Bon, vous le savez quand je suis en période écriture, j'écris pas mal à la suite. Donc vous avez déjà un nouveau chapitre !
61. Exclusivité
Emile ne l'avait pas frappé. Il avait été à deux doigts de le faire quand il avait insisté une nouvelle fois qu'il comptait rester et qu'il s'en foutait de ce qu'il pouvait bien en penser. Il avait shooté plus fort dans une bouteille de bière qui était allée s'écraser dans le caniveau dans un bruit assourdissant de verre brisé. Avant de reprendre une inspiration et de rentrer chez lui. Le frère d'Alice n'avait pas résisté à une dernière menace avant de s'en aller, comme si ça lui permettait de garder un minimum de contenance.
— Je te le redis, même si je sais que ça n'entre que dans une oreille et que ça ressort immédiatement par l'autre. Je ne peux peut-être rien faire, là, mais le jour où tu lui fais du mal, prépare ta carte vitale, appelle ta mutuelle, parce que crois-moi ce n'est pas un aller à la pharmacie qui va te suffire pour ce que je te ferais.
Milan hocha la tête, le regardant partir dans le sens inverse avant de souffler et de se diriger vers la bouche de métro la plus proche. La fatigue le prit alors que la pression redescendait d'un cran. Il n'était pas très tard mais les allers-retours en train, sa vigilance constante et, maintenant, cette confrontation avec Emile ne l'aidaient pas à tenir la distance. Pendant les quinze minutes de trajet, il appuya sa tête contre la vitre du train en repensant à ses deux jours. Emile avait raison, ça aurait pu tourner en catastrophe. Il n'avait rien fait dans l'ordre, lui avait fait perdre tous ses repères et lui avait demandé, en silence, de lui faire confiance. Il avait essayé d'être plus communicatif et de lui dire les choses pour ne pas l'abandonner dans un flou total mais il n'était pas doué pour ça. Il comprenait pourquoi Emile était sur la défensive. Il avait eu peur.
C'est pourtant le sourire aux lèvres qu'il rentra chez lui. Les bons moments remontaient à la surface avec les calanques en décor. Il aurait sans doute dû se jeter dans le bain bien avant, pas forcément comme ça, mais faire un réel premier pas. Il avait été si effrayé de tout perdre qu'il avait reculé, encore et encore. Au final, il avait surtout perdu du temps. La seule pensée qui ne le faisait pas regretter d'avoir attendu était que c'était sans doute le bon moment pour que ça arrive.
— Donc tu pars en week-end sur un coup de tête et, en plus de ça, tu emmènes Alice avec toi ? Tu voulais signer ton arrêt de mort ou bien ?
Il n'avait pas claqué la porte d'entrée qu'Evan était déjà sur son dos. Evidemment, son meilleur ami était venu à l'appart pour l'attendre mais il n'allait pas lui gâcher sa bonne humeur. Ça s'était trop bien passé pour que ce soit possible.
— J'avais besoin de repos, et de vacances.
— C'était bien au moins ?
— Oui.
— Donc vous êtes ensemble ?
Milan ouvrit son sac de voyage sur le canapé pour en ressortir ses affaires afin de les ranger. S'il ne le faisait pas maintenant, le sac allait rester dans un coin de sa chambre pour le reste de la semaine. Il prit du temps, triant son linge avant de répondre à la question d'Evan qui s'impatientait. Son meilleur ami avait cet espoir dans les yeux, un début de sourire au coin des lèvres et ça l'agaçait déjà.
— Je ne sais pas ce qu'on est. Je ne suis pas sûr de vouloir définir ce qu'on est. Je sais juste qu'on est bien quand on est tous les deux, ça devrait suffire, non ?
— Donc relation exclusive etcetera ?
— C'est bon... Fous-toi de ma gueule, tu en meurs d'envie.
Il était vanné et n'avait pas envie de se battre pour quelque chose d'aussi puéril. Son meilleur ami avait attendu ça depuis des années, il pouvait bien mettre sa fierté dans le placard pour quelques instants. Si seulement ça pouvait durer seulement quelques instants... Evan allait lui faire vivre l'enfer pendant des mois. C'était le prix à payer. Depuis qu'il avait posé les yeux sur Alice, son rythme d'aventures avait radicalement changé. Il avait bien couché avec des filles depuis, ressenti du désir même. Il avait voulu en ramener plus d'une dans son lit, mais dès que la jeune fille se mettait sur son passage, d'une manière ou d'une autre, ça lui coupait son plaisir. Ça passerait peut-être, peut-être que ça serait éphémère mais il savait qu'il devait essayer de se poser et de voir ce que ça donnerait. Malgré tout ce qu'il avait pu dire sur les relations exclusives, tant qu'Alice le comblait, ça lui suffisait.
— Je te dirais bien un petit « je te l'avais dit » mais au final je n'en ai même pas besoin pour me réjouir de la situation. Il est bien loin le temps où tu te moquais de nous parce qu'on voulait rester avec une seule meuf à la fois et que tu ne voyais que des inconvénients à cette situation. Vu comment ça te travaille, je pense que la punition est déjà assez grande.
— Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
— Et tu étais un sacré imbécile avant, Milan.
Il leva les yeux au ciel mais il ne le contredit pas. Il n'était pas le mec le plus intelligent, et il avait peut-être jugé un peu trop rapidement ses potes. Il se rendait bien compte à présent qu'on ne choisissait pas vraiment la situation.
— Donc je peux commencer à organiser des rencards à quatre ? Toi, Alice, Carole et moi ?
Si Milan avait été en train de manger, il aurait avalé de travers. A la place, il fusilla son meilleur ami du regard. Ce dernier éclata de rire devant sa mine déconfite avant de lui mettre un coup amical à l'épaule.
— Je rigole, mec. Mais je ne suis pas sûr que Carole ne va pas y penser sérieusement, elle. Après tout, Alice est sa meilleure amie. C'est presque trop parfait pour être vrai.
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Blue Blurred
RomanceAlice est une fille à part, détestée des trois quarts des personnes qu'elle connaît. Milan est un coureur de jupons, une fille différente chaque samedi soir. Tous les clichés commencent comme cela. Et pourtant, c'est leur histoire.
