Mia
Quand je reprends connaissance, je suis accueillie par l'obscurité. J'ai beau cligner des yeux, rien ne se passe, hormis un tissu rêche qui irrite mes paupières. Ma respiration est entravée et il me faut de longues secondes pour comprendre. Quelque chose couvre mon visage, ces enfoirés ont dû me mettre un sac en tissu sur la tête. Je prends ensuite conscience du fait que je suis assise sur quelque chose de moelleux. Je n'ose pas bouger, mes mains ont l'air d'être toujours entravées dans mon dos, mais surtout, je ne veux pas qu'ils sachent que je suis revenue à moi.
La douleur qui irradie de mon épaule pulse à un rythme lent, mais je ne sens pas de sang couler le long de ma peau. J'imagine qu'ils m'ont soigné sommairement. Toutes ces incertitudes me pèsent lourdement. Et d'un coup, une secousse me fait comprendre que je dois être dans une voiture. J'ignore combien de temps j'ai sombré, je n'ai donc aucune idée de la distance parcourue. J'étouffe un soupir et je prends alors conscience que ma bouche elle est libre. Je note cette information avant de me décider à attendre. Ce n'est pas comme si j'avais le choix de toute façon.
J'ai dû finir par somnoler, car c'est le claquement d'une des portières qui me fait sursauter. Une main me tire sans ménagement par mon épaule blessée, et je ne peux retenir le cri de souffrance qui naît dans ma gorge. Bordel ! Malgré tout, mes fesses se décollent de la banquette et je me retrouve dehors.
L'air frais me fait du bien et je trouve le courage de demander :
— On va où ? Pourquoi m'avoir enlevée ?
Seul le silence me répond au départ et une voix autoritaire finit par claquer :
— Avance et tais-toi.
Avancer où ? Ce connard serait presque drôle. Et soudainement, je prends conscience du fait que j'ai déjà entendu ce timbre de voix. Pas moyen de me souvenir où, par contre. On me tire par le bras droit si bien que mes jambes se mettent en mouvement. Mes pieds nus me font toujours souffrir et l'évocation de ma nudité me fait me rendre compte que je porte ce qui doit être un T-shirt qui tombe à mi-cuisses de ce que je sens.
Aucun bruit hormis l'écho de nos pas ne résonne, enfin, c'est ce qu'il me semble au premier abord, jusqu'à ce que j'entends des mouettes au loin. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Je fronce les sourcils, perplexe, tandis que mes pensées tournent à mille à l'heure. Est-ce qu'on est si proche de l'eau ? Ils comptent me noyer ? Et instantanément, un éclair de génie naît dans mon esprit. On va bouger en bateau !
Je n'ai pas le temps d'y réfléchir plus que ça que je sens le sol changer sous mes pieds. Il est dur et moelleux à la fois et surtout, ça tangue. Mes pas se font plus précautionneux si bien que mon ravisseur ralenti le rythme. Au bout de ce qui me semble être une éternité, j'entends des voiles claquer au vent, puis on finit par s'arrêter. La voix toujours aussi glaciale retentit devant moi :
— Je vais retirer le sac, le temps que tu montes. Si tu tentes quoi que ce soit, je te tue.
Voilà qui a le mérite d'être clair. Je déglutis difficilement et hoche la tête pour montrer que j'ai compris. Le sac glisse doucement sur mon visage et je lâche un soupir de ravissement lorsque j'aperçois l'aube autour de moi.
Je n'ai cependant pas le temps de m'extasier plus que ça, je suis poussée pour avancer. Je m'exécute donc de mauvaise grâce et m'engage sur l'espèce de petit escalier qui permet de gagner le voilier. Et alors que je redresse la tête une fois à bord, je reconnais l'homme devant moi et m'exclame avec surprise :
— Vous ?!
Il hausse les épaules tandis que je continue de m'approcher de lui. Je reconnais sans peine le démon qui est intervenu lors de l'empoisonnement de Bella, puis durant l'incident avec Malo. Ce dernier avait toujours évoqué la fidélité relative de ses congénères, mais le découvrir de moi-même est douloureux.
— Pourquoi ?
J'ai tant besoin de comprendre, d'avoir des réponses que la question m'échappe. L'homme en guise d'explication brandit son arme si bien que je me mords la lèvre inférieure pour me taire tout en lui lançant un regard navré.
