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Mia

Lorsque j'ouvre les yeux, je suis allongée dans mon lit. Une machine bipe doucement à côté de moi, sans doute pour surveiller mon rythme cardiaque. Je prends le temps de secouer chacun de mes membres pour s'assurer que mon corps m'obéit correctement avant de dégager la petite pince de mon index et de m'assoir.

Je reste ainsi un long moment, la tête dans les mains, à essayer de trouver une issue à tout ce bordel. Je n'ai cependant pas le temps d'y réfléchir plus que ça, puisque la porte s'ouvre sur le roi des Enfers. Je redresse la tête et lui adresse un regard curieux avant de demander :

— Je peux vous aider ?

— Il est temps d'achever ta correction puisque j'ai tenu ma parole.

Son ton est toujours aussi froid, comme s'il n'en avait pas réellement envie et qu'il était simplement contraint de le faire, pourtant une lueur malsaine dans ses yeux m'assure du contraire. Je me contente de hocher la tête puisque je n'ai pas voix au chapitre et je me sens bien trop abattue pour avoir le moindre souhait de batailler avec lui. Je me risque tout de même à demander :

— Vous voulez faire ça où ?

Toujours adossé à l'encadrement de la porte et sans un mot, il me fait signe de le suivre. Mes jambes se lèvent et lui emboîtent le pas dans le couloir tandis que mon cœur est lourd. Lourd, mais troublé vu comment ça s'est déroulé la dernière fois. Dire que je n'ai pas pris de plaisir serait un euphémisme, mais la sensation de faire quelque chose d'immoral, de trahir Malo et l'impression que mon corps ne m'appartient plus sont des choses beaucoup trop dérangeantes pour que j'arrive à passer outre.

Lorsqu'on rejoint la même chambre que la dernière fois, un frisson me secoue si bien que je m'arrête. Quelque chose de trouble prend naissance dans mon ventre, je n'arrive pas à savoir exactement ce que c'est, mais ça me semble peser une tonne et m'empêche de faire le moindre mouvement. Comme s'il avait perçu que je m'étais arrêté à l'entrée de la pièce, le roi des Enfers se tourne vers moi et comble la distance qui nous séparait. Il tend la main pour replacer avec douceur une mèche de cheveux derrière mon oreille avant de se penche pour chuchoter à cette dernière :

— Tout va bien se passer Mia. Tu te souviens des règles ?

Je sens le rouge me monter aux joues en me les remémorant tandis que je hoche la tête.

— Dis-les.

Je n'ai pas le temps d'articuler le moindre mot que le roi des Enfers a entrepris de mordiller doucement le lobe de mon oreille. La sensation est enivrante et envoie des petites décharges électriques dans tout mon corps. Il faut que je mobilise toutes mes facultés pour réussir à murmurer :

— Je n'ai pas le droit de jouir.

Ses dents quittent ma peau le temps qu'il réponde :

— Brave fille. Quoi d'autre ?

Et il reprend ce qu'il faisait, comme insensible au trouble qu'il fait naître en moi et à la myriade de frissons qui parcours mon corps. Mon cerveau tourne à mille à l'heure pour essayer de retrouver les règles qu'il m'a imposées, mais me souvenir de ce qu'il s'est passé la dernière fois me perturbe davantage. Ses dents contre mon lobe sont remplacées par sa langue chaude et humide, ce qui est loin de calmer mon cœur, surtout lorsque cette dernière entreprend de descendre dans mon cou. Un éclair de lucidité me vient soudainement en me rappelant ce qu'il m'avait demandé et il me faut toute ma volonté pour articuler :

— Je... Je n'ai pas le droit d'utiliser votre prénom ni de me toucher.

— C'est bien Mia. Mais je vais tout de même m'assurer que tu ne fasses pas de bêtise.

Sa dernière phrase arque l'un de mes sourcils tandis que le roi des Enfers s'éloigne de moi pour fouiller dans la table de nuit présente près du lit. L'absence de son souffle contre ma peau me fait ressentir un manque immédiat, et, malgré le peu de bon sens que j'ai, mes jambes se mettent en marche pour le rejoindre. Je l'aperçois alors sortir un rouleau de ruban adhésif noir du tiroir et instantanément c'est la douche froide. Les papillons qui avaient pu se loger dans mon ventre s'envolent brusquement, me laissant seule et désabusée. Le roi des Enfers semble avoir perçu mon trouble puisqu'il se tourne vers moi pour fixer ses yeux dans les miens. Je peine à soutenir son regard tandis qu'il m'explique :

— Tu vas devenir ma femme Mia, je ne te blesserai pas.

