Hello you ! Voici un nouveau chapitre de Blue Blurred et je remarque que depuis que j'ai changé la couverture, j'ai plein de nouveaux lecteurs. Merci beaucoup !
Alice regardait à présent ses doigts, les uns entremêlés aux autres. Dès qu'elle en desserrait un, elle ressentait cette étrange sensation de vide et le doigt reprenait sa place initiale. Elle détestait cela. Dans ces moments-là, elle avait l'impression que son corps ne lui appartenait plus et qu'il n'en faisait qu'à sa tête. Parce que ce qui était sûr c'est qu'il n'écoutait pas son cerveau qui lui rabâchait par A+B que les doigts étaient censés être alignés les uns à côté des autres et non les uns sur les autres.
Cela ne faisait que renforcer le stress de la jeune fille mais au moins cela lui permettait de se concentrer sur quelque chose qui n'appartenait qu'à elle, lui permettant de s'évader, quelques minutes de plus, de son environnement extérieur. Et ce n'était vraiment pas du luxe.
- Tu attends une réponse, n'est-ce pas ?
La voix, légèrement rocailleuse à cause de l'alcool et de la fatigue, de Milan venait de s'élever dans les airs, perturbant l'oxygène qu'elle inspirait par nécessité. Alice ne prit même pas la peine de relever la tête.
- Pour ?
- Pour ta question sur la lune. Tu as une réponse en tête, non ? Ce n'est pas juste pour cerner les gens, ton truc. Pas seulement pour mettre une personnalité type sur leur visage en fonction de leur réponse. Tu veux que quelqu'un te réponde ce que tu as en tête, n'est-ce pas ?
Milan passa frénétiquement sa main dans ses cheveux, les dérangeant encore plus qu'initialement. Encore une fois, il ne savait pas très bien pourquoi il s'était senti obligé de s'arrêter pour lui poser cette question.
La curiosité n'avait jamais été son défaut, ni même une de ses qualités. Il n'aimait pas se mêler de la vie des autres, cela apportait toujours son lot d'ennuis par la suite. Tout ce qu'il voulait c'était passer du bon temps et profiter de sa jeunesse tant qu'il le pouvait, malgré des études prenantes. Il avait déjà assez des bouquins de médecine pour se rajouter par-dessus ragots, histoires et confidences.
Il avait enfin trouvé une porte de sortie à cette soirée catastrophique et, pourtant, il s'était retourné pour demander une foutue réponse qu'il n'obtiendrait de toute façon pas. Alice n'était pas vraiment le genre de fille à lui donner ce qu'il avait envie. Il commençait à le comprendre.
Quand il releva légèrement la tête, il eut cependant un petit mouvement de recul. Les yeux couleur café de la jeune fille venaient de se planter dans les siens, avec une intensité qu'il n'était pas sûr de pouvoir canaliser. Malgré son état d'ébriété avancé, il put y lire quelques émotions qui disparurent en l'espace d'une nanoseconde. Et il était certain que l'une d'entre elles était la surprise. Même s'il avait à présent trop mal au crâne pour analyser cet état de fait.
- Peut-être bien.
Les mots posés, le regard apaisé, elle ne le dévisageait plus mais semblait regarder un point derrière lui, l'esprit perdu dans un monde qui n'appartenait qu'à elle. Mais tant qu'à être aller jusque-là, Milan n'allait certainement pas abandonner en si bon chemin. Alice était presque conciliante, pour une fois.
- Et c'est quoi, cette réponse ?
- Pourquoi je te le dirais ?
C'est vrai, pourquoi elle le lui dirait ? Ils n'étaient pas amis, à peine de vagues connaissances. Il avait accepté de lui tenir compagnie à la demande de son meilleur ami. Milan ne savait même pas comment il pouvait qualifier ce genre de relations. Mais c'était également pour cela qu'il n'avait rien à perdre.
- Pas de raison valable en tête.
- Son nom légitime.
- Hein ?
- La réponse. J'attends qu'un jour quelqu'un me réponde le nom légitime de la lune.
C'était tordu. Mais, après tout, cela venait d'Alice et plus rien ne l'étonnait de sa part. Peut-être même qu'il devrait créer un adjectif pour ce genre de situations : « à l'alicienne ». Ça sonnait bien. Il se voyait déjà rétorquer : « Tu ne trouves pas cela un peu alicien par hasard ? ». Un somnifère, il lui fallait un somnifère. C'était le minimum pour l'assommer et qu'il arrête de penser ce genre de conneries.
Aussi étonnant que cela puisse lui paraître, il avait eu sa réponse et n'avait donc plus aucune raison de rester. Il partit sans faire attention aux Dubois qui les observaient toujours, au loin. En réalité, il ne faisait plus attention à grand-chose.
Heureusement, il n'habitait qu'à une quinzaine de minutes à pieds. Il sortit son portable de sa poche, espérant faire passer le temps plus rapidement avec de la musique dans les oreilles mais l'appareil électronique était éteint. Apparemment, il n'était pas le seul à avoir épuisé ses batteries. Le trajet se fit donc en silence, et il ne put contenir un soupir de soulagement quand il aperçut enfin la porte d'entrée de son bâtiment. Il tapa le code, monta les escaliers deux par deux et galéra une bonne minute avec ses clés pour ouvrir l'appartement. C'est finalement un de ses colocataires, la mine endormie et la trace de l'oreiller bien imprimée sur la joue, qui vint lui ouvrir.
- Désolé.
- Hum.
Il se contenta d'aller se passer un coup d'eau sur le visage et de se brosser rapidement les dents. Il ne prit pas la peine de se mettre en pyjama, se laissant tomber sur son lit telle une masse. Le sommeil ne serait certainement pas réparateur mais il ne pouvait pas lui faire de mal.
Il n'émergea qu'au bout d'une dizaine d'heures, soudainement gêné par son pantalon et sa chemise, ainsi que l'odeur tenace d'alcool et de cigarette mélangés qui en émanait. Il grogna quelque peu avant de se décider à se lever. Et comme chaque dimanche, il rassembla tout le courage qu'il avait pour aller prendre une douche froide qui aurait comme seul mérite de le réveiller.
Chose faite, il se dirigea vers l'armoire à pharmacie pour prendre une aspirine, seul remède contre son mal de crâne. Tandis qu'il avalait le médicament, il revint vers sa chambre pour chercher son portable qu'il mit immédiatement à charger. Il se laissa tomber sur le sol, dos contre le mur, l'appareil dans ses mains, en attendant qu'il s'allume. Et bientôt, il ne fut plus que vibrations. Apparemment, il ne pouvait pas se déconnecter plus de dix heures d'affilées.
Cependant, un seul message retint réellement son attention et il dut le relire à plusieurs reprises – et même se pincer – pour réaliser qu'il était bien là.
Inconnu – reçu à 16h46
« Milan, c'est ça ? Un pote à toi m'a passé ton numéro. C'est Nate, Nate Dubois. Je t'envoyais un message pour te dire que j'ai réagi un peu excessivement hier. J'étais un peu sur les nerfs. Comme on dit : mauvais endroit, mauvais moment. On est parti sur de mauvaises bases, toi et moi. Passe à l'appart, cette semaine, si tu veux ! Je te paierai une bière. Bon dimanche ! »
Bon dimanche ? Ce mec se foutait de sa gueule. Gueule amochée, qui plus est. Il en avait presque oublié cette froide. Il ne s'était pas regardé dans la glace mais il se doutait que son œil n'était pas d'accord avec le qualificatif utilisé par Nate. « Un peu » n'était pas vraiment l'expression appropriée.
VOUS LISEZ
Blue Blurred
RomanceAlice est une fille à part, détestée des trois quarts des personnes qu'elle connaît. Milan est un coureur de jupons, une fille différente chaque samedi soir. Tous les clichés commencent comme cela. Et pourtant, c'est leur histoire.