J'essaie de réfléchir à ma triste situation et pour la première fois, je sens le désespoir m'envahir. Au moins, si je me tue, je pourrais rejoindre mon futur mari en enfer. Comment pourrait-il me retrouver quand on sera au beau milieu de l'océan ? Je pousse un long soupir tandis que le démon me guide vers la cabine centrale. À nouveau, je franchis les marches descendantes avec précautions, et suis son doigt qui pointe la chambre minuscule dans le fond de l'espace. Alors que je passais devant lui, il en profite pour remettre ce foutu sac sur mon visage et me pousse.
Je manque de tomber sur le lit, mais mon sens de l'équilibre me rattrape de justesse. J'entends la porte se verrouiller derrière moi. Je sens la panique me gagner à ce moment-là. Je suis seule, au milieu de nulle part. Je ne vois rien, je ne peux pas bouger mes mains et mes bras commencent à me faire terriblement souffrir à force d'être maintenu dans mon dos.
Je cesse de retenir mes larmes qui se mettent à couleur à flot tandis que je me laisse tomber contre le lit. Je pleure encore et encore comme si mon stock de perles salées était infini et rapidement, je me retrouve à renifler entre deux sanglots.
Encore une fois, j'ai dû finir par m'endormir, quand je me réveille, mes yeux secs me piquent à force d'avoir versé des pleurs et mes sécrétions ont séché sous mon nez. Je prends alors conscience de la nausée qui agite mon pauvre corps.
Le tangage du navire est en effet beaucoup plus fort, si bien que j'en conclus que les amarres ont été larguées. Et sans que je ne puisse retenir quoi que ce soit, mon estomac finit par se vider de son maigre contenu. Ma position allongée sur le côté fait que je m'étouffe à moitié tandis que l'odeur de bile et l'humidité qui imprègne ce putain de sac amplifient mes nausées.
Je crois que je n'ai jamais été aussi pitoyable. Il me faut un long moment pour cesser de tousser et retrouver la pleine possession de mes moyens. À ce moment-là, je me tortille pour me relever et me rapprocher tant bien que mal de là où est la porte dans mes souvenirs. Je crie alors :
— J'ai besoin d'aide s'il vous plaît...
Mes derniers mots me coûtent particulièrement et une rage froide me consume quand je me rends compte qu'ils ne suscitent aucune réaction. Pourtant au bout de ce qui me paraît être une éternité j'entends la porte s'ouvrir et une nouvelle voix au timbre agacée me demande :
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Je... J'ai vomi, dis-je piteusement.
— Je ne vois pas en quoi ça me concerne.
— S'il vous plaît, enlevez-moi le sac... Pitié...
Le silence me répond à nouveau, je sais que l'homme est toujours là, je perçois sa respiration si bien que j'ajoute pour tenter de le faire plier :
— Je me tiendrais tranquille, je le jure.
Il pousse un long soupir et alors que je pensais qu'il allait refermer la porte, il se saisit du haut du sac qu'il tire prestement avant de lâcher :
— Tu fermes ta gueule, tu arrêtes de pleurer.
L'homme, dont j'ignore l'essence, ne prends pas la peine de vérifier que j'acquiesce bien à sa consigne et ferme directement la porte. Je pousse un soupir de soulagement et me précipite sur le petit hublot qui fait face au lit. Il est évidemment bien trop étroit pour que je puisse espérer sortir par là. Mais à force de batailler avec mes doigts ankylosés, je finis par réussir à l'entrebâiller pour profiter d'un peu d'air frais tandis que je me laisse tomber à genoux de manière à ce que l'oxygène atteigne mon visage. Je ne vois rien d'autre que la mer à perte de vue, c'est un spectacle à la fois magnifique et inquiétant.
Ivre d'air pur, je finis par me relever tant bien que mal et m'installer sur le lit. Ce n'est pas comme si je pouvais faire autre chose de toute façon. Je laisse mes pensées défiler sans tenter de les retenir ou à ce qu'elles aient véritablement un sens. J'espère juste que le roi des Enfers ainsi que Malo me cherchent activement. J'ai beau savoir au plus profond de moi que mon futur mari retournera sans doute ciel et terre pour me retrouver, là, tout de suite, je peine à y croire. Les larmes me montent à nouveau aux yeux et seule la mise en garde de tout à l'heure fait que je les laisse perler en silence. Pitié, faites qu'on me sorte de ce cauchemar.
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Batailles
FantastiqueMia une jeune adulte, suit une vie relativement insouciante qui se ternit lorsque ses rêves deviennent étrangement troublants et que peu de temps après elle fait la rencontre de Malo. Entre rêves étranges, désirs ardents, sombre prophétie et menaces...
