49. La provocation de trop

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Vous me pardonnez les 2 mois d'absence avec ce troisième chapitre en quelques heures seulement ? Allez profitez !

Comme prévu, la soirée se passa lentement et il n'y eut pas vraiment de rebondissements. Milan restait tout de même aux aguets, déjà parce que toute la famille d'Alice était à ses côtés et que, pour la première fois de sa vie, il ne voulait pas faire mauvaise impression, mais aussi parce qu'il ne voulait pas perturber Alice qui, de temps en temps, jeter des coups d'œil dans sa direction.

Les questions s'enchaînaient et, pour l'instant, de toutes celles auxquelles elle avait répondu, la jeune fille ne s'était pas trompée. Elle avait ainsi amené un nombre conséquent de points à son équipe et même si leurs adversaires n'étaient pas mauvais, ils finirent par être annoncés gagnants.

Milan n'avait pas réfléchi à ce qu'il allait se passer ensuite, surtout avec sa famille présente ici. Il se sentait soudainement en trop, ne trouvant pas sa place dans cette assemblée. Il se leva pour aller dire à Alice qu'il n'allait pas s'éterniser. Il ne voulait pas partir sans lui avoir parler.

Emile le coinça avant qu'il ne puisse s'approcher d'Alice, à mi-chemin entre l'estrade et leurs places. Les parents de ce dernier étaient restés en retrait et ne pouvaient pas les entendre d'ici. Milan comprit d'un coup d'œil qu'il n'avait cependant pas envie de le taper – après tout, si ses parents ne pouvaient pas les entendre, ils pouvaient toujours les voir – mais de lui parler. Et vu son air sérieux, il savait qu'il n'allait pas apprécier ce moment.

- Je ne vais pas aller par quatre chemins, ni te mentir. Je n'ai pas vraiment aimé que tu t'introduises dans sa vie.

- Ah non ? Vraiment ?

Il était une vraie tête à claques et il pouvait voir qu'Emile se retenait de lui en mettre une. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Le jeune homme l'avait quand même tapé devant des dizaines d'étudiants, il n'y avait pas plus clair comme message. C'était limpide, même. Il aurait fallu être vraiment stupide pour ne pas le comprendre.

- Tu veux bien arrête de faire l'idiot deux secondes ? Ça ne te va vraiment pas. Bref, crois-moi je n'ai pas envie de cette discussion non plus, je m'en passerais autant que toi mais elle me semble nécessaire. Je n'ai pas aimé que tu t'introduises dans sa vie car, quoiqu'on puisse dire, Alice peut rapidement s'attacher et je ne voulais pas que ça arrive avec toi car tu n'es pas franchement le gars parfait pour ça.

Il s'arrêta un instant pour réfléchir à ce qu'il était en train de dire, plus que pour souffler. Apparemment, cette discussion lui coûtait réellement mais il voulait tout de même trouver les bons mots, sans doute pour ne pas s'embrouiller pour rien. Un seul mot de travers et leur conversation risquait de glisser sur la mauvaise pente.

- Il s'avère que tu t'accroches et je ne sais pas trop quoi en penser. Comme disent mes parents, Alice semble en effet bien t'apprécier. Alors je ne vais pas te menacer de nouveau, je ne vais pas te demander de sortir de sa vie, je vais juste te mettre en garde. Si tu lui fais du mal, je peux te jurer que je te ferais vivre l'enfer et ta provocation à deux balles ne pourra pas te sortir de ce faux pas, cette fois-ci. Réfléchis-bien à ce que je suis en train de te dire. On ne tente pas le diable quand on ne connaît pas l'enfer. Alice est fragile, et il est hors de question que tu la brises. Quoi que Nate, Carole, ou quiconque puisse dire à ton sujet, rien ne pourra me faire changer d'avis. Parce que tu vois, de toutes les personnes de son entourage, je suis la seule qui sait exactement ce qui est en train de se passer. Comme tu l'as très bien dit toi-même, je ne vaux pas mieux que toi. De ce fait, je suis le mieux placé pour savoir comment tu penses, et je ne te laisserais pas te comporter ainsi avec Alice.

Milan avait serré les dents, à défaut de serrer les poings. Il ne voulait pas lui montrer à quel point les mots d'Emile pouvaient l'énerver.

- Et tu penses qu'ils en disent quoi les grands frères des filles que tu jettes ?

- La différence, Milan, c'est qu'aucun d'entre eux n'est venu me menacer de toucher à ma gueule d'ange.

Et c'était sans doute vrai. On ne s'attaquait pas à quelqu'un comme Emile, même quand on avait toutes les raisons du monde de lui casser la gueule. Et puis, toutes les filles n'allaient pas pleurer sur l'épaule de leur frère. Après tout, Emile était le premier grand-frère qui venait directement le menacer. Mais la situation était différente. Alice n'avait pas besoin d'aller pleurer dans ses jupes pour qu'il rapplique.

- Voilà, c'est tout. Juste pour te dire que je te garde à l'œil. Alors fais gaffe à ce que tu pourrais faire. Parce que je ne te louperais pas.

Milan devrait la fermer, il le savait. Mais il ne pouvait pas laisser Emile le mettre ainsi en garde sans réagir. Alors il laissa glisser des mots qu'il ne voulait même pas prononcer, parce qu'il n'y croyait même pas mais qui seraient suffisants pour lui faire fermer sa gueule et donc satisfaisants pour son ego.

- Tu ne me fais pas peur, Emile. Crois-moi, je suis bien au courant que tu peux m'envoyer à l'hosto, que tu peux me casser les dents, les côtes, ou n'importe quel autre membre de mon corps. Mais tu ne me fais pas peur. Tu sais pourquoi ? Parce que tu sais très bien que je pourrais faire beaucoup plus de mal à Alice que tu ne m'en feras jamais. Alors garde tes menaces à deux balles pour toi, tu veux bien ?

La seule chose qu'il n'avait pas prévue dans cette ultime provocation c'est qu'Alice l'entende. Il le sut au sourire narquois qu'arbora soudain Emile. Il le sut avant même de se retourner, qu'elle était juste derrière elle, et qu'elle avait écouté sa tirade. Il était tellement concentré sir lui-même qu'il n'avait pas senti jusque-là sa présence. Maintenant, elle l'étouffait, et peu à peu il manquait d'air à mesure qu'il comprenait la connerie qu'il venait de faire.

Alice passa à côté de lui, sans même s'arrêter, pour se diriger vers ses parents et leur parler sans même un regard en arrière. Quelques minutes plus tard, ils firent un signe à Emile qui les rejoint, non sans se faire le plaisir d'une dernière vanne.

- Finalement, je n'aurais même pas besoin d'y mettre mon grain de sel. Tu arrives très bien à te décrédibiliser tout seul. Il ne t'aura pas fallu longtemps avant de faire tomber le masque.

Et la famille Jacob quitta la pièce, laissant derrière elle un Milan désemparé et seul. Il n'aurait vraiment pas dû venir passer son vendredi soir à ce foutu concours scientifique. C'était une erreur dès le départ. Il le savait pourtant qu'on ne pouvait pas nier sa nature aussi longtemps. Alors pourquoi il se sentait si mal, comme si quelque chose en lui venait de se briser en mille morceaux ?

Blue BlurredOù les histoires vivent. Découvrez maintenant