71. Soirée entre potes

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71. Sortie entre potes

On lui avait mis un verre de whisky dans la main, en début de soirée, sans qu'il n'ait vraiment son mot à dire. On l'avait déjà resservi une fois et il tâchait de ne pas descendre le liquide brun trop rapidement alors qu'il ne cessait de jeter des œillades à la porte d'entrée du bar. Il aurait pourtant besoin d'un remontant pour dégonfler la boule de stress qui grandissait à mesure que le temps passait et que des visages inconnus faisaient sonner la clochette de l'entrée. Il était vingt-deux heures et Alice n'était toujours pas là. Il avait proposé de venir la chercher, chez elle, pour qu'ils fassent le chemin ensemble. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle ait déjà tout prévu avec Carole.

Il n'écoutait que d'une oreille ce qu'on lui racontait depuis une heure. Les gars étaient survoltés, comme d'habitude, même si on était en plein milieu de la semaine, même s'ils avaient déjà fêté la victoire samedi soir. Ça ne changeait rien à leur bonne humeur. Ils commandaient bière sur bière, fêtaient chacun des buts, un par un, un shot après l'autre. Ils ne faisaient pas attention à leur niveau de décibel et se parlaient les uns sur les autres. A croire que ce n'était qu'un traquenard pour le traîner dans un bar et passer du temps avec lui.

— Elle va arriver, lâche-toi un peu. Ça fait des semaines qu'on n'a pas eu l'occasion de boire un verre avec toi au bar.

Ce n'était pas tout à fait vrai. Il était certes moins présent et le week-end à Marseille, puis la soirée films chez les Jacob l'avaient en effet éloigné des soirées avec l'équipe mais il n'était pas non plus devenu moine. Il lança un regard noir à Yann mais celui-ci éclata de rire.

— Ce n'est peut-être pas plus mal qu'elle prenne un peu son temps. Pour une fois, elle nous laisse t'emprunter un peu plus longtemps que prévu, sans que tu n'aies d'yeux que pour elle.

Il ne s'était pas attendu à faire partie de cette catégorie de potes qui abandonnaient les siens quand ils tombaient raide dingue d'une fille. Il n'avait jamais été comme ça, il avait même fait partie de ceux qui critiquaient la pratique. Milan décida qu'il avait raison et qu'il pouvait bien s'amuser un peu. Il n'était pas obligé de devenir chaste d'un seul coup. Il se resservit un nouveau verre qu'il avala d'une seule traite, sous le regard amusé de ses amis qui ne cessèrent leurs encouragements que lorsqu'il but la dernière goutte et posa, violemment, le verre sur la table.

Bien vite, des filles s'invitèrent à leurs côtés. C'était inévitable, une bande de sportifs un peu saouls dans un bar, ça les attirait comme des mouches. Elles se collaient à ses potes qui ne demandaient pas mieux. Bientôt, ils étaient un groupe assez important pour occuper une bonne partie de la salle, si bien qu'il ne remarqua pas tout de suite l'arrivée d'Alice. Il riait, se resservait, faisait des paris idiots à coup de cacahuètes. C'est Evan qui s'aperçut le premier de la présence des filles. Il leur fit de la place à leur côté, tout en se penchant vers son meilleur ami.

— Tu vois, finalement, on n'est pas loin du double date, même s'il y a un peu plus de monde que prévu.

Milan grimaça à la remarque, tout en déplaçant ses affaires pour qu'Alice puisse se faire une place à côté de lui. Elle ne se fit pas prier, s'éloignant de la foule à vitesse grand V. Il y avait au moins un point positif à tout ça, elle lui faisait assez confiance pour se sentir rassurée entre lui et sa meilleure amie. Les deux filles s'étaient en effet glissées entre Evan et lui.

C'était néanmoins étrange. Il y avait ce bruit constant autour d'eux, ses potes étaient déjà bien alcoolisés, il n'était pas en reste non plus. Le bar était bondé alors qu'on n'était que mardi soir. Des gens criaient, chantaient et ce n'était que le début de la soirée. S'en rendre compte eut le même effet qu'une douche froide sur Milan, comme si l'alcool ne coulait soudainement plus dans ses veines. Il était mal à l'aise, voyant qu'Alice n'était pas du tout dans son élément. Certes, si on ne la connaissait pas, on ne pouvait pas s'en rendre compte. Elle avait cette chemise noire, légère, qui lui tombait parfaitement sur un jean de la même couleur. Elle avait maquillé ses lèvres d'un rouge vif, ce qui les mettait encore plus en valeur. Si bien qu'il était dur pour le jeune homme d'arriver à s'en détacher. Elle ne ressemblait à aucune fille présente, mais elle n'était pas non plus en décalage avec l'ambiance. Il fallait la connaître pour ressentir la tension qui pesait sur ses épaules et son hésitation à aller plus vers l'avant.

— Tu sens comme Emile.

Elle s'était retournée vers lui, réduisant la distance de seulement quelques centimètres. Il savait qu'elle parlait de l'alcool et il ne savait pas bien comment le prendre. Il aurait peut-être dû s'abstenir sur les verres de whisky. Il avait envie de l'embrasser et, à présent, il ne savait pas s'il n'avait pas gâché toutes ses chances de le faire. Pourtant, elle se détendit, écoutant ce que ses potes pouvaient bien avoir envie de lui dire. Il conclut que son odeur ne la gênait pas tant que ça quand elle resta proche de lui. A aucun moment, elle ne les rabroua, même s'ils étaient un peu lourds, même si les questions étaient gênantes.

Elle ne répondait pas vraiment pour autant, et bien souvent c'est lui qui formulait une réponse à leur encontre. Ils ne semblaient pas s'en vexer pour autant mais ils n'étaient sans doute pas assez lucides pour y faire vraiment attention. Il prit le verre de bière qu'on lui tendait et se dit que c'était sans doute plus raisonnable que le whisky. Quand il posa le verre devant lui, elle hésita un instant avant de diriger sa main vers le verre pour le diriger vers ses lèvres.

— Je peux aller t'en chercher un si tu veux.

— Non, c'est bon.

Elle se contenta d'une gorgée du liquide avant de reposer le verre sur la table. Comme quoi, il ne savait vraiment rien d'elle. Peut-être qu'Emile avait raison et qu'il avait été arrogant en affirmant qu'il la connaissait. Il ne 'aurait jamais imaginé boire de la bière mais, en même temps, il avait du mal à l'imaginer autrement que plongée dans un livre de physique quantique ou allongée sous les étoiles. Il y avait quelque chose d'excitant à ne pas la connaître entièrement, à savoir qu'il restait du mystère, de la surprise. Il espérait juste ne pas être un livre ouvert pour elle.

Ses lèvres étaient à présent mouillées et il allait finir par fondre dessus sans se poser plus de questions s'il continuait à les regarder. Il prit une nouvelle gorgée pour éviter de céder à ses pulsions. Ce n'était ni l'endroit ni le moment. Mais sur le chemin du retour...

Blue BlurredOù les histoires vivent. Découvrez maintenant