43. Houblon, Emile et Flux corporels

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Hello les petits loups ! Je n'ai pas du tout écrit cette semaine mais j'avais quasiment ce chapitre d'écrit depuis dimanche dernier, je pensais en réalité ne pas l'avoir fini #shameonme et j'avais pas la foi de le reprendre. J'ai juste rajouté quelques mots mais ça reste du premier jet ! Je suis assez fan de ce titre, j'espère que vous aussi ! Bonne lecture ! (Et j'ai dépassé les 50 000 mots avec BB, ce qui est une bonne étape de franchie !)

Milan s'énervait tout seul, alors qu'il marchait dans la rue pour rentrer chez lui. Le visage hilare d'Emile l'obsédait. Dommage que les salles de boxe ne soient pas ouvertes à cette heure-ci, il aurait bien eu besoin de taper dans un ou deux sacs de sable en imaginant la face de ce connard. L'idée d'enfiler son jogging pour aller courir lui traversa un instant l'esprit avant qu'il ne se rappelle qu'il avait un match le lendemain et qu'il ne valait donc mieux pas s'abîmer. Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui manquait.

A la place, il se saisit de son portable, se retenant de le jeter contre un mur alors qu'il shootait dans une cannette de bière laissée au sol. Il aurait mieux fait de la ramasser pour la jeter, ça au moins ça aurait été productif. Mais on ne pouvait pas vraiment dire que c'était la raison qui dominait.

« On peut se voir ? »

Il se fit l'effet d'un adolescent durant les minutes qui suivirent, à checker son téléphone toutes les cinq secondes pour voir s'il n'avait pas de réponse. Si cette dernière ne tarda pas, il lui parut tout de même une éternité avant que le voyant de son portable ne s'allume enfin.

« Maintenant ? »

Non demain, la semaine prochaine, dans un an. Bien sûr, maintenant. Il se reprit avant de laisser la colère dicter ses mots. Ce n'était pas la bonne stratégie, il devait juste souffler un peu avant de taper son message.

« Oui. Enfin... si tu peux ! »

Le « OK » qui suivit fut bien plus libérateur que n'importe quel autre mot. Alice renvoya un autre message en lui expliquant qu'il pouvait venir jusqu'à chez elle, qu'il y avait un stade pas loin où ils pourraient se poser tranquillement. La simplicité de leur échange lui décocha un sourire et fit redescendre la pression.

A l'aide de Google Maps, il s'aperçut qu'il ne se trouvait pas si loin de la maison des Jacob et que c'était sans doute pour ça qu'il venait de croiser Emile. Il ne pensa pas aux conséquences qui pourraient survenir si ce dernier découvrait qu'il se dirigeait vers chez lui pour passer du temps avec sa sœur. A ce stade, Milan n'en avait tout simplement plus rien à faire.

Alice l'attendait contre le mur de son immeuble. Les bras croisés, elle regardait au loin, perdue dans ses pensées. Le jeune homme ne savait pas comment il devait réagir pour la saluer, et se contenta d'un simple signe de la main. Elle hocha la tête, bredouilla un vague salut et se mit à marcher, sans doute pour rejoindre le stade. Il prit sa suite en silence sans que ça ne le dérange pour autant.

Ils entrèrent dans l'enceinte sportive par une grille qui devait rester ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Alice s'allongea sur l'herbe et il l'imita comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Il faisait beau et il avait besoin de se poser. Le peu d'alcool qu'il avait ingurgité commençait à lui monter à la tête, pas assez pour l'assommer mais suffisamment pour être désagréable. La position horizontale ne pourrait que lui faire du bien.

- Tu as bu combien de bières ?

Il tourna la tête, surpris, vers Alice qui regardait le ciel. Elle était belle, comme ça, les cheveux étalés sur l'herbe, les yeux analysant les constellations.

- Pas beaucoup, seulement trois.

- Tu sens le houblon.

Il n'était pas sûr que ce soit une bonne chose mais, ce soir, il n'analyserait pas les paroles d'Alice. Il se contenterait de les entendre et d'y répondre. Ce qui était déjà pas mal, en soit.

- Et le parfum d'Emile.

Il sursauta. Il ne s'était pas attendu à être imprégné de l'odeur de Jacob et encore moins qu'Alice le perçoive. Elle fronçait les sourcils, comme si elle cherchait à comprendre comment c'était possible.

- Disons qu'on s'est rencontré, un peu plus tôt dans la soirée.

Elle détourna les yeux des astres pour l'observer. Après une minute de contemplation silencieuse, elle reprit la parole.

- Moins de bleus que la dernière fois, vous progressez.

Il ne savait s'il devait en rire, ou être plutôt amer face à cette réaction inattendue. Il choisit de ne pas faire de commentaires. Ça ne servait à rien. Alice savait déjà que son frère et lui ne s'entendaient pas et ce n'était pas parce qu'il assumait à présent ses sentiments pour la jeune fille que ça allait s'arranger.

- On finira bien par s'embrasser, un jour.

Les mots étaient sortis de sa bouche sans qu'il ne les contrôle. Inquiet qu'elle ne prenne au premier degré ses paroles, il s'apprêtait à rectifier le tir quand elle lui demanda d'elle-même, si c'était une plaisanterie.

- Oui, je blaguais. Je n'ai même pas envie de savoir ce que ça fait d'échanger des flux corporels avec ton frère.

En réalité, il était beaucoup plus motivé pour le faire avec l'autre moitié de la fratrie. Mais il ne voulait pas brusquer les choses et tout foutre en l'air. Même si les trois pintes qu'il avait bu en début de soir avaient un léger effet désinhibant, il avait encore toutes ses capacités. Une phrase qu'il avait lu sur un blog spécialisé sur l'autisme lui revint en tête : « Si les messages transmis lors d'une conversation ne sont pas suffisamment clairs au niveau verbal, certains ne se rendent d'ailleurs même pas compte que la personne en face est en train de draguer ou de tenter de séduire. ».

Le problème était qu'il avait toujours dragué de manière implicite. Il se voyait mal annoncer noir sur blanc ce qu'il ressentait à Alice. Et c'était pour ça que ça allait prendre du temps, il allait falloir dépasser cette barrière de la communication non verbale, et mettre des mots sur ce qu'il ressentait, sans réussir à la faire fuir entre temps. Tout un programme.

- Vous vous ressemblez beaucoup.

- Qui ?

- Emile et toi.

Il ne pouvait pas réfuter cet état de fait mais ça lui faisait tout de même bizarre de l'entendre dans la bouche d'Alice. Il n'arrivait pas à bien le prendre. Il savait pourtant à quel point elle estimait son frère, mais il était conscient qu'elle savait comment son frère se comportait avec ses copines et il n'avait pas envie qu'elle fasse un tel lien entre eux. Pour la première fois de sa vie, il aurait voulu être différent, être plus comme Evan et ne pas se traîner cette réputation de coureurs de jupon.

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