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Mia

Mon regard se focalise sur la femme qui arrive à pas lents, les pieds entravés par des chaînes qui la font grimacer à chaque pas. Je me demande pendant un instant si cette précaution est vraiment nécessaire et je finis par en conclure que le métal chantant angélique de ces dernières doit uniquement servir à sa souffrance. Le regard rivé au sol de ce qui doit être ma génitrice m'empêche de la détailler autant que je le voudrais, mais je peux au moins me rendre compte que j'ai dû hériter de ces cheveux, même si les siens sont quelque peu hirsutes.

Lorsqu'enfin le démon qui l'accompagne tire la chaise qui nous fait face pour qu'elle puisse s'assoir, elle daigne redresser la tête et un petit hoquet de surprise m'échappe. Impossible de nier que je suis sa fille, tant nos traits de visage semblent être un copier-coller l'un de l'autre. Seule la couleur de nos iris diffère, j'ai visiblement dû hériter de ceux de mon père. Elle me regarde elle aussi avec étonnement avant de murmurer d'une voix étrangement réconfortante :

— Je n'y crois pas, mais je suis heureuse de te rencontrer, Mia.

Les mots de Thia brisent quelque chose en moi, comme si une digue que j'avais érigée pierre par pierre était en train de céder, les larmes me montent instantanément aux yeux et je fonds en de longs et douloureux sanglots. Face à ma réaction, elle pose sur la table ses mains menottées elle aussi et elle m'en tend une. J'hésite quelques instants avant de la prendre, le contact est doux, rassurant et indubitablement maternel. Lorsque mes pleurs finissent par se tarir, je trouve le courage d'articuler :

— Moi aussi, je suis heureuse.

Sa main serre la mienne un peu plus fort, tandis qu'elle reprend d'une voix toujours douce :

— Ma toute petite... Petite Mia...

Je dégage ma main quelques secondes, le temps d'essuyer mes joues ravagées par les larmes avant de la lui redonner et de lui demander avec un certain empressement :

— Donc c'est vrai, vous ne m'avez pas abandonné volontairement ?

J'ai hésité quelques secondes entre le tutoiement et le vouvoiement, mais le second m'a paru être le plus naturel, même s'il semble avoir causé un voile de tristesse passager dans son regard. Lorsqu'elle me répond, sa voix est assurée :

— Évidemment que non, j'aurais tant voulu te garder avec moi. Mais ta sécurité devait passer avant tout, cependant, on dirait que j'ai échoué...

J'aimerais la réconforter et lui dire que non, qu'elle n'est responsable de rien, mais force est de constater que ma nature même est un problème aussi bien pour les anges que pour les démons. Je finis tout de même par lâcher dans un souffle et avec une certaine hésitation :

— Ça m'a permis d'avoir une enfance heureuse et tranquille, ce n'est pas totalement un échec.

Elle acquiesce d'un signe de tête comme si mes mots l'avaient rassuré, puis son regard finit par se planter dans celui du roi des Enfers, Thia demande alors :

— Que fait ma fille avec toi ?

Le regard du roi des Enfers passe de ma mère à moi avant de revenir sur elle, comme s'il cherchait ce qu'il pouvait dire ou pas. Il finit cependant par annoncer avec un petit sourire en coin :

— Je vais l'épouser, cette visite n'est qu'un cadeau pour la remercier d'avoir accepté ma proposition.

Le visage de Thia se décompose au fil de ses mots tandis qu'elle bégaie :

— Mais... Tu... Tu ne peux pas... Non, je m'y refuse.

— Parce que tu crois que tu as voix au chapitre ?

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