54. Cathédrale de la Major

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Et parce que je suis d'une bonté extrême (geeeenre) voici le troisième chapitre de la journée (ok techniquement le deuxième si on se dit qu'on est le 19)


Une fois le déjeuner payé, ils reprirent leur ballade dans les ruelles marseillaises, visitèrent la Vieille Charité, ancien hospice du deuxième arrondissement et retournèrent vers le port. En redescendant les rues, ils tombèrent sur la cathédrale, adossée à la mer. Il était encore tôt et elle était ouverte.

Sans qu'il ne s'explique pourquoi, Milan en prit la direction. Il n'avait jamais été religieux, ses parents non plus. Il n'avait jamais cru qu'on puisse suivre un livre à la lettre, à l'aveugle mais il avait toujours aimé ce genre de monuments. C'était grand et ça suffisait à le rendre petit. C'était sans doute bizarre qu'il aime cette sensation mais, dans un sens, ça lui faisait relativiser sa place dans l'univers. Il avait alors l'impression que sa vie n'était plus si importante que ça et que, par conséquent, qu'importe le chemin qu'il prendrait, cela n'aurait pas un grand impact. Il pouvait bien en fait ce qu'il voulait. Dans un sens, ça le libérait d'une pression que la société avait tendant à lui mettre sur les épaules.

Il s'assura qu'Alice le suivait bien avant d'entrer dans le bâtiment. Il ne savait pas ce que la jeune fille pensait de la religion mais il était quasi certain qu'elle n'y croyait pas un mot non plus. Pour elle, ça ne devait être que pure invention.

- On ne devrait pas être là.

Il s'arrêta en plein milieu de l'allée pour se retourner vers elle alors qu'elle venait de lui chuchoter ces quelques mots. Il se serait attendu à ce qu'elle parle de son ton de voix habituel, elle qui n'était pas du genre à prendre des précautions. Il ne pensait pas qu'elle puisse avoir conscience de ce que ce lieu impliquait.

Alors qu'elle avait réussi à se calmer au fil des ruelles et du street art, l'anxiété était à présent de retour sur son visage. Ok. La cathédrale n'était sans doute pas une bonne idée.

- On ne devrait pas être là. Ce lieu est réservé. Milan.

Elle n'utilisait jamais son prénom. Jamais. C'était comme si elle parlait à n'importe qui, tout le temps, bien qu'il sache pertinemment que ça lui était adressé. Le fait qu'elle dise son nom, là maintenant, lui fit comprendre que c'était sérieux. Plus que sur le Vieux Port, plus qu'après le concours de danse, plus que n'importe quel contact physique involontaire. Il aurait aimé que ce soit dans d'autres circonstances qu'elle prononce son nom mais c'était Alice. Il tenta tout de même de la rassurer.

- Mais non, je t'assure, on peut la visiter.

- C'est pour les croyants.

Elle avait dû prendre à la lettre l'affiche qui était sur la porte de la cathédrale, ce qui n'était pas étonnant de sa part. Alice ne fonctionnait qu'au premier degré. Toutes les autres couches lui étaient inconnues.

Depuis qu'il savait pour Alice, il avait fait pas mal de recherches sur le sujet. Il s'était rendu compte qu'au final il n'avait que de maigres connaissances et qu'il allait devoir s'améliorer. Il ne s'était jamais autant intéressé à un cas avant de rencontrer le sien. Au début, ça lui avait même posé un problème de conscience. Alice voulait tout sauf être traitée comme un cobaye ou quelqu'un de différent, et il n'avait pas envie qu'elle ressente ça à cause de ses recherches. Mais pour la première fois de sa vie, il était curieux à propos de quelqu'un et il ne pouvait pas non plus laisser passer ça.

Il avait donc passé des soirées à écumer différents sites. Il n'osait pas vraiment lui en parler parce qu'il ne savait pas encore à quel point elle était à l'aise pour parler sur le sujet. Il ne savait même pas si ça lui arrivait d'en parler d'elle-même. Il voulait juste être sûr de ne pas faire d'erreurs, de ne pas la brusquer pour de bon, de perdre toute chance. Ce n'était sans doute pas la bonne méthode, tout jusque-là lui avait prouvé qu'il devait le faire au feeling mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

Il avait de toute façon compris qu'il en ferait, des erreurs. Il n'y avait pas un seul spectre autistique.

- Alice, je t'assure qu'on peut visiter. Il n'y a pas d'office pour le moment.

- J'ai pas envie.

Milan se retint de souffler avant de finalement se diriger vers la sortie. Il ne voulait pas s'énerver et pour une fois qu'elle exprimait son avis par une envie, il ne pouvait pas ne pas le prendre en considération. Après tout, il avait toute une vie pour visiter cette cathédrale. Au fond, ce n'était pas bien important.

Il marcha jusqu'à la mer, juste en face de la cathédrale pour prendre l'air. Il savait qu'il ne pouvait pas réagir brusquement, et que c'était stupide. Au fond, la visite n'avait pas d'importance, non ce qui l'irritait c'est qu'il aurait voulu être capable de lui faire changer d'avis et de perspectives. Sauf qu'il n'avait pas ce pouvoir-là et qu'il ne devrait même pas en avoir enfin, en réalité. Il ne fallait pas qu'il commence à vouloir la changer. Il était tombé amoureux d'elle, telle qu'elle l'était là et c'était sur ça qu'il fallait se concentrer. Même s'il avait bien conscience que c'était plus complexe qu'une simple envie de changement. Il voulait juste avoir une preuve que son opinion comptait pour Alice.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il comprenait un peu plus Emile à présent. C'était un bon grand frère, au fond. Il avait juste été dépassé par cet être, un peu étrange, qui était apparu dans sa vie alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Il était clair qu'il n'avait pas été préparé à ça. En réalité, personne n'était préparé à ça. Aurore avait beau lui avoir rapidement raconté comment ça c'était passé, il n'en savait pas plus sur leur enfance, ni sur comment la famille avait réagi à la nouvelle. Sans doute parce qu'elle était elle-même un bébé à l'époque.

Il sentait sa présence à ses côtés mais elle ne disait plus rien. Ils allèrent acheter des sandwichs avant de se poser sur un petit muret, en attendant le coucher du soleil. Milan ne savait pas si Alice étant en train de calculer la trajectoire de l'astre, ou à quelle heure exactement il allait disparaître derrière l'horizon mais en tout cas elle était concentrée sur l'image. Et, en quelque sorte, cela la rendait normale. A part bien sûr que n'importe quelle autre fille qui se serait retrouvée là, à côté de lui, à regarder le coucher du soleil, aurait fini dans ses bras. Alice, elle, était appuyée contre le renforcement, creusant l'écart entre eux, sans que ça ne lui pose réellement problème.

Blue BlurredOù les histoires vivent. Découvrez maintenant