70.

2 0 0
                                        

Mia

Malo me lance un regard un peu désabusé, mais ne répond rien, ce qui me rassure quelque peu. Le roi des Enfers m'a promis de venger Bella, cette promesse pleine de ténèbres me suffit pour le moment, mais je n'ai pas envie que Malo s'en mêle, je ne saurais expliquer pourquoi, mais je crois que c'est mieux ainsi.

— Tu as des plans pour la soirée ? me demande-t-il d'une voix douce.

— Hormis dormir ? Je ne crois pas.

— Peut-être que tu aimerais la passer avec moi.

C'est à mon tour de lui adresser un regard désabusé. Je ne suis pas certaine que sa proposition ait le moindre sous-entendu, mais, malgré tout, un frisson électrique parcourt mon corps. Cependant, je secoue la tête pour lui signifier que non, peu importe ce que cela peut impliquer, ça ne m'intéresse pas, je souhaite bien trop préserver la quiétude que j'ai réussi à obtenir avec le roi des Enfers.

Malo ne semble pas comprendre mon refus, ni même mes réticences, car il se penche vers moi et dépose un léger baiser sur mes lèvres. Je suis si surprise que je ne réagis pas immédiatement, il prend alors ça pour une acceptation de ma part, puisqu'il tente d'approfondir notre embrassade. C'est à ce moment-là qu'un toussotement qui n'a rien de discret nous interrompt. J'arrive enfin à me ressaisir et me dégage vivement de Malo avant de me décomposer sous le regard brûlant du roi des Enfers.

— Ce n'est pas...

Il me coupe d'un geste de la main si bien que je ravale les mots que j'avais sur le bout de la langue. Malo tente cependant de voler à mon secours en lâchant :

— Elle n'a rien fait, c'est entièrement ma faute.

Le roi des Enfers me scrute de la tête aux pieds tandis que je tire nerveusement sur l'une de mes mèches de cheveux. Lorsqu'il se décide enfin à prendre la parole, sa voix est glaciale :

— Tu avais pourtant l'air très consentante, Mia. Peu importe qui a initié ça, c'est Mia qui sera punie.

Je ne sais pas où je trouve le courage, mais je souffle :

— C'est injuste...

— Je sais mon ange, mais il n'y a qu'en te faisant souffrir que Malo comprendra. Le châtier, lui n'aurait pas grand sens.

Je scrute les deux hommes à tour de rôle, le roi des Enfers est terriblement sérieux, tandis que Malo a rivé ses yeux sur le parquet, l'air gêné. Je sais que mon futur mari a raison au fond, mais l'injustice de la situation est-elle que je peine à la supporter. Je ne réplique cependant rien, ce qui lui permet de continuer en se tournant vers Malo :

— Tu montes avec nous, y assister te passera peut-être l'envie d'embrasser la femme avec qui je vais me marier.

L'humiliation est totale, à croire que rien ne me sera épargné. La mort dans l'âme, mon corps lui emboîte mécaniquement le pas, on se dirige alors dans un silence de plomb vers l'annexe de sa chambre. Trop perdue dans les limbes intérieurs de mon esprit et tentant tant bien que mal de me préparer à affronter ce que le roi des Enfers me réserve, je ne prête pas attention à cette pièce si particulière et me contente de lui demander :

— Et maintenant ?

Du doigt, il indique le banc à Malo sur lequel ce dernier va s'assoir la mort dans l'âme tandis qu'il m'ordonne :

— Déshabille-toi.

Je prends une grande inspiration pour ne rien répliquer et m'exécute tout en maudissant mentalement Malo pour ce stupide baiser que je n'ai en rien désiré. Mes vêtements tombent les uns à la suite des autres au sol jusqu'à ce que je sois aussi nue que le jour de ma naissance. L'air frais de la pièce me fait frissonner tandis que je cherche en vain où placer mes mains qui, pour l'instant, restent stupidement le long de mon corps. Je refuse de lui donner la satisfaction d'être mal à l'aise et donc de me cacher avec. Le roi des Enfers m'adresse un regard courroucé tandis que Malo a la bonne grâce de fixer un point sur le mur derrière moi.

Mon futur mari s'approche pour attraper une de mes mains et sans un mot, il me guide jusqu'à la croix de Saint-André. Ce mobilier qui ne détonne pas le moins du monde dans la pièce et qui se rapproche de moi me fait tout de même avaler difficilement ma salive. Le contact du bois peint en noir contre ma peau nue me perturbe plus que je ne l'avouerais jamais. Avec dextérité, le roi des Enfers attache mes poignets aux deux extrémités supérieures qui sont munies de chaînes métalliques. Il se penche ensuite pour faire de même avec mes chevilles. Je me retrouve nue, le dos et les fesses exposés à la vue des deux hommes et je dois quelque peu me contorsionner pour les observer.

Fidèle à lui-même, mon futur mari affiche un calme olympien, tandis que Malo semble essayer de juguler la fureur que je perçois monter en lui. Le roi des Enfers a dû arriver à la même conclusion que moi, car il finit par détacher son regard de moi pour river ses yeux dans ceux de Malo tout en lâchant :

— Si tu tentes d'intervenir, je te tue. Je vais cependant te faire un cadeau, tu vas choisir comment elle sera corrigée.

Le roi des Enfers n'ajoute rien et ouvre l'un des tiroirs de la commande, invitant Malo à fouiller dedans. Je n'ai cependant pas le temps d'observer plus en détail ce que contient le meuble, car il se rapproche de moi et l'une de ses mains se pose dans un geste possessif sur mes fesses, tandis qu'il me murmure de façon à être entendu par moi seule :

— Depuis quand tu as retiré le plug ?

Le ton de sa voix, sans aucune animosité, me surprend, je m'attendais à ce que cette découverte le rende davantage furieux et j'avais essayé tant bien que mal de trouver des dizaines d'excuses, cependant, face à son attitude, je me résigne à lui avouer la vérité :

— Durant la première nuit, je n'ai pas réussi à dormir avec...

— Alors on recommencera, répond-il tandis qu'un fin sourire ourle ses lèvres.

Aux souvenirs de cette sensation si étrange d'être possédé par cet objet, je peux sentir mon ventre se contracter tandis que je hoche la tête. Je ne sais pas pourquoi je le fais d'ailleurs, je ne crois pas en avoir particulièrement envie, à moins que ce ne soit qu'une façade pour me rassurer. La proximité du roi des Enfers est telle que je peux sentir l'étoffe de ses vêtements chatouiller ma peau parcourue par un courant électrique. J'avale difficilement ma salive avant de lui demander avec timidité :

— Ça va faire mal ?

— Je saurais te consoler, mon ange.

La promesse de souffrir n'a rien de rassurant, la peur me broie le ventre, mais l'engagement qu'il sera là pour me soutenir est étrangement doux. Je n'arrive pas à savoir quoi penser de la situation dans laquelle je me retrouve malgré moi. Indifférent au trouble dans lequel je patauge, le roi des Enfers finit par se détourner de moi pour se tourner vers Malo. Du coin de l'œil, je l'aperçois soupeser des lanières de cuir et instantanément la perspective de ce qu'il va se passer me fait paniquer. Je pensais que je pourrais endurer ce que le roi des Enfers me réserverait, mais mes certitudes fondent comme neige au soleil.

Je tente de ne pas céder à la panique et tire doucement sur les chaînes qui m'entravent pourtant solidement. Il m'est impossible de me libérer, les liens ne sont pas trop serrés sur mes membres pour que j'aie un peu de marge de mouvement, mais pas assez pour gagner la liberté. Peut-être qu'en me déboîtant les pouces, mes mains pourraient passer, mais je resterais toujours attaché à cette croix à cause de mes chevilles. La peur fait perler des larmes aux coins de mes yeux, tandis que je cherche tant bien que mal à ce que ma respiration reprenne un cycle normal. Remarquant mon agitation, le roi des Enfers lâche à l'attention de Malo :

— Est-ce que tu as décidé ? Mon ange commence à s'impatienter.

La tête toujours tournée vers Malo, je le vois tiquer à ce surnom, il ne répond cependant rien et finit par lui tendre l'un des objets en cuir. Le démon se réinstalle sur son banc tout en m'adressant un regard chargé de culpabilité. Le roi des Enfers l'ignore trop occupé à soupeser l'objet que j'aperçois constitué de multiples lanières de cuir, tandis qu'un sourire espiègle naît sur son visage. Il se tourne vers Malo et lâche :

— C'est un excellent choix, c'est l'un de mes préférés.

Il me scrute ensuite avant de reprendre d'une voix posée :

— Peux-tu expliquer à mon ange les raisons de ce choix, ainsi que ce dont il s'agit, elle a l'air innocente en la matière.

BataillesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant