C'est un chapitre un peu plus long que d'habitude, pas beaucoup, juste un peu plus, et on avance ! Vous avez dû me détester un peu à la fin du dernier, parce que oui c'est encore avancer pour reculer, mais on avance on avance, même si vous n'en avez pas l'impression.
Ni le poing dans le mur, ni le whisky avalé à grandes gorgées n'arrivèrent à le calmer. Cette ultime provocation le rendait encore plus minable que n'importe quelle bouteille d'alcool. Et comme de plus en plus souvent depuis qu'il avait rencontré Alice, il passa le week-end à broyer du noir, à se rendre compte qu'il était complètement paumé sans savoir comment faire pour s'en sortir.
Il avait l'impression qu'à chaque fois qu'il avançait enfin d'un pas, la seconde suivante, il en reculait de deux. Et c'était frustrant. Comme si l'univers tout entier avait décidé de se liguer contre lui et de ne pas lui donner sa chance. Si au début, il s'était convaincu que ce n'était qu'une sorte de test pour éprouver son endurance, aujourd'hui, il avait tout simplement l'impression de foncer dans un mur sans avoir la possibilité de s'arrêter.
Peut-être qu'Emile avait raison après tout. Peut-être qu'il n'avait pas besoin de lui pour se décrédibiliser. Après tout, malgré tout le temps passé avec elle, il ne savait toujours pas comment réagir face à Alice : quoi lui dire, que faire selon les situations. Quand il était avec elle, il avait toujours l'impression de marcher sur des œufs, de réapprendre la communication avec autrui.
Il ne s'était jamais senti aussi vulnérable de toute sa vie, comme si à tout moment, il pouvait tout perdre. Et au fond, c'était le cas. Il y aurait un avant et un après Alice. Et même si la vie reprendrait son cours normal, il savait qu'il serait transformé à jamais. Jusqu'ici il n'avait jamais ressenti les sentiments qu'il avait pour Alice, et ça, ça changeait tout. Il pourrait reprendre sa routine, les cours la semaine, les matchs le week-end, les entraînements le soir, les conquêtes le samedi. Il pourrait même aimer de nouveau quelqu'un d'autre, construire quelque chose avec elle. Être encore plus sincère dans ses sentiments. Rien ne lui enlèvera qu'un jour, par hasard, il était tombé amoureux d'un être étrange, différent mais exceptionnel et qu'il ne connaîtrait sans doute plus jamais ça dans son existence.
Il avait passé la semaine dans le noir. Il se rendait en cours tel un zombie, les yeux cernés, pas l'humeur à plaisanter. Il s'était pris plus d'un ballon dans le visage aux entraînements du mardi et du jeudi et avait été sorti à chaque fois du terrain pour éviter qu'il ne se fasse casser le nez. Son coach lui avait fait la morale, ses potes, la leçon mais il n'écoutait que d'une seule oreille. Il avait été décidé que pour le bien de tous, il ne serait pas titulaire du match de ce week-end, l'entraîneur l'enjoint même de se reposer, chez lui, histoire de ne pas foutre la poisse à l'équipe.
- Au premier obstacle, on abandonne ?
- Fais pas comme si c'était la première haie que je n'arrivais pas à franchir, Aurore, s'il te plaît. Surtout quand tu m'as déjà fait le coup.
Parce que clairement il avait fait le tour du terrain plusieurs fois, s'était pris les pieds dans ses lacets, avait trébuché sur les haies, s'était relevé, pour finalement retomber. Cette course n'en finissait pas. A chaque pas en avant, la ligne d'arrivée s'éloignait.
- Ok, tu t'es cassé la gueule plusieurs fois, ça ne t'a pas empêché de te relever, si ?
- A quoi ça sert si c'est pour continuer de tomber ? Peut-être que c'est tout simplement voué à l'échec.
- Donc, si je comprends bien, comme ça ne marche pas comme tu le voudrais, comme elle ne te mange pas dans la main comme la plupart des autres filles juste parce que tu lui adresses la parole, tu veux te retirer ? Me fais pas le coup que ça ne te fait rien. On sait toi et moi que tu ressens plus que de l'amitié pour elle. Alors oui c'est plus difficile que ton aventure d'un soir habituel, mais c'est pas pour la même finalité non plus. Tu crois qu'un couple ça ne se construit pas ? Tu es comme un enfant pourri-gâté Milan. Tu as toujours eu tout ce que tu voulais sans avoir à le mériter et maintenant tu es paumé et tu as l'impression que c'est injuste, que ça devrait être plus facile. La vie n'est pas facile, Milan. Mais si tu t'en donnes les moyens, elle pourrait te réserver des surprises.
C'était bien beau les discours type philosophie de comptoir mais ça ne changeait en rien sa situation. Il avait, on ne sait trop comment, réussi à blesser Alice, à prouver à son frère qu'il était un incapable, et à lui qu'il était un minable. Il ne voyait pas vraiment comment il pouvait retourner cette situation à son avantage sans passer pour un imposteur.
- Depuis le début, tu as été plus perspicace que nous, concernant Alice, ce qui t'a permis de te rapprocher d'elle assez facilement mais dès que tu as pris conscience de tes sentiments pour elle, tu as fait tout à l'envers. Parce que tu as peur, Milan. Tu as la trouille de t'attacher à quelqu'un, tu as la trouille de faire mal les choses, parce que tu n'as jamais connu ça avant, et c'est normal. Ça ne veut pas dire pour autant que tu dois fuir, mais au contraire que tu dois prendre les choses en main et avancer, réellement cette fois-ci. Oublier la provocation, les piques, et les hésitations. Faut que tu acceptes de l'aimer, Milan, sinon, en effet, tu n'iras jamais bien loin.
Aurore était agaçante de raison. Et c'était bien le fait qu'elle n'est pas tort qui posait problème. Alors comme une semaine auparavant, il se traîna les pieds jusqu'à la salle de spectacle sans vraiment savoir ce qu'il faisait là. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui apporter ? Il n'était pas fiable, il ne connaît rien à la fidélité et autres conneries de ce genre.
Il avait cru un temps avoir accepter ce changement, il ne s'était pas rendu compte à quel point il s'était laissé enfermer dans une peur qui le contrôlait davantage chaque jour. Il avait tellement peur de tout perdre qu'il n'était plus spontané, qu'il calculait chaque pas et qu'il foutait tout en l'air sur un coup de tête. Et alors qu'il regardait Alice et les filles mouver sur scène, il s'aperçut que le problème ne venait ni d'Alice, ni de la situation, ni d'Emile mais bien de lui. Il n'avait pas assez confiance en lui pour que ça fonctionne.
Mais encore une fois, la même question revenait : comment faire ? Comment faire pour dépasser cette barrière. Les minutes avançaient comme des secondes et la pression montait peu à peu dans la salle. Il semblait à mille lieux des préoccupations de ses voisins qui attendaient le dénouement de la soirée.
Les votes étaient serrés. Plusieurs groupes avaient fait sensation alors qu'il n'avait eu d'yeux que pour Alice. Alors quand le nom du groupe des filles retentit dans la salle de spectacle, ce n'est pas l'euphorie qui l'emplit mais la panique en s'apercevant que la jeune fille n'était déjà plus sur scène. Il n'y avait alors plus de questions, plus d'hésitations. C'était comme s'il savait exactement quoi faire. Il se leva, dérangea ses voisins qui ne se gênèrent pas pour le lui faire remarquer et se dirigea vers les coulisses, persuadé qu'elle s'y était réfugiée. Après quelques protestations des autres artistes, il la trouva finalement recroquevillée dans un coin d'une loge.
- Viens, je t'emmène aux étoiles.
Elle leva un regard surpris vers lui, essayant de décoder dans ses yeux s'il s'agissait d'une plaisanterie. Elle ne savait jamais et Milan était le roi pour la faire tourner en bourrique. Jamais il ne lui facilitait la vie. Ce serait mentir de dire qu'elle n'avait pas encore ses mots qui tournaient en boucle mais elle les avait trop décortiqués pour ne pas savoir qu'à ce moment, il était sincère. Alors, elle décida de lui faire confiance.
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Blue Blurred
RomansAlice est une fille à part, détestée des trois quarts des personnes qu'elle connaît. Milan est un coureur de jupons, une fille différente chaque samedi soir. Tous les clichés commencent comme cela. Et pourtant, c'est leur histoire.