— Alors pas besoin de ça, dis-je en espérant trouver une faille et le faire changer d'avis.

Il reste cependant de marbre face à mon regard suppliant et appose l'une de ses mains contre mon épaule. Comprenant le message, je m'installe au bord du lit tandis qu'il me domine toujours de toute sa hauteur. Des larmes perlent de mes yeux et je ferme les paupières pour essayer de les réprimer. Je ne comprends rien à l'intensité des émotions qui me parcourent, tout ce que je sais c'est que là, sur l'instant, je suis terrifiée. Du bout des doigts, le roi des Enfers vient essuyer les larmes qui commençaient à couler sur mes joues, il caresse ma peau avec légèreté, se promenant sur mon visage, jusqu'à atteindre mes lèvres qu'il force doucement pour y glisser deux doigts.

— Ne te méprends pas, Mia, j'adorerais me servir de ces jolies lèvres. Mais il faut que tu apprennes avant.

La présence de ses doigts qu'il fait à présent glisser entre mes lèvres m'empêche de répondre quoi que ce soit. Mon cœur affolé effectue juste des bonds dans ma poitrine, et ce n'est qu'au bout de ce qui me semble être une éternité qu'il les retire, il essuie la salive qui les couvre sur ma bouche. Et il déchire avec ses dents un morceau du ruban adhésif et l'appose, presque tendrement, sur mes lèvres qui se retrouvent ainsi scellées.

Je lui lance un regard désapprobateur qui semble le faire sourire, mais je ne proteste pas. J'ai trop peur que la colle du ruban adhésif ne me fasse mal si je tente de parler, comme s'il comprenait que je resterais silencieuse, le roi des Enfers caresse le haut de mon crâne en lâchant :

— C'est bien, tu es une bonne fille.

Je ferme les yeux, désireuse de ne strictement rien lui laisser lire de mes émotions. Sa manière de me considérer est si dégradante, tellement humiliante, mais en même temps, pourquoi est-ce que mon ventre m'envoie des ondes rassurantes ?... Sa main se glisse contre ma nuque et il agrippe mes cheveux qu'il enroule autour de sa paume tout en tirant ma tête en arrière. La douleur me picote, mais c'est loin d'être insupportable, bien au contraire. Je sens mes joues qui ont dû prendre une teinte rouge me brûler, tandis qu'il lâche :

— Regarde-moi Mia.

Je me résigne à ouvrir les yeux, les siens semblent brûlants de désir, ce qui accentue mon trouble. J'ai toujours eu du mal à avoir confiance en moi, en ma féminité et mon apparence, comme si j'étais indigne d'être voulu par qui que ce soit, alors voir ça dans le regard du roi des Enfers me perturbe dangereusement. Il entreprend de faire sauter un à un les boutons de mon chemisier jusqu'à exposer mon soutien-gorge ainsi que mon ventre. Le vêtement glisse de mes épaules pour tomber sur le lit et ma lingerie le suit rapidement. L'air frais de la pièce ainsi que l'obscur trouble qui laboure mon ventre font que mes mamelons sont déjà tendus. Il saisit celui de gauche entre ses doigts et le fait rouler avant de fondre sur celui de droite pour le prendre entre ses lèvres. Il le suçote comme si c'était quelque chose de délicieux, tout en continuant d'agacer l'autre.

Lorsque sa main glisse vers mon ventre c'est pour me pousser doucement en arrière. Comprenant le message, je me laisse tomber contre le moelleux du matelas, ses lèvres tracent une ligne de baiser jusqu'à mes hanches qui sont encore couvertes par mon jean. Le roi des Enfers entreprend alors de finir de me déshabiller avec application. L'exposition de ma peau nue me fait frissonner, l'expectative de ce qui va se passer ensuite aussi. J'ai peur et hâte à la fois, je ne comprends absolument rien à mes émotions. Et soudainement, je me retrouve à implorer que Dieu me vienne en aide.

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