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Mia

Ma question semble faire plaisir à Malo puisque son sourire s'étire un peu plus tandis qu'il entreprends de m'expliquer :

— Parce que ceux qui se mettent à mon service ont aussi une chance sur deux de me trahir. Tu sembles oublier que la trahison est assez dans notre nature Mia.

— Admettons, du coup tu me trahiras forcément un jour ?

Son aveux sur sa fiabilité me plonge dans un profond désarroi, en peu de temps Malo est devenu mon seul repère dans un monde hostile et j'ai besoin que ce dernier soit fiable, que je puisse lui faire confiance. Malheureusement ce qu'il ne me dit m'incite à la méfiance et il ne faudrait pas que j'oublie que malgré ses belles paroles Malo reste un démon de haut rang.

— Je t'aime Mia, alors j'essaierais de ne pas te trahir.

Je hoche la tête mais au fond de moi je doute réellement de sa sincérité. Est-ce que ses sentiments sont assez puissants pour qu'il combatte sa nature même ? Comme s'il avait perçu mon trouble, au bout de quelques minutes Malo reprend avec une certaine hésitation :

— Ta vie, peu importe à quel point sera longue, ne sera qu'un clin d'œil à l'échelle de ma temporalité Mia. Je pourrais me retenir de te trahir pendant ce laps de temps.

Super. Merci de me rappeler ma triste condition de mortelle. Au final être une nephilim ne m'apporte que des désavantages, certes je peux passer en forme éthérée lorsque mon corps est au repos, mais pour ce que m'a servi pour l'instant. Je pousse un long soupire qui me vaut un regard interrogateur de la part de Malo avant que ses yeux ne se refixent sur la route. Je me résigne alors à lui expliquer le fond de ma pensée :

— C'est juste que ce que je suis est une véritable plaie. Les anges voudraient me voir morte, un démon me tourne autour et qu'est-ce que je retire de tous ces inconvénients ? Strictement rien.

— Hé, proteste Malo, je ne te tourne pas autour !

— Ah bon ? dis-je en arquant un sourcil.

— Je t'aime et tu finiras par succomber, ce n'est qu'une question de temps.

— N'oublie pas que ce dernier me fait défaut, lâchais-je avec amertume.

Indifférent à mon désarroi Malo éclate d'un petit rire joyeux avant de me répondre avec joie :

— Il va falloir que je passe la vitesse supérieure alors.

Je secoue la tête de gauche à droite, ça a beau être un démon, parfois il ressemble davantage à un sale gosse. Il en serait presque craquant. Et c'est sur cette réflexion que je prends conscience de toute la complexité de ce que j'éprouve pour Malo. Je me retrouve certes emprisonnée chez lui avec un avenir on ne peut plus incertain, mais d'un autre côté il se révèle être un colocataire agréable et prends soin de moi. Mes pensées finissent par dériver ce qu'il s'est passé avec Cléophée et je mordille nerveusement ma lèvre inférieure tout en me perdant dans la contemplation de la route qui défile à haute vitesse.

J'ai toujours chérie la vie, profondément, ce n'est pas pour rien que déjà enfant je jouais au docteur avec l'ambition de le devenir plus tard. Et ce n'est pas non plus un hasard si je me suis accrochée de toute mes forces pour réussir mon cursus scolaire. Mais ce que j'ai fait dans cette petite salle de bain, ça me glace le sang. Personne n'aurait pu me croire capable d'un tel acte, pourtant je vais en porter éternellement les cicatrices et surtout les stigmates sur mon âme. J'essaie de comprendre d'où est venu mon excès de violence envers Cléophée et je n'y parviens pas, c'est comme si un gouffre s'était ouvert en moi et qu'une noirceur plus noire que la nuit la plus sombre m'avait envahie. C'était une pulsion si soudaine, je crois que j'aurais pu la tuer sur le champs si je n'avais pas réussi à m'arrêter de la cogner. C'est finalement la voix de Malo qui me tire de mes pensées :

BataillesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant