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Malo

Le reste du trajet s'est fait sans incident notablement. Mia a fini par sortir prendre l'air, le soleil a semblé lui faire du bien malgré la situation, ce qui m'a fait esquisser un sourire. Ce n'est qu'alors qu'on se dirige vers le véhicule du roi des Enfers après avoir amarré le navire que sa future épouse demande avec une certaine hésitation :

— Où est-ce que nous allons ?

Le roi des Enfers marque un temps d'arrêt comme s'il n'avait pas vraiment réfléchi à la question avant de suggérer :

— Nous allons passer chez moi récupérer quelques affaires et l'on changera de domicile. Mais le médecin sera notre première destination.

Mia acquiesce de la tête tout en poursuivant avec une nouvelle question :

— On va loin ?

— Assez pour qu'on prenne l'avion et qu'on change de continent.

Elle hoche à nouveau la tête, mais se mordille la lèvre comme si quelque chose la contrariait si bien que je finis par demander :

— Ça ne va pas ?

Et j'ai immédiatement envie de me gifler tant ma formulation est bateau, vu ce qu'il vient de passer. J'aperçois le roi des Enfers se figer une fraction de seconde avant de cependant monter dans le véhicule. Je laisse Mia se mettre au milieu tandis que je m'installe sur la dernière place de la banquette arrière. Le véhicule démarre et le silence règne pendant quelques minutes. À croire que ma question était réellement absurde. Pourtant, Mia finit par lâcher :

— C'est juste que...

— Dis-moi, mon ange, répond le roi des Enfers en attrapant sa main la plus proche pour la serrer.

De ses doigts libres, Mia entortille une mèche de cheveux autour et souffle :

— Je pense souvent à ma famille et ils me manquent... Ils doivent s'inquiéter pour moi aussi...

Le roi des Enfers se gratte la tête soudainement mal à l'aise, cependant, comme il n'a pas l'air de prendre la parole, je finis par le faire pour lui expliquer :

— On a envoyé quelques lettres pour les tenir au courant.

Mia écarquille les yeux tandis qu'elle s'exclame :

— On ? Quelles lettres ? Comment ça ?!

Je me mords les lèvres et pousse un discret soupir de soulagement lorsque le roi des Enfers prend le relais :

— Ils sont au courant que tu n'as pas disparu et que tu vas bien, c'est là le principal non ?

— Non, proteste Mia, ils méritent de tout savoir !

J'avais secrètement espéré esquiver cette conversation éternellement, mais il faut croire c'est raté. Il est hors de question de priver Mia de sa famille, mais tout attachement est une faiblesse, son enlèvement en est d'ailleurs la preuve. Il ne fallait pas non plus que ses proches posent trop de problèmes... Du coup, quand elle a fini par s'éloigner et abandonner la fac, j'ai commencé à envoyer des lettres à ses parents adoptifs. Le roi des Enfers qui avait récupéré Mia à ce moment-là avait lui-même approuvé l'idée. Ces lettres évoquaient simplement la pression entre les cours et la pratique et le besoin de changer d'air, voire de faire une année de césure, rien de plus. Mais je comprends sans peine que ces mensonges par omission sur la véritable situation puissent la mettre mal à l'aise.

— Et que veux-tu leur dire ? Que nous existons ? Que tu es une nephilim ?

La voix du roi des Enfers est froide et il a lâché sa main. Mia lui lance un regard surprise par son changement d'attitude. Au fond de moi, je le comprends, la conversation ne mènera nulle part, notre existence doit rester aussi discrète que possible, autant y couper court le plus tôt possible.

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