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Mia

Quand je me réveille d'un long sommeil sans rêves, je remarque que la nuit est en train de tomber dehors. Je prends alors conscience de quelques trucs, je n'ai pas été nourrie de la journée et je meurs de soif, mais surtout, il faut que j'aille aux toilettes. J'hésite de longues secondes sur la conduite à tenir, mais je finis tant bien que mal par me redresser à force de me tortiller. Je me lève ensuite pour m'approcher de la porte et je lâche timidement :

— J'ai besoin d'aller aux toilettes.

Seul le silence me répond, absolument rien ne se passe si bien que je finis par répéter mes mots avec davantage de conviction et de force. Et enfin au bout de longues minutes, la porte s'ouvre sur l'homme de tout à l'heure. Il me regarde d'un air mauvais avant de soupirer :

— Qu'est-ce que j'avais dit ?

Je choisis d'ignorer sa question et son attitude revêche pour redemander avec espoir :

— Est-ce que je pourrais utiliser les toilettes ? Je crois que j'ai besoin de manger aussi...

— Mais, bien sûr, princesse, tu veux que je te borde pour que tu fasses de jolis rêves ensuite ?

La panique me gagne, hors de question que je me pisse dessus, mais je sais bien que je ne tiendrais pas éternellement si bien que je finis par soupirer :

— S'il vous plaît ?... Je ne tenterais rien et si je suis toujours vivante c'est que vous avez besoin de moi non ?

— Tu es sûre de ça ?

Je dois pâlir quelque peu, car l'homme me regarde soudainement avec inquiétude. Il finit cependant par lâcher :

— Tourne-toi.

Je m'exécute en cherchant en vain comment être dos à lui changera quoi que ce soit à ma situation. Et alors que je m'y attends le moins, il se saisit de mes poignets et retire enfin ces foutues menottes. Pour la première fois depuis presque vingt-quatre heures, mes mains ont retrouvé leur liberté. Je ne retiens pas mes gémissements qui mêlent douleur et contentement lorsque je fais enfin jouer mes bras martyrisés.

Je me retourne pour lui lancer un regard reconnaissant avant qu'il ne s'efface de la porte pour me laisser passer tout en me disant :

— La salle de bain est à gauche. Tu laisses la porte ouverte.

Évidemment, je ne pouvais pas demander la moindre intimité. Je retiens de justesse un soupir, après tout c'est mieux que rien, et me dirige vers la porte coulissante mentionnée. La pièce est minuscule et comporte simplement des toilettes et un petit lavabo qui doit être relié à une réserve d'eau potable. Je m'empresse de faire mes besoins tout en continuant de faire jouer mes bras avec une certaine délectation. Par chance, l'homme me tourne le dos et est en train de farfouiller dans l'un des placards de la cuisine. Je ne sais pas où sont les deux autres, enfin, je crois qu'ils étaient trois.

Après que j'ai lavé mes mains, je profite du point d'eau pour rincer ma bouche et avaler quelques gorgées du précieux liquide. Ce dernier coule dans ma gorge desséchée et plus je bois, mieux je me sens. L'homme finit par me rejoindre et me demande :

— C'est bon ?

Je bois une dernière gorgée avant de hocher la tête et de quitter la petite pièce. Alors que j'allais regagner la chambre, il me tend un paquet de gâteau que je saisis, presque des étoiles dans les yeux, tant maintenant je prends conscience de la faim qui m'habite. Il referme la porte derrière moi et je l'entends la clé tourner dans la serrure.

Je suis de nouveau enfermée, mais j'ai de quoi me sustenter et surtout mes mains sont libres. Je m'empresse d'ouvrir le paquet de sablé et en mange quelques-uns en essayant de prendre mon temps. Je ne sais pas combien de jours va durer le voyage, si bien que je choisis de ne toucher qu'à un quart des gâteaux. Autant essayer de les faire persister.

