Comme quoi il faut croire aux miracles !
Nouvelle partie de BB ! La réécriture et correction de Nos Musiques étant terminées, je me remets à l'écriture pure. Evidemment, je vais quand même prendre du temps pour l'envoi de NM aux maisons d'édition mais on peut considérer que je suis repartie dans un cycle d'écriture. J'espère que ça vous fait plaisir.
Merci, encore et encore, de suivre cette histoire, même si la dernière mise à jour était en juillet 2018, BB reçoit des likes et des commentaires chaque jour et c'est dingue pour moi.
59. L'astragale de Marseille
Ils remontèrent le chemin qu'ils avaient emprunté un peu plus tôt dans la journée en parlant de la formation particulière des calanques. Milan avait leurs sacs à l'épaule, un sourire aux lèvres et ne se lassait pas d'entendre la voix chantante d'Alice dans ses oreilles. Si la plupart du temps, son ton était monotone, voire froid, quand elle parlait d'un sujet qui la passionnait, ses notes se faisaient plus aigües, ou plus basses, et il appréciait la couleur.
— C'est un phénomène karstique. On a tendance à vulgariser le terme mais, ça concerne essentiellement des roches carbonatées, en l'occurrence le calcaire comme ici. Le paysage est donc façonné par des formes de corrosion de surface et le développement de cavités creusées par les circulations d'eaux souterraines. C'est pour ça qu'on trouve des grottes dans les calanques.
Il posait des questions, hochait la tête, fronçait des sourcils quand ça allait trop loin pour lui mais souriait parce qu'elle faisait vraiment des efforts. Elle ne se plaignit pas quand il accéléra pour ne pas arriver trop tard sur Marseille. Il avait peur de devoir courir pour avoir leur train de retour et il préférait éviter ce stress. Il essayait de suivre les balises tout en écoutant Alice lui parlait des différentes espèces de végétaux.
— Tu as étudié les calanques en cours ?
Il ne voyait pas très bien comment elle pouvait connaître autant de choses sur les calanques autrement. La question était personnelle et directe, une première pour le jeune homme qui, au lieu de la confronter, avait préféré se renseigner. Il connaissait son emploi du temps et savait, par exemple, qu'elle visait le master « Physique fondamentale et applications ». Ce n'était pas étonnant, elle était passionnée par l'univers.
— Hum. Tu vois, l'astragale, c'est un parfait exemple de la résistance aux conditions extrêmes. Elle résiste à la fois à la sécheresse et au sel.
Elle était en train de lui montrer un petit buisson en forme de boule qui cachait des épines et qui poussait sur un rocher. Milan n'était pas dupe. Il avait très bien compris qu'elle détournait la discussion pour ne pas répondre à sa question. « Il paraît que les calanques, c'est joli. » Sa réponse lui revint en tête, tout comme les cahiers ouverts à terre. Les images se succédèrent, lui rappelant les dessins crayonnés à la va-vite autour des équations. Il n'y avait pas prêté attention sur le moment parce que c'était dans l'habitude d'Alice de gribouiller quand elle faisait des opérations. Ses brouillons étaient toujours un véritable bordel de chiffres, lettres et dessins en tout genres. Maintenant qu'il y repensait, il comprenait qu'en se levant, en plein milieu de la nuit, elle n'avait pas seulement fait des mathématiques mais bien des recherches sur la région. Il sourit en l'imaginant lire des dizaines d'articles scientifiques sur les environs, juste pour être sûre d'être prête en toutes circonstances.
Ils attrapèrent de justesse le bus qui les ramenait vers Marseille. Milan soupira d'aise en s'asseyant et Alice se concentra sur les mouvements de sa pomme d'Adam un instant avant de détourner le regard vers la vitre et d'admirer le paysage. Ils repassèrent rapidement à l'hôtel pour récupérer leurs affaires. Ils avaient rendu la chambre le matin même mais la réception avait des casiers pour garder leurs sacs et, ainsi, ne pas être encombrés. Ils avaient donc une petite demi-heure en gare avant le départ de leur train, ce qui leur permit d'acheter de quoi grignoter et de ne pas arriver le ventre vide à Paris.
Comme à l'aller, le trajet se fit en musique et Alice s'endormit. Il était fatigué, lui aussi, mais la bulle dans laquelle il avait été tout le week-end était sur le point d'exploser. Il était toujours dans cet état d'accalmie et ça le rassurait de l'observer dormir à côté de lui mais il n'était pas inconscient. Dans trois heures, ils seraient sur Paris et le retour à la réalité allait le frapper en plein fouet. Cette escapade l'avait fait avancer, en passant plusieurs étapes en même temps, mais il avait peur d'à nouveau reculer une fois de retour à la capitale.
Il passa le trajet à se demander quelle serait la réaction d'Emile. Il savait qu'il venait de gagner des points auprès d'Alice et que ça allait jouer en sa faveur. Il avait juste peur que son frère pète un câble et ne se contrôle pas. C'était une possibilité, il avait emmené sa sœur, très loin de lui, tout un week-end, sur un coup de tête. Il devait être furieux, lui qui aimait tout gérer. La confrontation n'allait pas être une partie de plaisir.
Arrivés à Paris, il ne perdit pas de temps pour ramener Alice chez elle. Il n'était que vingt heures mais il avait des cours à rattraper, et c'était mieux qu'elle rentre chez elle avant qu'Emile ne lance un avis de recherche à son encontre. Pour autant, c'était difficile de la quitter, comme ça, en bas de son immeuble. Elle n'avait pas dit un mot depuis la gare, se contentant d'avancer à ses côtés. Il voyait bien qu'elle ne savait pas quoi faire et que la situation n'était pas simple. Elle devait avoir mille questions en tête et il décida qu'il pouvait bien répondre au moins à l'une d'entre elles. Il s'approcha, en essayant de ne pas paraître brusque, releva son menton vers lui à l'aide de ses doigts, plongea son regard dans le sien pour qu'il soit certain qu'elle savait ce qu'il faisait, avant d'effleurer de nouveau ses lèvres. Ça l'avait obsédé toute la journée, depuis qu'il y avait gouté. Ses lèvres étaient douces, et il ne chercha pas à approfondir le baiser pour ne pas la perdre. Il aurait dû dire quelque chose, mettre en mots ce qu'il pensait, c'était ce dont elle avait besoin mais il n'y arrivait pas. Il n'était pas doué pour ça.
— Tu devrais rentrer maintenant. Histoire qu'ils ne s'inquiètent pas trop.
Elle sondait ses yeux alors qu'il s'était déjà reculé quand la porte de l'immeuble claqua derrière eux. Un Emile agacé fit son apparition et s'adossa à la porte d'entrée comme s'il attendait. Ça ramena Milan à plusieurs semaines en arrière, lors de sa première rencontre avec Alice, sauf que son frère était nettement plus à cran que ce jour-là et il n'y avait aucune de ses conquêtes qui fuyait en larmes.
VOUS LISEZ
Blue Blurred
CintaAlice est une fille à part, détestée des trois quarts des personnes qu'elle connaît. Milan est un coureur de jupons, une fille différente chaque samedi soir. Tous les clichés commencent comme cela. Et pourtant, c'est leur histoire.
