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Mia

La boutiquière pose alors la lame sur le comptoir, le métal semble luisant dans la pénombre et je sens une attirance irrésistible naître au creux de mes entrailles. J'essaie sans réelle conviction de combattre cette envie avant de finalement tendre la main pour saisir le manche de la courte épée que Malo m'offre. Le contact avec le métal du pommeau électrise mon corps tandis que le fin lacet de cuir qui couvre la poignée jusqu'à la garde m'apaise étrangement. Je soupèse l'arme dans un geste sans doute un peu maladroit et alors que ma main se raffermit je sens une étrange certitude pulser en moi. Je n'ai pas besoin de l'entraînement de Malo, je sais me battre avec cette arme. C'est a cet instant que la voix de la femme me tire de ma contemplation :

— J'avais prévu qu'il y aurait une bonne alchimie entre vous deux mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit si immédiat.

— Cette épée, elle a quelque chose de particulier non ?

La commerçante laisse échapper un petit rire tandis que j'aperçois Malo esquisser un sourire dans ma vision périphérique pendant que je repose l'arme sur le comptoir.

— En effet Mia. Outre le fait que je l'ai spécialement forgée pour toi et pour ton destin, elle contient du métal chantant angélique.

— Comment pouvez-vous connaître mon destin ?

Elle se contente de m'adresser un sourire énigmatique en guise de réponse avant de se tourner vers Malo pour réclamer son paiement. Avec une certaine surprise je découvre qu'il paie dans la même monnaie que moi et via une carte bancaire. Je ne sais pas pourquoi mais je m'étais imaginé autre chose, peut-être, d'un peu plus mystique pour une transaction entre démons. Et soudainement je prends conscience que je ne me suis que peu interrogée sur la femme qui me fait face, son faciès ridé et son allure gracile ont visiblement brouillé mes sens et je me promet d'interroger Malo à ce sujet dès que l'on sortira de là.

La femme glisse l'épée dans un fourreau en cuir blond, ce dernier dispose d'une longue lanière ajustable pour que je puisse la porter à la taille ou en bandoulière. Après avoir opté pour cette seconde option je mesure pleinement la légèreté de ma lame qui se ferait presque oublier. Je remercie chaleureusement la personne qui me l'a confectionné avant de prendre congés avec Malo.

Ce n'est qu'une fois dehors que je me tourne vers lui pour le questionner :

— Qui est véritablement cette femme ?

— Marèna ? me répond-il en haussant les épaules, c'est une démone spécialisée dans la forge d'arme en tout genre, pourquoi ?

— Elle a l'air de savoir beaucoup de choses à mon sujet, je n'aime pas ça... Et comment a-t-elle pu manipuler du métal chantant angélique ?

— Elle est née depuis des temps immémoriaux, ça aide à beaucoup de choses Mia.

L'intonation de Malo est ferme, presque sèche et me fait comprendre que le temps des questions semble révolu. Pourtant j'en ai encore, si bien que je me risque à demander :

— Pourquoi avoir choisi ce type de métal ?

Malo cesse ses pas et se retourne vers moi en poussant un soupir. Il me fixe durant de longues secondes sans rien dire ce qui accentue encore plus mon trouble. Lorsqu'enfin il reprends la parole ce n'est qu'un murmure :

— Dégaine ton arme Mia.

Je le regarde perplexe avant de jeter un coup d'œil autour de nous, la rue est étroite et déserte. Je ne comprends pas pourquoi je devrais sortir mon arme et je ne peux m'empêcher de lâcher un bref rire stupide en me disant qu'il me fait une blague. Ce n'est que lorsque ses yeux se rivent aux miens et qu'il m'assure du sérieux de sa demande que je me résous à passer ma main dans mon dos pour dégainer.

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