12.
Milan ne put se retenir de lever les yeux au ciel. Qu'avait-il fait de si mal pour mériter ça ? Il ne put cependant pas résister plus longtemps avant de porter son attention sur Alice. Elle était toujours en pyjama – enfin, cette tenue de sport qu'elle avait mis avant de se coucher et qui la rendait diablement sexy – et il ne put s'empêcher de lui en faire la remarque.
- Tu ne vas pas attraper froid comme ça ?
Alice croisa les bras devant sa poitrine, comme dans un effort vain de protection. En même temps, elle semblait sonder du regard le jeune homme. Elle prenait son temps pour le détailler, sans aucune gêne. Milan commençait à se sentir légèrement mal à l'aise de cette observation appuyée sur sa personne. Il allait ajouter quelque chose quand elle leva la main, paume face à lui, comme si elle voulait stopper toute action de sa part. Le jeune homme resta donc silencieux, ne sachant même pas pourquoi il restait planté là, à attendre on ne sait quoi.
- Trop de personnes s'évertuent déjà à veiller sur moi pour en rajouter.
Elle n'attendait pas de réponse, il le voyait bien. C'était juste une réflexion qu'elle s'était faite à voix haute. Et il devait reconnaître qu'elle n'avait pas tort. Il ne la connaissait seulement depuis une semaine – si on pouvait appeler cela « connaître » - et il s'était déjà heurté à la bienveillance de ses anges gardiens.
Elle dut sentir qu'il n'allait pas l'importuner davantage car elle desserra progressivement les bras, les laissant tomber sur le côté. Il comprit alors que plus qu'une protection, il s'agissait d'une position défensive.
En réalité, elle ne faisait même plus attention à lui. Elle avait levé la tête vers le ciel, observant les étoiles, pensive. Et Milan restait là, à la regarder. Il savait très bien, pourtant, que c'était le moment pour lui de rentrer. Son lit l'attendait à bras ouverts, et dieu seul savait à quel point il avait besoin d'une bonne nuit de sommeil. Cependant, l'alcool devait toujours circuler librement dans ses veines, le contrôlant un peu plus, car il resta planté là.
La peau blanchâtre de la jeune fille semblait briller sous la lumière de la lune – pleine, ce soir-là, au plus grand plaisir de Milan qui pouvait ainsi admirer les traits d'Alice en toute liberté. Il ne l'avait pas remarqué la première fois mais quelques taches de rousseur parsemaient le nez et les joues de la brune. Cela lui rajoutait un charme incontestable. Le jeune étudiant aurait voulu passer ses doigts dessus afin de les compter en silence.
Milan secoua la tête. Il était clairement en train de divaguer. L'alcool et la lune étaient un mélange décidément toxique pour lui. Et le manque de sexe, également. Foutu Nate, foutue Alice, foutue Aurore. Et foutue Léa, putain.
- 5.145396°, moyenne de l'inclinaison du plan de l'orbite lunaire. Elle varie entre 5° et 5.28° selon un cycle de 173 jours. 6793.5 jours, soit 18.5996 années, période de précession que subit le plan de rotation de la lune, provoquée par la gravitation du Soleil. 23.45°, inclinaison de la Terre par rapport à l'écliptique, ainsi l'inclinaison du plan orbital lunaire par rapport à l'équateur terrestre varie entre 28.72° et 18.16°. 0.00256°, variance de l'inclinaison de la Terre de part et d'autre de sa valeur moyenne, nutation.
Ok. Le jeune homme avait dû boire plus qu'il ne le pensait, ou alors Nate y avait été trop fort. Alice venait de se transformer en un Wikipédia vivant et il était quasi certain qu'il était en train d'halluciner. Les filles qu'il côtoyait, en général, faisaient plutôt des remarques niaiseuses ou à tendance romantique sur la lune. Mais aucune, non aucune, ne lui avait fait un exposé sur son inclinaison. A quoi cela rimait ?
Une nouvelle crise de panique aurait pu être la raison de ce récital. Mais il n'y avait aucun signe extérieur qui pourrait traduire l'anxiété soudaine d'Alice. Elle avait prononcé ces phrases de manière posée, tout en regardant l'astre, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Elle ne semblait même pas faire attention à lui.
Peut-être pensait-elle qu'il était déjà parti. Après tout, c'était ce qu'il s'apprêtait à faire avant qu'elle ne déballe tout ce blabla qu'il n'était pas sûr de comprendre. Il avait plutôt été un bon élève en sciences au lycée. C'était ce qui l'avait amené – entre autres choses – à la faculté de médecine. Mais le jeune homme avait toujours préféré la biologie à la physique ou à la chimie et il ne connaissait strictement rien à l'astronomie. Sinon que la lune était l'unique satellite naturel de la Terre et qu'elle aurait un effet sur les marées. Oui, ses connaissances en la matière étaient plutôt maigres.
Alors que Milan était en plein dilemme – à savoir abandonner Alice pour rejoindre son lit, de loin son option préférée, ou rester pour s'assurer qu'elle allait bien -, la fraternité Dubois s'était rapprochée entendant des bribes de la conversation.
- Nate, avant de lui refaire le visage, observe-les trente secondes, s'il te plaît.
- Il t'a fait quoi ce gars ? Il t'a hypnotisé ? Aurore... Moi qui pensait avoir une sœur un minimum intelligente. Tu es tombée sous son charme, c'est ça ?
- Putain, Nate. Pour une fois dans ta vie, écoute-moi.
Aurore avait haussé le ton, c'était assez rare pour qu'elle obtienne son attention. La jeune blonde était plutôt calme en général, et surtout elle n'était pas le genre à rester dans ses pattes. Aurore et lui n'étaient pas proches, c'était certain. Cela ne voulait pas dire qu'il ne tenait pas à elle. Juste... Juste que c'était compliqué.
Il était cependant fatigué. Il avait passé toute la soirée à lutter avec Alice pour qu'elle accepte de monter dans sa chambre se reposer et tout avait été fichu en l'air par un pauvre con qui se trouver justement en tête à tête avec cette dernière. Connaissant les barrières protectrices que dressait la jeune fille devant les inconnus, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.
- Pourquoi ?
- Parce qu'Alice ne s'est pas encore enfuie.
Ce fut un choc pour Nate. Il tourna la tête pour observer, enfin, véritablement, la scène qui se déroulait devant ses yeux. Alice regardait le ciel, le visage apaisé et semblait parler. Le jeune homme, quant à lui, l'observait, ne sachant apparemment pas sur quel pied danser. Et Alice parlait, et Milan observait. Et Nate comprenait. Il se retourna de nouveau vers sa sœur qui se contenta de hocher la tête pour lui dire qu'il ne rêvait pas, qu'elle voyait bien la même chose que lui.
Alice ne s'était pas encore enfuie.
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Blue Blurred
RomanceAlice est une fille à part, détestée des trois quarts des personnes qu'elle connaît. Milan est un coureur de jupons, une fille différente chaque samedi soir. Tous les clichés commencent comme cela. Et pourtant, c'est leur histoire.
