➳ Chapitre 2 : Jennifer

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Zack me réveille quelques heures plus tard. La nuit est déjà tombée. J'attrape mon sac à dos et pars chercher à manger, une lampe de poche à la main.

Je décide de rentrer dans une maison que j'ai repérée hier, quand nous sommes arrivés. La porte est fermée, je suis donc obligée de passer par une fenêtre cassée en faisant bien attention à ne pas me couper. Une fois à l'intérieur, je regarde autour de moi, déplaçant lentement la lumière. Je suis dans le salon de la maison. Une horloge imposante est accrochée à un mur, un vieux téléviseur trône juste en dessous. Face à lui, un canapé en cuir marron foncé, les accoudoirs abimés par le temps. Un papier peint terne aux motifs floraux accompagne à merveille la couleur Bismarck des feuilles mortes accumulées sur le sol, certainement portées là par le vent à travers la vitre brisée. La décoration et l'ameublement me donnent l'impression d'avoir fait un bond en arrière dans le passé. L'atmosphère est étrange. Un frisson me parcours l'échine. Je n'aime pas l'ambiance dégagée par ce lieu.

Je traverse le salon et m'engage dans un couloir sombre sur ma droite, sans plus observer l'intérieur de la maison. Bien évidemment, en l'absence d'employés pour entretenir et faire fonctionner les centrales, l'électricité ne passe plus. La nourriture contenue dans les réfrigérateurs et congélateurs s'est d'ailleurs mise à pourrir petit à petit. Désormais, nous nous nourrissons essentiellement d'aliments en conserve et de biscuits en tous genres. D'ici quelques années -si par miracle, nous sommes encore en vie- je pense que les réserves alimentaires seront quasiment épuisées. À ce moment-là, je serais tenue d'apprendre à chasser. Mais pour l'instant, je préfère conserver mes forces et mon temps à fouiner dans les maisons désertées. C'est bien moins dangereux. Du moins, c'est ce dont j'essaie de me convaincre.

Je trouve rapidement la cuisine. Sur la pointe des pieds, ma lampe torche entre les dents, j'ouvre les deux battants du placard suspendu au-dessus de l'évier. Je prends rapidement tout ce qui me tombe sous la main et le fourre dans mon sac à dos. Je dissocierai plus tard ce qui est encore consommable de ce qui ne l'est plus.

Une fois ma besogne terminée, je me dirige vers la sortie, le faisceau lumineux pointé droit devant moi. Mais soudain, je trébuche et m'étale sur le sol, mon menton percutant lourdement le carrelage. Je me relève et ramasse ma lampe qui a roulée plus loin, tout en frottant la zone douloureuse sur ma mâchoire. Je cherche ensuite l'objet du délit. Un crâne. Certainement celui de l'un des propriétaires. Il y a quelques années, cela m'aurait certainement terrorisée et je me serais effondrée en larmes. Désormais, ça ne me fait plus aucun effet. J'ai l'habitude de retrouver des restes de corps humains.

Je sors et traverse la route en me dépêchant le plus possible. La nature a déjà bien repris ses droits en trois ans : des lierres montent sur les murs des maisons -déjà verdis par de la mousse et recouverts de champignons-, des arbres poussent à travers le bitume et des chiens revenus à l'état sauvage vagabondent dans les rues. Le monde est bien loin de ce qu'il était auparavant. Il me paraît davantage hostile et inhospitalier, surtout pour celui qui ne sait pas entendre ou comprendre ses mises en garde.

Comme à chaque fois que je quitte Zacharie, je suis soulagée de le retrouver sain et sauf. Je pose mon sac sur le sol et je commence à trier ce que j'ai ramené. Mon petit frère me rejoint pour m'aider. Nous en sortons une boîte de conserve contenant des petits pois, une autre des carottes, un sachet de cookies et des barres chocolatées. La plupart du reste de la nourriture n'est plus consommable, mais nous tenterons tout de même d'y goûter. Nous n'avons pas le choix. Mieux vaut risquer la maladie que succomber à la faim. Au moins, on peut espérer réchapper à la première.

Les aliments rangés, je prends les petits pois et me dirige vers la cuisine. J'étale sur le carrelage des bouts de bois que j'ai ramassé la nuit précédente et j'allume un feu à l'aide d'un briquet et de papiers journaux. La nuit, la fumée qui s'échappe par la fenêtre est moins repérable. L'odeur pourrait attirer les Haeras, mais c'est un risque que je prends parfois, pour permettre à Zack de manger chaud au moins une fois de temps en temps. Après avoir mis les petits pois dans une casserole, je la place sur le brasier. Plus qu'à attendre. Je reprends mon journal pour patienter.

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