30.

4 1 0
                                        

Mia

Ne sachant pas trop où aller je suis retournée sur mes pas jusqu'à rejoindre le musée où l'on a passé l'après-midi. Si initialement ma colère était un brasier ardent, ma marche l'a peu à peu calmé et a laissé place à une rage froide. Comment est-ce qu'il a pu me dissimuler ça durant tout ce temps ? Certes il n'a pas menti et il sera sans doute le premier à le clamer mais l'omission est sans doute pire. Malo a connu ma mère, peut-être pas bien, mais assez pour faire partie du groupe qui m'a privé d'elle à tout jamais. Savoir qu'elle était en vie, qu'elle ne m'a pas abandonné volontairement a ouvert une plaie que je croyais pourtant cicatrisée depuis longtemps. Et la trahison de Malo est comme un jet d'acide sur cette blessure ouverte.

Mes pas me guide jusqu'à l'un des parcs de la capitale espagnole, la météo est clémente si bien que je décide d'aller y faire un tour. J'ai besoin de temps seule pour me ressourcer. Il est évident que je ne pourrais pas esquiver Malo bien longtemps, sans doute parce qu'il me retrouvera ou parce que je me retrouve dépendante de lui pour rentrer et qu'il faudra bien que je lui envoie un SMS pour assister au rendez-vous avec Cléophée. Je me laisse tomber sur l'un des bancs et essaie de trouver un sens à tout ça. Je ne sais pas si le destin existe mais ce dernier est sacrément cruel d'avoir mis Malo sur mon chemin, le pire c'est sans doute que je crois ressentir quelque chose à son égard. Comme il a pu me le faire avouer je lui fais confiance et je crois que quelque chose était en train de naître en moi. Mais à présent j'ai l'impression que mon cœur est un champ de ruine. Je ne sais plus qui est-ce que je dois croire, ni même ce que je dois penser de toute cette histoire. C'est finalement une voix que je ne connais que trop bien qui finit par me tirer de mes songes :

— Tu sais que c'est une œuvre unique en son genre ?

Je redresse la tête pour regarder Malo sans comprendre. Voyons mon trouble ce dernier a la bonne grâce de pointer la statue qui nous fait face avant de reprendre :

— C'est la seule représentation de Lucifer qui existe à ce qu'il paraît. C'est plutôt drôle que tu te sois installée là.

Interdite mes yeux se rivent à la statue et au corps ailé en pleine chute qu'elle représente. Malo profite de ma contemplation pour s'installer à côté de moi et continue :

— Est-ce que je peux t'expliquer ?

— T'as plutôt intérêt, dis-je avec un rire amer.

Je détache les yeux de la statue pour me concentrer sur Malo qui a l'air de chercher par où commencer, lorsqu'enfin il rassemble ses mots il m'explique :

— Il y a peu encore, j'étais encore aveuglé par la soif de pouvoir que j'avais. Je voulais gravir la hiérarchie démoniaque, monter au sommet. C'est l'ambition la plus intime de beaucoup de démons ce qui fait qu'il y a toujours de nombreuses trahisons entre nous du moment que cela confère quelques parcelles de pouvoir.

Il fait une pause pour passer ses mains sur son visage tandis que je l'écoute avec attention.

— Lorsque j'ai appris que certains d'entre nous avait trahis et que des nephilims étaient nés, je me suis retrouvé tiraillé entre deux choix. Il y a d'un côté la prophétie qui est synonyme de chaos ce qui est assez irrésistible pour un démon. De l'autre il y avait la lourdeur de la chaîne de commandement qui voulait punir ceux qui ont été perçus comme des traitres. J'étais à l'époque assez indécis si bien que lorsqu'on m'a promis davantage de pouvoir, mon allégeance a été pour mes supérieurs.

— Donc c'est comme ça que tu as finis par arrêter ma mère ?

Malo hoche la tête et reprends d'une voix douce, presque triste :

BataillesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant