers me désire ? Je nage en plein délire, je ne vois pas d'autre solution. Genre, c'est n'importe quoi.

— Pourtant, ça vous arrange bien que ça soit arrivé non ?

Il hausse les épaules en m'adressant un sourire qui se veut énigmatique, mais qui m'horripile particulièrement. À quoi ça sert que je me livre si je n'obtiens aucune réponse à mes questions ? Cependant, et à ma plus grande surprise, sans doute face à ma mine contrite, il finit par me répliquer :

— J'aurais préféré que les choses se passent différemment.

— Pourquoi ?

— Parce que l'idée de tout ruiner n'est pas si bonne que ça ?

Je le regarde interloquée sans comprendre. On parle du roi des Enfers. Évidemment, il ne devrait vouloir que le chaos, que le monde brûle dans les flammes. Et voilà que non. Je secoue la tête comme si je me débarrassais d'un mauvais rêve tandis qu'il poursuit :

— Tu l'as dit toi-même Mia, ma descendance ne sera pas réellement des démons, j'ai besoin qu'ils aient un environnement vivable. Et c'est sans compter que je suis le chaos. Moi, pas une prophétie aussi vieille soit-elle.

Je commence vaguement à comprendre ce qu'il veut dire et pendant un instant j'ai l'impression de me retrouver devant un enfant en train de faire un caprice, car on l'a privé de son jouet. Pour un peu, je pourrais presque remercier Gabriel d'avoir déclenché la prophétie. C'est ainsi que je me retrouve à souffler :

— Faut croire qu'on n'a pas toujours ce qu'on veut.

Le roi des Enfers claque sa langue de manière désapprobatrice avant de me répondre :

— J'ai toujours ce que je veux c'est la seule règle qui compte. Je pensais que tu l'avais comprise, Mia.

C'est à mon tour de hausser les épaules, il peut dire ce qu'il veut, la prophétie est en train de s'accomplir malgré tout. Sans son intervention. Il se contente juste de prendre le train en marche. Et c'est là que j'ai un brusque éclair de génie. Le roi des Enfers est loin de tout contrôler, je le pensais presque omniscient, mais au final, il est lui aussi faillible. Après tout, Malo avait également démontré une certaine vulnérabilité, surtout sentimentale. Il ne tient qu'à moi de m'en servir pour regagner ma liberté. Forte de ce constat, je me résigne mentalement à ce que je vais devoir faire, avant de lâcher en le fixant dans les yeux :

— Quand est-ce qu'on passe aux choses sérieuses ?

— Tu es si pressée que ça ?

— J'avoue que je préférerais que ça soit derrière moi...

J'ai les yeux rivés au sol en disant cela, je n'arrive pas à savoir si c'est la vérité ou si je mens et que j'aimerais repousser cela éternellement. Cependant, mes jambes s'exécutent d'elles-mêmes lorsque le roi des Enfers me souffle d'approcher. Je trouve le courage de redresser la tête et ce que je découvre dans son regard me pare de frissons. Je perçois à travers ses yeux sombres de l'envie et du désir, en fait, je crois que personne ne m'a jamais parcouru ainsi et cela me trouble plus que jamais je ne l'avouerais.

Lorsque ses mains entreprennent de me déshabiller, je me laisse faire comme une poupée de chiffon. Je ne parviens plus à avoir une seule pensée cohérente. Ce qui se passe est mal, c'est certain, mais alors pourquoi est-ce que je le laisse faire ? Pourquoi est-ce que cela me perturbe et donne naissance à une sensation étrange au creux de mon ventre ?

BataillesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant