Mia
Alors que, je suis dans le bain rempli de mousse, un bruit de verre brisé au loin attire mon attention. Je cesse de fredonner la musique qui sort de la chaîne hi-fi que j'ai lancée avant de me lover dans la baignoire. La chanson gêne cependant la perception de mes sens que je tends désespérément. J'hésite un peu sur la conduite à tenir. Je suis en théorie seule à l'étage, puisque les deux démons sont en bas. Nul doute qu'il doit y avoir des membres de la garde rapprochée, mais ils sont sous formes éthérées et je doute que le roi des Enfers les laisse violer mon intimité.
Un autre bruit feutré se fait entendre et pique ma curiosité, je me rince rapidement de la mousse qui couvrait mon corps et sort de l'immense baignoire. Tandis que l'eau s'écoule dans la bonde, je m'enroule dans une serviette moelleuse. Tous mes sens me hurlent que quelque chose cloche si bien que je décide de ne pas prendre la peine de m'habiller. Je sors de la pièce qui jouxte la chambre du roi des Enfers. Il n'y a rien à signaler, tout semble calme, tranquille. Je coupe la musique et ouvre la porte de la chambre pour scruter le couloir.
Je n'ai pas le temps de comprendre ce qu'il se passe qu'un voile noir s'abat sur mes yeux. Je pousse un long hurlement mêlant surprise et terreur jusqu'à ce qu'une main se plaque précipitamment contre mes lèvres. Je sens qu'on touche mes cheveux et je comprends malgré la panique qui me gagne qu'on noue un bandeau sur mes yeux. J'essaie de me débattre, de griffer la poigne qui me maintient silencieuse, mais les personnes dans mon dos semble insensible à mes tentatives.
Sans ménagement, mes poignets sont attrapés l'un après l'autre, ce n'est que lorsque je sens le métal mordre ma chair que je comprends ce qu'il est en train de se passer. Incapable de me débattre davantage, je force mon corps, malgré ma peur, à regagner son calme. Comme si les personnes avaient attendu cela, une voix froide retentit :
— Je vais enlever ma main, si tu tentes de crier, je tire. Si tu n'obéis pas, je tire. Si tu fais quoi que ce soit qui me contrarie, je tire.
Tirer ? Je mets de longues secondes à tenter d'assimiler les mots de l'individu et ce n'est que lorsque je sens un morceau de métal froid se plaquer contre ma nuque, dégagée, car j'avais relevé mes cheveux, que je comprends. Ces malades sont en train de me menacer avec une arme. La peur me broie le ventre, malgré tout à nouveau, je me force à respirer calmement et je hoche la tête pour lui prouver que j'ai compris.
Mes pensées défilent à mille à l'heure. Aveugle, les mains hors service et à moitié nue, je ne vois pas comment me tirer de ce mauvais pas. Je connais la maison, mais pas assez pour prendre le risque de me sauver, surtout que les balles devraient être plus rapides que moi. Je ne vois aucune issue pour le moment, hormis suivre les directives qu'on me donne. Le fait qu'ils aient choisi des armes à feu me trouble également. N'importe quelle entité, ange comme démon, y serait insensible et passerait en forme éthérée pour se protéger. Donc, ils sont là spécialement pour... moi. Ce constat fait peser une chape de plomb sur mes épaules. Je meurs d'envie d'appeler à l'aide le roi des Enfers, de tenter d'argumenter avec mes potentiels ravisseurs ou autres. Mais aucun mot ne se forme dans ma gorge, le contact de l'arme étant plus efficace que n'importe quel bâillon.
Dans les faits, je ne suis pas certaines qu'ils tireraient, s'ils voulaient vraiment me voir morte, cela serait déjà fait non ? Mais je me refuse de prendre le risque. Comme si le temps de la réflexion était révolu, l'un de mes assaillants tire mon bras sans ménagement, si bien que mes jambes se mettent en mouvement.
— Fais attention, il y a un escalier.
Pas à pas, je sens le nœud de la serviette se délier jusqu'à ce qu'elle tombe sur le sol et que je me retrouve nue. Bordel, c'est bien ma chance. Indifférent à la panique qui me gagne de nouveau, je me retrouve à avancer marche après marche, en faisant attention à n'en rater aucune.
— C'était la dernière.
La voix est toujours aussi froide et implacable. Je cesse de tâtonner avec mes orteils à la recherche de la marche suivante et me contente d'avancer. J'essaie tant bien que mal de me repérer et ce n'est que lorsqu'on se dirige vers la porte d'entrée que je comprends qu'il faut que je tente quelque chose. Je force mes pensées à s'organiser un minimum malgré la panique qui me broie le ventre. Rappelle-toi Mia ! Le jardin est cerné de hauts murs, courir dans ce dernier serait une erreur. Par contre, vu qu'on se dirige par-là, le portail doit être ouvert, enfin j'imagine. Peut-être qu'à ce moment-là je pourrais tenter quelque chose. Le quartier est pavillonnaire, il devrait bien y avoir un voisin, n'importe qui pour voir quelque chose, pour potentiellement m'aider.
Au vent que je sens sur ma peau, je sais que la porte d'entrée est ouverte et qu'on s'y dirige. Je sens ensuite les gravillons de l'allée meurtrir mes pieds nus. Encore un peu de patience Mia. Dès que ça sera du goudron sous mes talons, je me mettrai à courir. Cette pensée fait monter mon stress d'un cran, l'arme contre ma nuque se fait un peu plus distante, sans doute parce que j'avance docilement.
Soudainement, l'un de mes pieds finit par toucher une surface plus lisse. Mon cœur bat tellement fort que j'entends que lui, je prends une fraction de seconde pour me remémorer les lieux. Si une voiture nous attend, elle est devant nous, je dois donc aller à gauche ou à droite. Je prends une inspiration, mon cœur tambourinant toujours aussi fort et je m'élance vers ma gauche. J'entends une voix derrière moi pousser un grognement que j'ignore.
Je cours comme une dératée, après tout, ma vie en dépend peut-être. Le bandeau qui couvre mes yeux devient de plus en plus moite à cause de la sueur causée par la peur et l'effort physique. Un tir retentit derrière moi. Bordel, peut-être que ces connards n'ont pas besoin de moi vivante. Ce bruit impromptu me donne des ailes et je gagne en vitesse malgré les plaies que je sens s'accumuler sur la plante de mes pieds.
Le bandeau bouge et peu à peu je retrouve la vision avec un œil que j'ouvre tant bien que mal. La nuit est tombée dehors, je refuse de regarder derrière moi et de perdre de précieuses secondes. Heureusement pour moi, la route est en descente. Au bout de longues minutes n'entendant rien d'autre que mon cœur et ma respiration haletante ainsi que quelques bruits quotidiens, je finis cependant par ralentir mes foulées. Est-ce que je les ai semés ?
Ma course ressemble davantage à une marche, et je secoue la tête dans tous les sens pour tenter de finir de faire tomber ce foutu bandeau. N'y arrivant pas, je lâche un long cri de frustration. Je décide cependant enfin de me retourner. Il n'y a personne derrière moi.
Cette absence de poursuivant met mes sens davantage en alerte. Je doute qu'ils abandonnent si facilement. Je décide alors de m'accroupir entre deux voitures stationnées à moitié sur le trottoir. Nue, menottée, à demi aveugle, et les poumons au bord des lèvres, j'ai besoin de retrouver mon souffle et un peu de calme si cela est possible. Je me force alors à respirer jusqu'à ce que mes inspirations reprennent un rythme régulier. Mon cœur semble également se calmer. Je tente tant bien que mal de faire taire la multitude de questions qui naissent dans mon esprit. Le plus urgent me paraît être de trouver un abri moins précaire qu'entre deux voitures. J'avise la rue, les pavillons sont tous encadrés par de hauts murs avec des interphones munis de caméras. Qui prendrait le risque d'ouvrir à une pauvre fille nue en pleine nuit ? Je pousse un long soupir et me redresse malgré tout. Aller Mia, qui ne tente rien, n'a rien. J'avise l'interphone le plus proche, mais je suis incapable d'atteindre le bouton d'appel. C'est à pleurer de frustration et de ridicule. J'ai beau me tourner pour placer mes mains face, je n'arrive pas à atteindre ce stupide bouton qui est trop haut. La douleur qui irradie dans mes épaules me met les larmes aux yeux et c'est la mort dans l'âme que je me résigne à passer à la demeure suivante en souhaitant avoir plus de chance.
Et alors que je longe le trottoir en espérant faire montre de discrétion, une voix froide que je reconnais instantanément retentit en me glaçant le sang :
— Je te retrouve enfin pétasse.
Je n'ai même pas le temps de me retourner pour faire face à mon assaillant qu'un tir retentit et qu'une douleur qui me semble insoutenable irradie de mon épaule gauche au point que je tombe stupidement au sol.
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Batailles
ParanormalMia une jeune adulte, suit une vie relativement insouciante qui se ternit lorsque ses rêves deviennent étrangement troublants et que peu de temps après elle fait la rencontre de Malo. Entre rêves étranges, désirs ardents, sombre prophétie et menaces...
