46. Synesthésie

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Quand mon humeur n'est pas au plus haut, j'ai généralement une boulimie d'écriture. Alors autant vous en faire profiter ! ♥

- Ça te ferait moins rire si tu connaissais la réelle signification de ce surnom.

Aurore s'installa entre eux deux, sans même demander la permission. Ils bougèrent chacun de leur côté pour lui laisser la place de s'asseoir. Elle chuchota, comme si elle avait peur qu'on puisse entendre ce qu'elle avait à leur dire.

- Vous êtes en médecine, non ?

Evan hocha la tête, l'incitant à continuer tandis que son meilleur ami se demandait quel lien ça pouvait bien avoir avec le fait qu'Alice surnomme son frère zéro.

- Est-ce que vous avez déjà entendu parler de synesthésie ?

- Le fait d'associer des couleurs à des lettres ?

Il avait bien dû lire un article lors de ses recherches annexes au cours de neurologie. Il y avait également lu que les personnes autistes étaient y étaient plus sujettes.

- C'est une sorte de synesthésie. La plus courante. Mais il y en a plein d'autres. Voir la musique en couleur par exemple. Pour Alice, on parle de « synesthésie de personnification ordinale », c'est un peu barbare, mais en clair les nombres représentent des personnalités.

Milan regardait devant lui sans rien fixer en particulier. Il réalisait encore une fois que non seulement Aurore en savait beaucoup plus que lui mais que, surtout, elle se préoccupait vraiment d'Aurore. On ne retenait pas un tel nom si on ne s'était pas un minimum intéressé au sujet.

Ce n'était pas vraiment étonnant de la part d'Alice, quand on y réfléchissait un minimum. Elle semblait tout de même plus branchée mathématiques que peinture. Il n'arrivait toujours pas à bien saisir comment elle voyait le monde et sans doute qu'il ne le pourrait jamais complètement, malgré toute sa bonne volonté. Ça le frustrait. Mais au moins il comprenait un peu ce qu'Alice pouvait ressentir quand elle se heurtait à son monde et en quelque sorte ça faisait sens.

- Alice a toujours eu un rapport particulier avec les chiffres. Petite, elle avait tendance à en décider partout, sous toutes les formes. C'était toujours un chiffre qui lui venait en tête quand elle pensait à quelqu'un. On a finalement compris que ça dépassait notre seule interprétation mathématique. Par exemple, pour elle, le cinq, c'est la superficialité. Si Alice te désigne une personne par le chiffre cinq, tu sauras à quoi t'en tenir. Bref, pour en revenir à Emile, petit, il était vexé quand elle le surnommait zéro à tout va.

- Tu m'étonnes !

Il n'avait pas pu s'en empêcher. L'idée d'un mini Emile boudeur après que sa petite sœur l'ait appelé zéro était bien trop réjouissante.

- Mais il a fini par comprendre qu'elle l'appelait comme ça parce qu'il est l'origine. Personne d'autre qu'Emile n'est représenté par le zéro.

- Et les autres ?

- Son cercle proche c'est le « un ». L'unité.

A quel moment pouvait-on commencer à souhaiter qu'une personne voit en nous le chiffre un ? La réponse semblait être maintenant pour Milan.

Ils ne purent continuer leur conversation, Alice rentra de nouveau dans la pièce. Elle vint vers Milan pour lui redonner son téléphone et regarda un instant la proximité entre Aurore et le jeune homme avant de retourner vers les filles pour danser. Elle ne s'excusa pas pour l'interruption, elle se contenta de reprendre les mouvements là où elle s'était arrêtée et demanda au groupe scientifique de nouvelles questions.

Milan resserra un instant le portable dans sa main avant de le poser à côté de lui. Ni Evan ni Aurore ne manquèrent le geste.

- Tu es vraiment mal barré.

Et c'était vrai, il était plus que mal barré. Il était engagé dans quelque chose qui le dépassait. Malgré tout, il n'avait pas l'envie d'en sortir, bien au contraire.

- Tu comptes la baiser ce soir ?

Aurore fit les yeux ronds en direction d'Evan tandis que ce dernier était pris par un fou rire. Milan lui jeta un regard noir, comprenant que le plaisir que semblait ressentir son meilleur ami à cet instant était lié à la vengeance. Une vengeance qui se mangeait froide.

- Va fumer. Et crève sous les roues d'une voiture tant qu'à faire.

- Cela n'est pas très sympa, Milan Delacroix.

La jeune blonde les regardait à présent tous les deux sans rien comprendre, comme si elle assistait à un match de tennis sans en connaître les règles.

- On m'explique ?

- Rien.

- Je suis trop blonde, je ne peux pas comprendre, c'est ça ?

- Evan se venge, c'est tout. Et il y prend un malin plaisir ce petit con. En parlant de fumer...

Milan chercha dans ses affaires son paquet de cigarette, tout cette situation le mettait mal à l'aise. Il avait besoin de se détendre. Ces dernières semaines, Evan avait été sur son dos, à essayer de comprendre et maintenant qu'il avait saisi il n'allait certainement pas le lâcher.

- Tu sais qu'Alice n'aime pas la fumée de cigarette ?

- Je ne vais pas arrêter de fumer pour une fille. Il y a des limites.

Il prit le téléphone avec lui, le brandit vers le haut pour qu'Alice remarque qu'il l'avait sur lui. Il plaça la clope entre ses lèvres pour qu'elle comprenne qu'il allait juste fumer. Et sortit, Evan à sa suite. Milan s'adossa au mur, tirant taffe sur taffe pour retrouver un semblant de calme. Il attendait que son meilleur ami parle en premier, il savait très bien qu'il ne résisterait pas.

- Je pensais vraiment que j'allais marquer d'une croix sur mon calendrier le jour où ça arriverait. C'est presque comme si je surprenais le vrai Père Noël dans ma cheminée. Mais en fait, je suis juste content pour toi.

- Tu as plutôt été en colère ces derniers temps, je te rappelle.

Evan soupira. Il avait eu une bonne raison de ne pas être de très bonne humeur avec lui.

- Et moi je te rappelle que tu as fait n'importe quoi. Tu ne nous parles jamais, tu disparais sans donner de nouvelles, tu te bas, tu bois comme un trou. Merde, Milan, je n'étais pas en colère contre toi, je m'inquiétais c'est tout. Mais si tu es sûr de toi, alors évidemment que je suis heureux. Tu sais très bien que quoi que tu fasses, je serais là, n'est-ce pas ?

Milan hocha de la tête comme pour clore cette discussion qui le gênait bien trop. Les déclarations, ce n'était pas son truc. 

Blue BlurredOù les histoires vivent. Découvrez maintenant