Avec mes mains fraîchement libres, je me décide à fouiller les quelques rangements que comporte la cabine. Sans réelle surprise, je ne trouve rien de vraiment utile. Je finis par me poster devant le hublot pour admirer les remous de l'océan.

Que fait le roi des Enfers à l'heure actuelle ? J'ai été enlevé il y a maintenant une journée. Nul doute qu'il doit me chercher, mais a-t il ne serait-ce qu'une piste ? Est-ce qu'il y avait des caméras au port ? J'aurais dû mieux regarder mon environnement, et tandis que je me maudis mentalement, la porte de la cabine s'ouvre.

Je me redresse précipitamment, gênée d'être surprise alors que je laissais mes pensées divaguer. L'homme qui faisait partie de la garde rapprochée du roi des Enfers entre. Il me lance un coup d'œil avant de finir par soupirer :

— Suis-moi.

Je le regarde perplexe, je n'ai rien fait de mal, enfin, je crois. Alors pourquoi devrais-je sortir de la chambre ? Cette dernière me paraît être étrangement réconfortante tout d'un coup. Malgré tout, mes jambes se mettent en mouvement. L'homme à la voix glaciale me fait signe de m'assoir sur la banquette qui fait face à la petite table de cuisine. Je m'exécute et aperçois celui qui m'avait précédemment aidé en haut des escaliers, comme s'il cherchait à me barrer le chemin.

Mal à l'aise, mes doigts tapotent la table tandis que j'attends que l'homme qui m'a fait sortir et qui est resté debout prenne la parole. Lorsqu'il finit par le faire, sa voix est tranchante comme un poignard :

— Tu te retrouves dans une situation très délicate, Mia.

Entendre mon prénom dans sa bouche me fait frissonner, mon rythme cardiaque s'affole dans l'attente de ce qu'il a à me dire. Il poursuit cependant d'une voix assurée, indifférent à mon trouble :

— Ta disparation était nécessaire pour que la guerre ait lieu. Nous allons te garder comme potentielle monnaie d'échange, mais sache que, pour le moment ta vie est en suspens.

J'avale ma salive avec difficulté avant de demander d'une voix si faible que je doute d'avoir parlé à voix haute :

— Pourquoi ?

Malgré tout, l'homme l'a parfaitement entendu, il soupire, mais fini cependant par expliquer :

— Je ne peux pas te laisser sans surveillance et j'ai autre chose à faire que de jouer au baby-sitter.

Glacée par ce que je comprends de la situation, je finis par demander timidement :

— Si vous n'avez rien d'autre à me dire, puis-je retourner dans la chambre ? Je ferais tout pour ne pas vous causer de problème.

L'homme se passe les mains sur le visage avant de me scruter longuement en plantant ses yeux dans les miens, ce qui me met terriblement mal à l'aise. Malgré tout, il finit par hocher la tête. Je me lève avec une certaine précipitation, désireuse de mettre le plus de distance possible entre nous. Ce n'est qu'alors que je franchis le seuil de la chambre qu'il lâche :

— On accostera demain soir. Je te laisse réfléchir à la manière dont tu pourrais te rendre utile pour que je te garde en vie...

Je hoche la tête sans me retourner et claque la porte derrière moi. Je me laisse tomber sur le lit et mes larmes se mettent à couler. Il est certain que ce connard va me tuer dans vingt-quatre heures si personne n'intervient entre temps. Je ne vois pas ce que je pourrais faire pour être utile. Je n'ai rien susceptible d'intéresser les hommes qui m'ont enlevé, pas de renseignements ou autres à fournir, rien, absolument rien. Je ne sers à rien.

Et c'est le ventre broyé par le désespoir que je prends conscience que ma vie repose à présent uniquement sur le roi des Enfers ainsi que sur Malo. Faites qu'ils arrivent à temps. Dans ce petit espace calfeutré, je me retrouve à prier comme jamais je ne l'ai fait, puis le sommeil finit par m'emporter, encore une fois.

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